angles de vue...

Point de vue "africain" sur des questions de la culture et de l'actualité. Petit journal des idées de l'auteur. Les rêves et l'imagination d'un homme qui a vu sourire les étoiles et qui s'est promis de sentir le parfum de toutes les matinées embaumées.

25 avril 2009

Le sociologue, le prophète et l’intellectuel

Le sociologue, le prophète et l’intellectuel

 

max_weber              Max Weber pense que l’université « donne souvent la préférence à un prophète, si petit soit-il, qui remplit les amphithéâtres, et écarte le savant, si grand soit-il, qui s’en tient à sa matière ». Les professeurs sont selon lui très sollicités pour produire des discours publics, des « vues personnelles », des prophéties. Mais ce serait exploiter la condition de l’étudiant que de se livrer à ce genre dans un espace où l’apprenant est forcé d’apprendre et où les vues produites sont soustraites à la critique et au débat avec les pairs.
 
Bennet M. Berger analyse quant à lui la fonction d’intellectuel. Selon lui, si l’homme de lettres monopolise la fonction d’intellectuel, ce n’est pas à cause de la qualité artistique de ses écrits (qui se serait subitement amélioré ces dernières années), mais c’est parce que qu’il se pose comme commentateur et interprète de la culture contemporaine. Cela n’a été possible que grâce à sa condition qui est la suivante : 1) il est soustrait aux spécialisations techniques ; 2) il est libre de porter des jugements de valeur intransigeants et péremptoires ; 3) il est dégagé de toute contrainte institutionnelle (puisqu’il vit du produit de ses ventes) ; 4) la tradition humaniste (selon laquelle l’homme est le mystère des mystères et que le monde est enchanté) qui l’a formée le porte aux vues générales ; 5) son travail solitaire l’affranchit des règles d’une recherche en équipe ;
 
Il s’ensuit que le profil du sociologue (et du scientifique) est opposé à celui de l’humaniste et de l’intellectuel. Quand ces derniers demandent aux sociologues de « s’attaquer aux grands problèmes », ils lui enjoignent en réalité de cesser d’être un scientifique obéissant aux impératifs épistémologiques de la recherche pour se livrer aux assertions généralistes et aux jugements des débats « intellectuels ».
 
« A la différence du sociologue, soumis à la règle d’une stricte séparation entre les faits et les valeurs, on attend de l’intellectuel qu’il juge et évalue, qu’il loue et qu’il blâme, qu’il essaye de gagner des gens à son point de vue et qu’il défende sa position contre ses adversaires » (Bennet M. Berger)

 
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- Bennet M. Berger, “Sociology and the Intellectuals : An Analysis of a Stereotype”, Antioch Review,
        Vol. XVII, 1957, pp.267-290.

-  Weber Max, Essais sur la théorie de la science, (trad. Julien Freund), Paris, Plon, 1965,
        pp. 413-416.

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06 avril 2009

Bouteflika, Roi d'Algérie

Bouteflika, Roi d’Algérie


abdelaziz_bouteflika

           Dans trois jours aura lieu en Algérie quelque chose que les autorités appellent « les élections présidentielles ». On parle de vote comme si le pays était réellement démocratique, comme si l'opposition et la presse ne sont pas réduits, sinon persécutés, comme si le champ médiatique n’était  pas fermé, comme si...etc.
Face au candidat président et maître possesseur du pouvoir se tiennent d'illustres inconnus, mobilisés pour la circonstance afin de faire de la figuration et d'être généreusement remerciés une fois la farce terminée. 
La machine de propagande est mise en branle. Portraits géants du zaïm, drapeaux multicolores, slogans patriotards anachroniques, discours en boucle de la chaîne unique (que les Algériens appellent "la zéro") à la gloire du président candidat, etc. Non, ces choses là n’appartiennent pas au seul passé (décennies Boumédiène) ou au seul voisin tunisien (Benali)…
 
On ne va pas rappeler ici que Bouteflika, après des années de règne sans partage, a réhabilité politiquement le fondamentalisme religieux; a gracié les criminels de guerre islamistes ; a fait exploser la corruption dans les institutions de l'Etat ; a réussi à faire exporter un nombre impressionnant d'Algériens sur des embarcations de fortune (phénomène dit des harraga, Algériens désespérés qui tentent vaille que vaille de fuir leur misère pour rejoindre l'Europe) ; à fermer de force le dossier non résolu de « la tragédie nationale » (guerre civile, disparus) ; à faire fuir définitivement « les cerveaux » ;  à censurer la presse et les livres, etc.
Non, non ! On ne va pas rappeler tout cela ! On ne va pas dire aussi que le cercle présidentiel a privatisé l’Algérie ; que le président dispose à sa guise des ressources pétrolières ; qu’il emploie ces dernières plutôt pour sous-développer le pays ; que, de l’autre côté, c’est le chômage, le mal-être et la malnutrition qui donnent sa physionomie aux populations algériennes.
 
On va oublier tout cela, on va aussi oublier que nous savons pertinemment la chose suivante : le président a modifié la Constitution du pays pour pouvoir se perpétuer au pouvoir ! Les Algériens savent que le lendemain du 9 avril, ce sera toujours le même Bouteflika qui continuera sa présidence, pour encore cinq ans ! Enfin, si la biologie du corps Bouteflika ne lâche pas, car la biologie est toujours plus forte que la démocratie !
 
Dés lors, je pose cette question : pourquoi ne pas appeler les choses par leur nom, et ne pas changer de dénomination pour le chef du pays ? Pourquoi ne pas réserver le terme de « Président » aux chefs d’état issus d’élections démocratiques et laisser celui de « Roi » pour les chefs d’états issus de mascarades électorales ou héritant du trône d’une manière qui exclut la décision du peuple ?
Dans cette logique, Bouteflika serait le Roi d’Algérie et Benali le Roi de Tunisie ! Et bien sûr, il faut corriger en conséquence le terme d’« élections » pour parler de bal de reconduction obligatoire du précédent Roi du pays…

Naravas 

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01 avril 2009

Fellag et la colonisation

Fellag et la colonisation

 

 

Fellag___Djurdjurassique_Bled           Dans le concert d'applaudissements qui accompagne la montée actuelle de Fellag, j'ai le triste devoir critique de rappeler ici quelques passages qui firent mon malaise devant les spectacles de ce grand comédien. Sans doute, me diriez-vous, on peut rire de tout, sans doute que le genre du one man's show s'y prête plus que jamais, mais encore faudrait-il en rire consciemment…

Quelques extraits de son spectacle Djurdjurassique Bled :

 
« Ce soir je vais vous dire la vérité crue et nette, eh bien tout ça n'a commencé ni en 1991, 88, 62 ou 1926, ça a toujours été comme ça !!! Depuis la nuit des temps ! Parce que nous sommes un peuple trop nerveux ! On n'arrive à rien faire sur la longueur. Soit on se contente de rien, soit on veut tout, tout de suite ! »
 
« Et petit à petit, au fond des océans, des marécages, et des rivières, de petites larves microscopiques sont nées, elles étaient toutes destinées à devenir quelques millions d'années plus tard le règne animal, végétal et humain. Toutes ces petites larves-là, elles étaient tranquilles, elles attendaient l'évolution, elles attendaient Darwin ! Mais les larves qui étaient programmées pour devenir nos ancêtres les Berbères, déjà là en tant que larves, elles étaient là : la, la laaa ! [gestes d'énervement, d'impatience et d'excitation] ... [une larve à sa voisine :] Allez, dégage-toi, soit maudite ! Je vais rester trois milliards d'années pour devenir un Berbère, moi ?!!! Moi je veux [ça] tout de suite, moi ! Inna dine Darwin ! [Que Darwin soit maudit !]
 
« Il y a cinq ou six milles ans, la civilisation moderne est née dans le bassin méditerranéen, la civilisation s'est installée partout sur le bassin méditerranéen [geste mimant la succession] et dés qu'elle est arrivée chez nous, Ahhhh ! [interjection algérienne pour faire peur] elle a sauté la civilisation !
Il y avait la civilisation assyrienne, la Mésopotamie, Babylone, Nabuchodonosor, l'écriture cunéiforme, la civilisation égyptienne, les Pharaons, les pyramides, les hiéroglyphes, l'architecture, la sculpture. Les Grecs, ils ont inventé les mathématiques, l'astronomie, la philosophie, le théâtre, la poésie, la démocratie, et chez nous, walouuuu ! [rien de rien !] . D'ailleurs, nos ancêtres, ils allaient se mettre sur la frontière berbéro-égyptienne, et ils disaient aux Pharaons : Ballak a dine yemak ! [Fais attention, que ta mère soit maudite !] Attention, votre civilisation [si] elle rentrait chez nous ! On est, Newkni [nous], on est allergique nekwni [nous]. Les pyramides, ça nous rend nerveux hnaya [nous]. S'il y a un mètre de pyramide qui rentre chez nous, qui passe la frontière, on vous coule ! »
 
« Le parlement grec, un jour, s'est réuni, ils avaient lu le rapport sur le peuple berbère, un rapport qui avait été fait par différents explorateurs grecs, comme Hérodote et bien d'autres, qui sont allés étudier tous les peuples de la Méditerranée, quand le parlement grec a lu ce rapport sur le peuple berbère nerveux et belliqueux, ils ont décidé une chose, ils sont allés voir Hercule, ils lui ont dit : "écoute, tu as déjà fait trop de travaux comme ça, tu te fatigues pour rien du tout, tu as mieux à faire..." Ils l'ont emmené au étroit de Gibraltar, ils l'ont placé au milieu [Fellag écarte ses bras et ses jambes, signes d'effort sur le visage], pour empêcher en cas de dérive des continents l'Afrique du Nord de toucher l'Europe. »

Pour ceux qui connaissent la littérature historiographique coloniale, qui revient longuement sur l'inaptitude du Berbère (ou du Maghrébin) à la civilisation, sur son tempérament rebelle et anarchique, sur son immuabilité historique, sur son caractère permanent et inchangeable, sur la séparation indépassable entre l'Orient arriéré et l'Occident développé, etc. pour tous ceux qui connaissent ces textes-là, Fellag éveille en eux des échos lointains et désagréables...

Naravas   


   

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