angles de vue...

Point de vue "africain" sur des questions de la culture et de l'actualité. Petit journal des idées de l'auteur. Les rêves et l'imagination d'un homme qui a vu sourire les étoiles et qui s'est promis de sentir le parfum de toutes les matinées embaumées.

04 février 2009

Lvachir aux longues moustaches. Naissance de la chanson paillarde et subversive en Algérie

Lvachir aux longues moustaches
 
Naissance de la chanson paillarde et subversive en Algérie

           
   

Lvachir          Lvachir Vouchlaghem  (Lvachir aux longues moustaches), tel est le pseudonyme de celui dont les chansons circulent actuellement, en toute clandestinité, parmi les Kabyles d'Algérie et de France. Evidemment, pour les écouter, il ne faut pas les chercher dans les librairies, mais sur la toile (voici son site).
Pourquoi un tel mystère ?
C'est très simple : Lvachir est le premier chanteur kabyle qu'on ne peut véritablement pas écouter, dans l'état actuel des consciences, avec sa mère ou sa soeur. La propension de gros mots, tout crus, qu'il lâche par phrase en font un cas à part dans la création artistique algérienne contemporaine. Mais surtout, au niveau symbolique, Lvachir représente sans aucun doute le plus grand attentat jamais organisé contre la morale kabyle conventionnelle. La morale (dite islamique, conservatrice ou ancestrale) qui étouffe cette région est sensiblement la même pour tout le Maghreb. C'est pourquoi j'ai pris le parti de traduire en français ce poète grivois qui ne cache pas sa volonté de briser les chaînes qui entravent le plaisir et de changer un ordre social entièrement bâti sur la négation de la sexualité des vivants. Mieux encore, Lvachir ne lâche pas de simples propos crus pour déplaire. Au contraire, tout en renfermant un subtil travail musical, ses chansons, à l’instar de Sawt Ennissa (traduite ci-dessous  sous le titre La révolution des femmes), sont souvent animées par une véritable pensée politique subversive. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons vivement qu’il publie son album. En attendant, savourons sa musique et écoutons ses textes ! (même en traduit).  

 
 

La révolution des femmes
(Saout ennissa)

[Youyous]
Voici les femmes, telles des ogresses
Qui affluent des montagnes
Cuisses et sein nus
Elles ne viennent pas pour cueillir des fèves
 
Elles [crient et] jurent par ce qu'elles ont enduré
Par les quantités d'eau qu'elles ont puisées
Par les coups qu'elles ont reçus
Qu'elles briseront les chaînes
 
Celui qui a un coeur sombre
Crains que ce ne soit pas une partie de plaisir
Celui qui a un coeur sombre
Crains l’embrasement pour cette fois
 
« Allez vous faire foutre avec votre honneur
Oh vous les dominateurs arrogants
Vous nous avez exclues de l'Assemblée [de village]
Et vous nous avez condamnées à la procréation et aux travaux de lavage
 
La membrane que nous portons entre nos jambes
Vous en avez fait votre honneur
Si la nuit [de noces] il arrive que son sang ne coule pas
Vous restituez la marchandise à son propriétaire »
 
[Refrain]
Celui qui a un coeur sombre
Crains que ce ne soit pas une partie de plaisir
Celui qui a un coeur sombre
Crains l’embrasement pour cette fois
 
[Une femme:] « Ceci est ma vie ô père
J'en fais ce que je veux
Tel est mon plaisir, monsieur Tout-le-monde
Celui qui n'est pas content qu'il aille au diable
Regardez braves gens, vous m'aviez injustement traitée, sans craindre Dieu
Aujourd'hui, c'est fini
Je n'accepte personne comme Maître
Laissez moi à mon chemin, celui qui ose se mettre en travers
Moi je cogne
Je cogne, je sème le désordre »
 
Tel est le chant de celles qui étaient accablées et réduites au silence
« Aujourd'hui nous nous retirons dans les montagnes,
Sachez que ce n'est pas pour nous cacher
Mais pour rester entre femmes [et vous laisser tout seuls]
Et si le désir du sang [de la vierge] vous prenait
Enculez-vous entre vous ! »
 
[Refrain]
Celui qui a un coeur sombre
Crains que ce ne soit pas une partie de plaisir
Celui qui a un coeur sombre
Crains l’embrasement pour cette fois
 
[Refrain x 3]
Ca va s’embraser cette fois
Ce ne sera pas une partie de plaisir

Lvachir Vouchlaghem      

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L'imam de mon village 
(Limam tadartnegh yetsak)

  Allahou Akbar toute la journée
On nous a désigné un bel imam
Il était si triste
Quand il priait tout seul
Quelle douce voix est la sienne
Il marche en ondulant des hanches
Laâziz, en Grand Enculeur
Le suit dans la mosquée et l'entube
 
Notre imam est beau comme une poupée
Notre imam est si mignon
La mosquée ne désemplit pas de monde
C'est avec son cul qu'il nous a ramené dans le chemin de Dieu
 
Laâziz est devenu un fidèle de la prière
Mais nous autres, nous savions ce qui l'obsédait
Quand le village fut au courant, personne ne resta indifférent
 
La mosquée est devenue bordel
On venait de partout, même d'Oran
Certains vont jusqu'à mettre la main à leur bourse
Par [soi-disant] zèle pour la foi
 
[refrain]
Notre imam est beau comme une poupée
Notre imam est si mignon
La mosquée ne désemplit pas de monde
C'est avec son cul qu'il nous a ramené dans le chemin de Dieu
 
La mosquée est devenue une école [de prostitution]
Dont les tolbas sont des pédés
L'imam en est le directeur
Et les villageois en sont comblés de joie
 
Mais quand l'imam fut décédé
Heurté par un camion
Nous n'avions eu pour unique recours
Que la masturbation
 
[refrain x2 ]
Notre imam est beau comme une poupée
Notre imam est si mignon
La mosquée ne désemplit pas de monde
C'est avec son cul qu'il nous as ramené dans le chemin de Dieu

 

Lvachir Vouchlaghem    

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Jamidlevi

 
Je vous raconte aujourd'hui l'histoire de Jamidlevi
Natif d'un pays riche en pétrole
Qui n'a eu droit à rien
Sans amis, il est tout entier livré à lui-même
Il ne reconnait même pas le gouvernement
Et n'a jamais participé à un vote
Son affaire à lui c'est le shit et l'huile d'olive
Sous le soleil, sous la brise ou dans l'ombre
il rêve de cul
Afin d'expérimenter son pénis [pour la première fois]
 
Ce n'est pas de sa faute
S'il a enculé tout sur son passage
Sans épargner les chèvres et les poules
Quand il parle, il fait fuir de honte les assistants
L'Assemblée de village l'a pénalisé
Pour avoir chié dans la fontaine [principale]
 
Beaucoup ont cherché à le mettre à mort
Mais il est resté introuvable
Il a enfin rencontré Lvachir
Avec qui il a trouvé la paix
Lvachir aux moustaches de poils [de sexe]
C'est ensemble qu'ils ont écrit cette chansonnette
 
Jamidlevi a entendu parler d'un imam adorable
Il a apprêté son pénis pour aller l'enfourcher
Mais un camion les a motellement heurtés
Et Lvachir est de nouveau seul, perdant le goût à la vie
Et Lvachir, de nouveau seul, déprimé...
 
Tout cela est la conséquence de l'honneur et de la hourma
Un peu de pondération est utile, mais beaucoup c'est de l'autorité perverse
C'est cet état bordélique qu'on voit partout de nos jours
Le moindre écart langagier vaut la guillotine à son auteur
 
 
Tout est péché à vos yeux !
Vous nous avez niqué notre vie
Vous voulez nous réduire au silence
Coupez nous donc nos pénis !
 
Tout est péché à vos yeux !
Vous nous avez niqué notre vie
Vous voulez nous réduire au silence
Coupez nous donc nos couilles !
 
[Refrein x 2)
Tout est péché à vos yeux !
Vous nous avez niqué notre vie
Vous voulez nous réduire au silence
Coupez nous donc nos pénis !
 
Tout est péché à vos yeux !
Vous nous avez niqué notre vie
Vous voulez nous réduire au silence
Coupez nous donc nos couilles !

Lvachir Vouchlaghem   


  Allahou Akbar : Dieu est grand
  Tolbas : étudiants en théologie, en religion.
Jamidlevi : nom propre tiré de l'expression française "jamais de la vie !"
Hourma : honneur familial spécifique aux femmes pouvant être souillé
              en cas de contact (sexuel ou non) avec des hommes étrangers
              à la maisonnée.


Note

Vous comprendrez qu’il est souvent nécessaire de s’écarter du mot à mot pour rendre compte de la profondeur du texte traduit. Mon texte comporte encore quelques approximations, que je corrigerai au fur et à mesure, avec l’aide de vos suggestions peut-être.

   


Posté par Naravas à 21:33 - NOUVELLES DU MAGHREB - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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