angles de vue...

Point de vue africain sur des questions de la culture et de l'actualité. Petit journal des idées de l'auteur. Les rêves et l'imagination d'un homme qui a vu sourire les étoiles et qui s'est promis de sentir le parfum de toutes les matinées embaumées.

21 avril 2007

Nietzsche et l'éternel retour

Stupidité de l'éternel retour

        eternel_20retour_1_      

            Friedrich nous a fait un bon résumé de l'idée nietzschéenne de l'éternel retour. L'auteur de ces lignes, pensant qu'on ne peut pas être tout le temps intelligent, même si l'on est philosophe, a réagi à contrecourant du mouvement auquel nous invite l'hagiographie du personnage...

" Je trouve la présentation de l'idée de l'éternel retour concise et claire. Je lui reproche cependant d'être deleuzienne (ce n'est pas l'identique qui revient, c'est le devenir qui est le même dans ses retours) et de ne pas tenir compte des mésaventures de ce dernier en matière de traduction et d'édition (Le recueil nommé La volonté de puissance est un faux contesté).

Au risque de choquer les hagiographes, je trouve cette idée de Nietzsche, qui parle bien de l'éternel retour du même et de l'effroi que lui inspire cette répétition, d'où la tâche surhumaine de devoir aimer cette vie (amor fati), etc. je trouve cette idée stupide et je m'étonne de ce qu'elle soit hissée religieusement au rang de summum de la philosophie nietzschéenne. Ce penseur est bien plus intelligent ailleurs...

Pour moi, il est clair que tout ne se répète pas et qu'une telle idée, complètement mythique, est impossible à soutenir objectivement, dans un monde où l'Histoire s'emballe et nous réserve des surprises... Il faut peut-être s'intéresser à l'épistémologie de l'histoire pour bien mesurer l'ineptie d'une telle idée.

Bien à vous,

Naravas :-)

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Commentaire intéressant de Baruch...

Posté le: Jeu Fév 22, 2007 12:37 pm    

Citation:

de ne pas tenir compte des mésaventures de ce dernier en matière de traduction et d'édition (Le recueil nommé La volonté de puissance est un faux contesté).

On peut dire que toutes les interprétations datant de cette époque sont à remettre en cause, car elles se fondaient sur des textes qui étaient falsifiés en bonne part, et même assez récemment, avec la lecture de Philonenko dans le Livre de poche, qui se fonde encore sur le livre faussement intitulé "La volonté de puissance" afin de servir le Reich, qui n'est qu'une succession d'éditions plus fausses les unes que les autres par une soeur proche du parti Nazi, par ailleurs désireuse de faire fructifier la gloire naissante de son frère. Or c'est dans ces fragments des dernières années de sa vie que réside le noeud de la philosophie nietzschéenne. Aujourd'hui, fort heureusement, nous disposons d'une classification stricte des Carnets de Nietzsche, à la manière de ce que nous avons fait en France avec les Pensées de Pascal. Elle est publiée chez Gallimard, et rééditée dans la bibliothèque de philosophie chez le même éditeur, richement annotée pour chaque fragment, concurremment d'ailleurs avec la Correspondance, qui est un outil irremplaçable pour analyser la pensée du philosophe dans les deux dernières années de sa vie consciente. Pour l'instant ne sont disponibles que les deux premiers tomes, mais on peut trouver aussi en attendant quelques autres éditions de lettres à certains correspondants, comme le "maestro" Peter Gast et Malwida von Meysenburg.

Citation:

Ce penseur est bien plus intelligent ailleurs...

Je dirais que dans les dernieres semaines qu'il passa à Turin, sa pensée avait encore une fois mué, et il avait commencé à rejeter une nouvelle fois toute son oeuvre. C'est ainsi qu'il abandonna son projet d'une Transvaluation de toutes les valeurs, annoncé pourtant dans la Généalogie, et qu'il ne comptait plus désormais écrire ce livre, ce pensum de toute sa vie, mais au contraire se retirer pour dix ans sans écrire. Qu'aurait été son regard sur son oeuvre, s'il ne s'était pas effondré ? C'est ce qu'on ne saura jamais, mais ce que l'on sait à coup sûr par ses textes retrouvés en partie sur sa table de travail, datant de son dernier passage à Turin, c'est que la vision de lui-même et de son oeuvre a soudainement changé. Il reste un doute profond sur la suite qu'il y aurait donné, et par voie de conséquence, sur tout le reste de ses livres. D'ailleurs, il n'a jamais dit que ses livres devaient être considérés comme tels, mais qu'ils sont des mémoires involontaires de sa personne, et qu'il rejetait tout philosophe qui n'appliquait pas à lui-même sa propre philosophie. Quand un philosophe de l'ampleur de Nietzsche nous dit cela, nous devons le prendre très au sérieux, d'où avec la redécouverte des fragments du Nietzsche Archiv, qui sont longtemps restés fermés au public à cause du régime Nazi et de la RDA, le changement d'orientation de la recherche et la réinterprétation strictement philologique de ses écrits, avec la recherche minutieuse du moindre de ses fragments et de ses lectures, comme c'est du reste le cas avec cette science. Cette nouvelle voie d'interprétation qui est l'actuelle n'est pas près de révéler toute sa richesse, surtout avec ce grand écrivain, dont chaque mot est à prendre en considération y compris et surtout dans les traductions, celles d'Henri Albert très littéraires s'appuyant sur un texte faux par endroits, manquant également de précision dans le passage de l'allemand au français. Toute interprétation de Nietzsche, pour être valable, doit donc prendre aujourd'hui en considération le devenir de sa pensée et ses métamorphoses au cours de sa vie consciente. Il ne s'agit donc pas de "commérages", mais bel et bien d'un travail du plus grand sérieux accompli par des savants dont on ne peut contester la valeur sous peine de ridicule, qui seul peut désormais donner accès à son oeuvre, le reste étant à rejeter. Imaginez qu'on découvre le texte original du Nouveau Testament, et qu'il diffère de celui que nous possédons ! Nous devrons donc un jour ou l'autre réévaluer complètement et en profondeur les écrits de Nietzsche, ce qui n'aurait pas été pour lui déplaire 

Sur l'Eternel Retour proprement dit, si on veut en avoir une approche scientifique au sens philologique du terme, on peut considérer entre autres ce fait, que dans la préface à la Volonté de Puissance, sa soeur dit que dans la quatrième partie du soit-disant livre que Nietzsche avait en projet, et qui devait traiter de l'Eternel Retour, il avait l'intention de développer ce thème d'une façon poétique. Tout ceci est évidemment fantaisiste et inventé par sa soeur de toutes pièces, la "Volonté de puissance" n'ayant jamais existé. Or, si Nietzsche n'avait pas l'intention de traiter de ce thème, c'est donc qu'il ne considèrait plus l'Eternel Retour comme une solution intéressante. De plus, à cette époque, sa préoccupation parait plutôt tendre à se confronter de plus en plus à sa propre philosophie, comme on peut le voir dans les Dithyrambes à Dionysos. Quelle place désormais pouvait avoir l'Eternel Retour dans sa philosophie, de même que les autres thèmes centraux, bien peu me semble t-il, sa pensée ayant pris soudainement une autre direction, radicalement différente. On ne peut donc scientifiquement considérer l'Eternel Retour que datant de périodes de sa pensée révolues à ce moment-là. Quelle place réserver dans ce cas à l'Eternel Retour dans la philosophie nietzschéenne ? Voilà une autre question qui devrait précéder toute interprétation et qui ne peut exister que par l'étude historique de ses textes. Se risquer avant cela à toute explication sur le sujet est donc à mon avis prématuré et voué à l'échec. C'est un exemple pris parmi d'autres qui devrait inciter les commentateurs bien informés à davantage de prudence me semble t-il ! On peut ainsi détruire pratiquement toutes les interprétations antérieures à ces dernières années, en les confrontant aux différents textes retrouvés, sauf celles s'appuyant sur la totalité des textes réellement écrits par Nietzsche. Tout est donc à refaire ! Exit les Heidegger, Lucacks, Philonenko, Deleuze, etc. !

Citation:
Pour moi, il est clair que tout ne se répète pas et qu'une telle idée, complètement mythique, est impossible à soutenir objectivement, dans un monde où l'Histoire s'emballe et nous réserve des surprises... Il faut peut-être s'intéresser à l'épistémologie de l'histoire pour bien mesurer l'ineptie d'une telle idée.

Intéressant ! Nietzsche écrit à Gast dans cette période clé que devant la figure du Christ, il lui apparait impossible désormais d'écrire l'Histoire, que toute Histoire devient impossible. Quel sens peut-on donner désormais à la critique généalogique nietzschéenne, et donc à l'Eternel Retour et à la Volonté de puissance ?

Posté par Naravas à 01:07 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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