31 mai 2009
Sur l'ambiguïté des rapports Beurs/Blédards
Sur l'ambiguïté des rapports Beurs/Blédards
Les liens que tissent les nouveaux arrivants maghrébins en
France, ou les récemment débarqués, avec leurs « compatriotes » déjà
sur place et nés dans ce pays (donc français) constituent une matière
sociologique riche et peu explorée. Les dénominations utilisées pour en parler
(beur/blédard) portent elles-mêmes les signes du stigmate et de
la discrimination. Je voudrais utiliser provisoirement cette terminologie pour vous
entretenir des attentes des uns et des autres et des cécités qui les portent à
se chercher, à s’apprécier et parfois à se détester. Dans cette interaction, on
notera que dans plus d’un cas les « beurs » et les « blédards »
reprennent tous les deux les catégories du racisme culturel qui leur sont communément
appliqués par la société d’accueil. Les exemples limites de cette situation (et
dont on ne parlera pas ici) sont celui où le « blédard » considère
les « beurs » comme une engeance de sauvages mal éduqués qui
« ne font rien pour s’intégrer » et qui défigurent quotidiennement
l’image du Maghrébin en France (parfois, il est même conseillé de « ne pas
fréquenter les Arabes une fois arrivé en Europe) ; et celui du
« beur » qui méprise ce cousin barbare qui ne comprend rien à rien,
et qui est venu le gêner ici du fond du bled maghrébin. On laissera donc cela
de côté pour parler de rapports plus sereins…
Du point de vue d’un Maghrébin primo-arrivant (pour utiliser
un euphémisme à la mode), le « beur » est sûrement un alter ego
qui l’a précédé sur le chemin qu’il s’apprête lui-même à emprunter. La
différence entre lui, « le bleu », et cet « autre
soi-même » qu’est le « beur », c’est que ce dernier sait, il
connaît, il est ici depuis longtemps, il a déjà passé et – croit-il malgré
tout – réussi ses épreuves. Il représente à ses yeux son avenir même, celui qu’il
deviendra après avoir accompli son parcours d’initiation, ou
« d’assimilation » pour certains. Il lui accorde donc volontiers une
certaine longueur d’avance. Cette longueur correspond à sa francisation. D’abord
linguistique, puisqu’il admet souvent que le « beur » parle français
mieux que lui. Ensuite sociale et culturelle, puisqu’il lui accorde plus ou
moins consciemment le présupposé que lui, il est « branché », c’est
« son milieu », il sait tout le temps de quoi il est question. En
même temps, il ne perd pas de vue que le « beur » est un Marocain, un
Algérien, un Tunisien, etc., c'est-à-dire un double de lui-même ou
presque. Comment pourrait-il ne pas l’être, lui, qui est si différent de la
génération de ses parents (eux, ce sont des « émigrés ») ? Bien sûr, ces parents représentent aux yeux du
Maghrébin récemment arrivé un modèle peu attractif. C’est « l’ancienne
génération », peu instruite, peu qualifiée, constituant une fraction
sociale peu élevée au sein de la société globale. Le « Beur » est
aussi différent du Français ordinaire, croit-il, puisqu’il voit bien que sa
manière de regarder, de sourire, de réagir, ressemble à la sienne propre.
« Au moins, elles, elles te regardent », m’avait lancé un copain un
jour à propos d’un groupe de « beurettes ».
Du point de vue d’un « beur », le
« blédard » représente indiscutablement une étape peu avancée sur le
chemin de la francisation. C’est exactement ce que traduit le mot même de blédard,
d’origine coloniale, qui vient de bled, cet espace reculé et perdu où il
ne se passe rien... C’est donc avec une certaine condescendance que l’on parle
d’un « blédard ». Mais cette condescendance n’empêche pas une
certaine sympathie. Le « blédard » est en effet le cousin du bled,
celui qui vient du pays des parents, celui que le « beur » aurait pu
être si l’immigration n’avait pas changé le cours normal du destin de ses parents.
Il est donc à ses yeux le représentant d’une authenticité perdue. Cette
authenticité se matérialise dans son langage, le « blédard » parle
arabe ou berbère, mais aussi dans sa culture. Lui, en effet, n’est pas un
« assimilé » à la culture française dominante, pas un « acculturé ».
Il est censé posséder la « vraie langue d’origine », la « vraie
religion », la « vraie culture ». En même temps, son rapport à
lui est médiatisé par le rapport aux parents. Non seulement il arrive au « blédard »
d’avoir les mêmes gestes, les mêmes paroles ou les mêmes manières de faire que
les parents, mais il est lui-même quelque part un parent « en plus
jeune ». On voit ce que cela représente quand le couple beur/blédard est
pris dans une relation amoureuse. Le
« beur » cherche tout à la fois chez son compagnon « blédard »
authenticité perdue, image du père ou de la mère et fraternité que la société
d’accueil lui refuse. Le « blédard » cherche quant à lui en son
compagnon « beur » son double francisé, son prédécesseur et son
moniteur qui le guiderait sur le chemin de l’initiation à la nouvelle société
qu’il aspire à intégrer.
Mais tout cela ne sont que des croyances et des illusions
croisées. Car un troisième terme est oublié dans cette relation, celui que
constitue l’Etat français et son action. Le « beur » n’est en effet
pas un cousin plus francisé, mais le produit d’une histoire singulière faite
des rapports problématiques de l’état français avec ses immigrés. Ses rapports
sont avant tout un échec, l’échec d’une politique qui a produit discriminations,
inégalités et racismes. Le « blédard » est également le produit d’une
histoire singulière, celle de l’échec de l’état national post-indépendant dans
son pays d’origine, et celle du rapport que la France construit –
mythologiquement ou réellement – avec le reste du monde. S’il vient en France,
c’est en effet à cause de toutes ces choses qu’il ne trouve pas chez lui,
allant de la liberté individuelle à un Etat organisé qui garantit – croit-il – à
ses citoyens un minimum de justice et d’accès aux biens économiques ou
culturels.
Or, c’est à ce niveau que le « beur » et le « blédard »
se séparent radicalement. Là où l’un subit de plein fouet le poids d’une France
inégalitaire, l’autre subit la mythologie d’une France patrie des droits de
l’homme et de la République. Là où l’un est enclin à respecter le jeu économique
et politique, l’autre est prêt à se révolter en réponse aux injustices subies.
« Le fait est que le blédard ne
ressent pas sur son dos toute cette chape de rancoeur et même de révolte que
nombre de beurs peuvent éprouver à l’égard de leur propre pays. Un pays qu’ils
ne cessent d’accuser de les avoir privés du minimum de chances pour réussir. Le
blédard est déjà dans un rapport post-colonial avec la France tandis que le
beur demeure - à tort ou à raison - englué dans ce « continuum
colonial » que dénoncent les associations qui veulent faire de la journée
du 8 mai, l’occasion de manifester au nom des « indigènes de la
République ». Dans le regard, dans le discours du beur, il y a souvent un
désir de revanche, une volonté exacerbée de se voir enfin reconnaître sa place
dans la société française. Cela influe sur son attitude, sa manière
d’appréhender les événements les plus insignifiants de la vie courante. La
« beur attitude », c’est un mélange de fierté, de colère et de
susceptibilité. C’est une souffrance que l’on devine mais qui ne rend pas pour
autant sympathique celui qu’elle torture. » (Akram Belkaïd, in Le
Quotidien d’Oran)
Deux rapports finissent ainsi par différencier complètement
le Maghrébin venu récemment du Maghreb et le Maghrébin né en France : le
rapport à la France et au pays d’origine. Le malaise se situe pour le premier
dans son appartenance à l’état national indépendant, tandis qu’il se loge préférentiellement
pour le second dans son appartenance à l’état français. Les malentendus
deviennent alors structurels : le « beur » découvre souvent que
son ami ou compagnon « blédard » manque de patriotisme, que les
éléments qui constituent pour lui son identité sont pour ainsi dire en
dissolution chez celui qui est censé les posséder à l’état pur et authentique.
Comment se peut-il que le « blédard » manque à ce point de foi
religieuse, qu’il soit athée, qu’il se montre aussi critique envers sa société
et son pays ? Comment se peut-il
qu’il manifeste autant d’attachement à des valeurs républicaines qui lui sont
étrangères, à des principes qu’il n’est pas censé connaître ? Le déni
n’est pas très loin, parfois le « blédard » ne devient à ses yeux
qu’un faux maghrébin… De l’autre côté, le « blédard » découvre que
son ami ou son compagnon « beur » n’est pas aussi francisé qu’il le
souhaite. Il s’étonne qu’il soit attaché à des formes de culture ou de religion
rétrogrades, qu’il s’obstine à parler une langue discriminée et qui lui est
insupportable, qu’il mette du Coran comme sonnerie dans son portable, qu’il
soit un berbériste raciste ou un fervent musulman rituel ou même
fondamentaliste (alors qu’il ne lit pas l’arabe), etc.
Le destin
du nouveau débarqué maghrébin consiste-t-il pour autant à devenir « beur » ?
Voilà une question qui effraye ceux parmi les « blédards » qui
croient trouver leur place dans la société française et tiennent absolument à
être distingués de ces « frères » stigmatisés (je ne suis absolument
pas un « beur », je ne suis pas une « racaille », etc.). La
réponse est incertaine. Le « blédard » ne deviendra sûrement pas un « beur »,
après toute une évolution historique accomplie au sein de sa société d’origine.
Mais rien n’est moins sûr pour ses enfants. La situation de ces derniers
dépendra intégralement de l’évolution de la politique française envers les
immigrés. Or, pour le moment, cette politique ne laisse pas espérer le meilleur…
21 mai 2009
Edward Saïd dénonce la récupération islamiste de son œuvre
Edward Saïd
dénonce la récupération islamiste
de son œuvre

Le grand critique de l’orientalisme européen savant, Edward
Saïd (1935-2003), dénonce certaines lectures de son œuvre, qui font de L’orientalisme
(le livre) une défense de l’islam contre un Occident agresseur. Dans une
postface datée de mars 1994, il s’insurge contre cette interprétation biaisée de
son texte, en précisant que sa logique conduisait à récuser les notions même d’ « Orient »
et d’ « Occident » et à interroger de façon critique la notion d'identité, alors que fondamentalisme islamiste et orientalisme
savant s’acharnent à les légitimer. Il est intéressant de le relire, ne
serait-ce que pour connaitre, en ce temps troublé de réhabilitations académiques
des anciens savoirs sur l’Orient, les positions exactes d’un penseur hors du
commun :
« Permettez-moi de commencer par un des aspects de la
réception accordée à ce livre que je regrette le plus et dont je m’efforce le
plus ardemment aujourd’hui (en 1994) de
surmonter l’impact sur moi-même. C’est l’anti-occidentalisme dont je suis taxé
abusivement, par des commentateurs plutôt exubérants, qu’ils soient hostiles ou
sympathiques à mon endroit. Cette notion comporte deux facettes, parfois
combinées, parfois distinctes. La première est la thèse qu’on m’impute selon
laquelle le phénomène de l’orientalisme est une synecdoque, ou un symbole
miniaturisé de l’Occident tout entier, et qui serait censé représenter
l’Occident en tant qu’entité. Ceci étant avéré, selon ces commentateurs,
l’occident dans son ensemble doit être considéré comme l’ennemi des Arabes et
des musulmans, et partant, des Iraniens, des Chinois et de beaucoup d’autres
peuples non européens qui ont souffert du colonialisme et des préjugés
occidentaux.
La seconde facette de l’argumentation qu’on m’attribue n’est
pas moins lourde de conséquences. Elle consiste à dire que l’Occident et
l’orientalisme ont violé l’islam et les Arabes (notons l’amalgame entre
« Occident » et « orientalisme »). ceci étant avéré,
l’existence même de l’orientalisme et des orientalistes est utilisée comme
prétexte pour soutenir précisément l’inverse, à savoir que l’islam est parfait,
qu’il est la seule voie (al-hal al-wahid), et ainsi de suite. En bref,
critiquer l’orientalisme, comme je l’ai fait dans mon livre, revient à soutenir
l’islamisme et le fondamentalisme musulman.
On ne sait que faire de ces extrapolations caricaturales
d’un livre qui, pour son auteur et dans son argumentation, est explicitement
opposé à toute catégorisation, radicalement sceptique à l’égard de notions
figées telles qu’Orient et Occident, et qui s’efforce avec soin de ne pas
« défendre », ni même de discuter de l’Orient et de l’islam. Et
pourtant, L’orientalisme a été perçu et commenté dans le monde arabe comme une
défense et une illustration systématique de l’islam et des Arabes, bien que j’y
aies dit sans ambiguité que je n’avais ni l’intention, et encore moins la
capacité, de montrer ce qu’était le véritable Orient et le véritable
islam » (L’orientalisme, postface de 1994, p. 357)
« L’orientalisme ne peut être compris comme une
défense de l’islam qu’en supprimant la moitié de mon argumentation dans
laquelle je dis […] que même la communauté originelle à laquelle nous
appartenons de naissance n’est pas à l’abri de conflits d’interprétation, et
que ce qui semble pour l’Occident être l’émergence, le retour ou la résurgence
de l’islam est e fait la lutte en cours dans les sociétés musulmanes pour
définir l’islam. Aucune personnalité, aucune autorité, aucune institution
n’exerce un contrôle total sur cette définition ; d’où bien sur les
conflits à ce sujet. L’erreur épistémologique du fondamentalisme est de croire
que les « fondements » sont des catégories a-historiques, échappant
de ce fait à l’examen critique des vrais croyants, qui doivent les accepter
dans un acte de foi. Pour les adeptes d’une version restaurée ou revivifiée de
l’islam primitif, les orientalistes sont considérés (par exemple Salman
Rushdie) comme dangereux parce qu’ils altèrent cette version primitive, jettent
le doute sur sa validité, la présentent comme tant frauduleuse et d’essence non
divine. Pour eux, en conséquence, les vertus de mon livre étaient qu’il
désignait la dangereuse malfaisance des orientalistes et en quelque sorte
arrachait l’islam à leurs griffes.
Or, je n’ai guère l’impression de poursuivre pareil but en
écrivant ce livre, mais cette opinion persiste. » (L’orientalisme,
postface de 1994, p. 359)
Bibliographie
Edward W. Saïd, L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident,
Traduit de l’américain par Catherine Malamoud, Paris, Edition augmentée, 1997
[1980 pour la 1ère édition].
Consulter ici même :
Zoom sur Edward Saïd et l'orientalisme (première partie)
Zoom sur Edward Saïd et l'orientalisme (deuxième partie)
Bribes d'une conversation parisienne
Bribes d'une conversation parisienne
J’ai assisté hier à une discussion sur une avenue du XVIIIème arrondissement de Paris. Je ne vais pas vous transcrire l’ensemble de ce que j’ai
entendu, mais juste le passage de la fin, qui me parait significatif. A vous d’en
juger ;-)
A est un Algérien, yeux verts, beau parleur, 30 ans, mais ne
fait pas son âge. B est une jeune parisienne, 24 ans à peu près, souriante et
communicative. Ils viennent de se connaître, l'ambiance est très sympathique, la conversation est émaillée de rires et de sourires.
A : - Franchement, pour tout te dire, je pense que la majorité des
parisiennes sont racistes !
B : - Ah, non !!! Tu exagères !
A : Je n’exagère pas, je t’assure ! Tu vois, moi,
par exemple, je suis pas typé…
B : Justement, c’est pour ça que j’étais étonnée que tu
me dises ça…
A : Eh bien, il m’arrive de draguer des parisiennes
mais, dés qu’elles découvrent mon nom, que
je suis arabe, elles s’enfuient, elles prétextent des choses et s’en vont, et
plus de contact !
B : Attend, il faut pas tout mélanger, ce n’est pas du
racisme ! Moi, par exemple, je peux pas sortir avec un noir. Ils sont
beaux, ils sont tout ce que tu veux, mais leur mentalité… tu vois ?
A : Oui, je vois…
B : Voilà, donc c’est pas la même chose ?!
A : Oui…[Quelques secondes après] Bah alors... euh…, bonne
soirée !
B : Au revoir, bonne soirée à vous [on était deux] !
Naravas
19 mai 2009
Génocide, métissage, des mots et des imaginaires
Génocide, métissage, des mots et des imaginaires
« L’invention en 1944, par le juriste Lemkin, du concept de
génocide, c’est-à-dire d’une notion désignant la destruction d’un groupe « en
tant que tel », a eu pour effet paradoxal de signaler et en même temps d’occulter
la problématique constructiviste des groupes, qu’il s’agisse des peuples ou des
classes sociales. Le processus de destruction de groupes entiers exige en effet
leur construction préalable […]. Mais précisément, l’arbitraire des groupes
constitués – Juifs, Tsiganes, homosexuels, malades mentaux – aurait du signaler
le processus constructiviste à l’œuvre au sein même de l’entreprise
génocidaire. Bien que cela puisse paraître une affirmation scandaleuse, il est
évident que le génocide a pour effet de constituer en tant que tel le groupe même
qu’il s’acharne à détruire et qu’il donne en particulier au groupe des
survivants une consistance qu’il n’aurait jamais eu sans cela. Le génocide, de par les procédures qu’il met en œuvre
– sélection des « éligibles », élimination des « inéligibles »,
hésitation sur la question des métis – est donc le
paradigme identitaire le plus efficace de notre époque. C’est en effet à l’aune
du génocide ou du judéocide que se fixe aujourd’hui le cours des différentes
identités contemporaines. Dans le cadre du modèle de la « concurrence
des victimes », toute une série de groupes emboîte le pas aux Juifs […]
Mais ce qu’il faut bien voir, c’est que la
généralisation du modèle du génocide a pour effet de racialiser l’espace
conceptuel à l’intérieur duquel se pensent et se construisent les différents
groupes, et donc les conflits qui les opposent. […] On le voit,
génocide et métissage sont des notions intimement liées en ce qu’elles
apparaissent toutes deux étroitement associées à
une problématique raciologique »
Amselle Jean-Loup, Logiques
métisses, Paris, Ed. Payot, 2009
[1990 pour la 1ère édition].
Introduction, pp. VIII-IX.
10 mai 2009
Un journaliste francophone dénonce la "fornication"
Un journaliste francophone dénonce la "fornication "
Quand La Dépêche de Kabylie rétablit l’ordre
Les catégories selon lesquels les
problèmes sociaux sont posés depuis quelques années au Maghreb n’appartiennent
souvent pas aux cultures locales mais à un fonds idéologique qu’on pourrait
appeler le « basic islamism ». Je veux dire que cette culture générale
islamiste travaille non seulement les militants convaincus et engagés dans le
combat pour l’instauration d’un état théocratique, mais surtout les
intellectuels demi-savants et leur sens commun, ou, pour parler comme un
copain, les « intellectuels des mots croisés ». On peut voir à l’œuvre ces catégories dans la
façon qu’a un journal régional, diffusé uniquement en Kabylie, de traiter de la
question de la sexualité à Béjaïa (ville côtière). Il faut rappeler que ce quotidien, La Dépêche
de Kabylie, a été fondé par un ancien député ayant appartenu à l’un des
partis d’opposition démocratique les plus connus d’Algérie, le Rassemblement
pour la Culture et la Démocratie (RCD), présidé par le Dr Saïd Sadi.
La Dépêche, journal francophone et progressiste, pense ainsi un
phénomène somme toute banal (une femme et un homme qui font l’amour dans un
lieu discret) dans le langage religieux du Moyen-Age. Il parle de « fornication »
et associe la chose immédiatement et irrémédiablement aux « fléaux sociaux »
(lire al afât al idjtima’iyya) et à la « prostitution» (lire arradhîla,
al fahicha, etc.). L’article est écrit par un(e) journaliste, A. Gana, sûrement
très heureux (se) de dénoncer « le blâmable » (al mounkar) et de criminaliser les rapports sexuels. Il va plus loin en parlant non seulement d’alcool (le chapelet des
vices est déroulé), mais d’un « poison » qui pollue la vie des
citoyens. L’amour, un poison ? Comment alors ne pas penser qu’au Maghreb,
c’est la démocratie qui a été islamisée ?
_________
Aokas
Trois personnes arrêtées pour création de
lieu de débauche
Un sexagénaire, retraité, répondant aux initiales de M. B., et
une jeune femme de 33 ans, Al. H, tous deux natifs de Béjaïa, ont été surpris en flagrant délit de fornication par les éléments de la sûreté de
daïra d’Aokas dans un camping familial situé en bord de mer de la même
localité. Ayant eu des échos quant à l’utilisation de ce camping de lieu de
débauche, par le gardien, B. A., 46 ans, natif de Kherrata, les services de
police ont mené leurs investigations avant d’intervenir dans la journée du
jeudi matin vers 10h pour surprendre ce couple
en pleins ébats au moment où ledit gardien faisait le guet. Selon la
police, ce dernier aurait avoué qu’il louait les deux chambres se trouvant à
l’intérieur du camping, servant en période estivale de bureaux, à des couples illégitimes moyennant une
contrepartie financière oscillant entre 400 et 1 500 dinars la passe.
Les trois acolytes ont été arrêtés avant d’être présentés, dans la
matinée d’hier, au procureur de la République près le tribunal de Béjaïa,
lequel avait mis sous mandat de dépôt le gardien pour le grief de création de
lieu de débauche et convoqué en citation directe les deux autres.
Ce phénomène de
prostitution et de création de lieux de débauche a tendance à prendre
des proportions alarmantes dans la région du littoral au même titre que les boutiques de vente de boissons à emporter,
lesquelles se métamorphosent en bars
clandestins pour certains. D’ailleurs, selon le chef de sûreté de daïra,
ses services, en collaboration avec les services de la DRAG de Béjaïa, ont
procédé à la fermeture administrative de 11 débits, dans la commune d’Aokas,
depuis le début de l’année pour des fermetures allant de un à trois mois ceci
pour mettre un terme aux dépassements
constatés çà et là.
Il semblerait que les services de police aient repris du
poil de la bête pour éradiquer tous les fléaux
qui empoisonnent la vie des citoyens.
A. Gana
03 mai 2009
Les Cheikhs et les plaisirs ou les consciences anachroniques
Les Cheikhs et les plaisirs
ou les consciences anachroniques
Le journal arabophone Al Khabbar est sans doute l’un des quotidiens les plus lus en Algérie. Connu pour son irrévérence envers le pouvoir et pour ses pages qui traitent des soucis les plus ordinaires des populations, il ne manque cependant pas de surprendre par son goût pour la juxtaposition des rubriques et des sujets les plus contradictoires. C’est dire combien ce qui est convenu d’appeler « information » constitue un objet bizarre. Où est-ce peut-être un certain « air du temps » que les journaux arabophones arborent pour donner des gages à leur lectorat de plus en plus islamiste ? Qu’on en juge par cet article publié dans l’édition du 2 mai 2009 du journal. Sur la page en face de ce texte, publié dans la rubrique Islamiyyat (Questions islamiques), se trouve la photo d’une chanteuse libanaise, Marwa, au regard langoureux et aux seins à moitié découverts (rubrique « People »). C’est dire que la nouvelle conception de la liberté d’expression au sein des élites arabes consiste en un égalitarisme dans le traitement de tout : une page pour Hitler, une page pour les juifs; une page pour la répression des plaisirs, une page pour la permissivité, une page pour le terrorisme, une page pour la paix, etc.
Voici la traduction de l’article. Les numéros entre parenthèses renvoient à mes commentaires – souvent sarcastiques – ci-dessous :
Un homme a commis l’acte immoral de la fornication et le regrette à présent. Comment peut-il se faire pardonner ?
La fornication fait partie des Grand Péchés proscrits par Dieu le Très Haut. Elle conduit à des méfaits incommensurables et à des conséquences néfastes sur ceux qui la commettent, tant physiquement que psychologiquement (1). De même qu’elle entraîne la propagation des moeurs ignobles et de la débauche, en mêlant la descendance, conduisant ainsi le pécheur à mériter la punition de Dieu, qu’Il soit loué et glorifié. Dieu a édicté l’obligation du mariage et en a consigné les conditions légales et les principes, de telle façon qu’un seul critère non rempli invalide l’ensemble du contrat. Le but de cela est de consolider l’union entre l’homme et la femme et de la relever du rang de l’ignoble et de la dépravation vers la lumière de l’Abstinence et de la Vertu. (2) Le Prophète (QPSL) a dit : « O jeunes gens, quiconque peut constituer une famille, qu’il se marie. C’est ce qu’il y a de plus efficace pour contraindre le regard et préserver la chasteté. Quant à celui qui ne peut pas, qu’il jeûne, car le jeûne diminue la tentation sexuelle » (3). Quelle est merveilleuse notre charia, il nous suffit de l’appliquer pour vivre la vie qui convient à l’homme vertueux ! Quand aux sociétés mécréantes et associationnistes, tu verras leur membres suivre leurs envies sexuelles pour les satisfaire dans le péché, l’ignoble et la dépravation, exactement comme fait l’animal dépourvu de raison et de conscience. Ils nous jalousent (4) pour le bien-être que nous procure notre mariage légal et pour notre éloignement du péché, c’est pourquoi ils émettent leurs poisons à travers leurs satellites et leurs magazines, dans le but de corrompre la jeunesse musulmane en l’écartant de sa religion et de sa foi (5). Mais ils sont loin de leur compte, car l’attachement jaloux de notre jeunesse à sa religion est immense, son amour pour le Prophète de Dieu (Que la Paix soit sur Lui) est encore plus grand (6). Même quand il lui arrive [à un musulman] de fauter et de pécher, tu le verras qui se repent et retourne vers Dieu le Très Haut. Ô toi qui nous pose cette question, nous demandons à Dieu qu’il te pardonne, Lui qui dit :
« Ceux qui n’invoquent pas d’autre dieu avec Allah et ne tuent pas la vie qu’Allah a rendue sacrée, sauf à bon droit ; qui ne commettent pas de fornication - car quiconque fait cela encourra une punition § Et le châtiment lui sera doublé, au Jour de la Résurrection, et il y demeurera éternellement couvert d’ignominie ; § Sauf celui qui se repent, croit et accomplit une bonne œuvre ; ceux-là Allah changera leurs mauvaises actions en bonnes, et Allah est Pardonneur et Miséricordieux ; § Et quiconque se repent et accomplit une bonne œuvre c’est vers Allah qu’aboutira son retour. » (Coran, Sourate 25, « Le Discernement », versets 68-71)
Il est donc de ton devoir de te repentir vraiment et sincèrement, en remplissant toutes les conditions du repentir dévoué, afin que Dieu te pardonne ton grand péché. Comme la punition pour la fornication n’est pas appliquée, (7) nous te recommandons de faire beaucoup de bonnes œuvres comme le pèlerinage, la prière dans les temps et en groupe, la lecture du Coran, l’aumône pour les proches et les pauvres, et d’autres actions vertueuses (8). Dieu accorde son pardon à celui qu’Il veut, et celui qui est pardonné et similaire à celui qui n’a jamais commis de péché. »
Que Dieu m’accorde le succès.
Le Cheikh Abou Abdesselam
Al Khabar du 02/05/2009
Note pour les lecteurs non arabophones
Ceci est le discours d’un religieux aux idées anachroniques. Il ne représente nullement "ce que pensent les musulmans", encore moins leur « mentalité ». En général, une lutte des interprétations se déroule dans l’espace public entre les tenants de ce genre d’interprétations et d’autres, plus modernistes. Le discours de ce Cheikh est destiné à une consommation interne, c’est pourquoi il se « lâche », pour dire les choses simplement.
Commentaires
(1) Oui, parmi ces grands dangers et ses conséquences néfastes,
on peut citer les suivantes : l’acte sexuel permet d’être physiquement
plus équilibré, de se concentrer sur les autres préoccupations de la vie et de
ne pas être un affamé obsédé par un désir répétitif. Psychologiquement, cela
permet d’être humain, de vivre une relation affective insondable avec son
semblable, sinon un amour qui dépasse tout ce qu’un esprit comme toi peut
comprendre ! Tu as vu, et la liste est encore longue…
(2) Je ne connais pas le but de Dieu, mais le tien m’est plus
clair : tu ne vises à rien consolider, sinon à instaurer une dictature des
mœurs qui interdit à tout un chacun d’utiliser son corps comme il le souhaite.
Et bien sûr, on te placera à la tête de cette dictature pour nous dicter notre
bonheur au moyen de la police et des haut-parleurs ! Quant à la
« lumière » de la Vertu, je vois l’océan de ravages qu’elle a produit
dans les pays qu’elle éclaire…
(3) Oui, mais avec toute la bouillabaisse que les imams ont
fait depuis des siècles, on sait plus si ce sont des gens comme toi qui disent
ça ou si c’est vraiment le Prophète. Il n’y a pas un seul hadith qui ressemble
à l’autre, c’est un fatras contradictoire ! Pourquoi tu ne nous dis pas
que le Prophète a autorisé ses soldats à faire l’amour avec les captives dans
le désert ? Parce que cela n’arrange pas ton interprétation rigoriste et
fasciste du hadith ?… Alors, si c’est valable pour les soldats, c’est
aussi valable pour nous ;-)
Quant au jeûne, quelle drôle de solution ! C’est donner
des cravates à celui qui a soif. Le jeûne est une privation qui n’arrange rien
et qui multiplie l’appétit sexuel dés qu’on se remet à manger !
(4) Mais là tu me fais rire mon vieux ! C’est de l’humour
islamiste ? Les gens vivent leur bonheur et toi, tu crois qu’ils te
jalousent ? Tu crois que le type qui couche avec sa petite amie polonaise
au centre de Londres ou dans un décors idyllique suisse, tout ce qui
l’intéresse, c’est ta tronche ? Il sait même pas que tu existes !
Mais dans quel monde vis-tu ? Il faut peut-être appeler un psychiatre pour
corriger ta vision déconnectée de la réalité…
(5) Fournir des explications simples pour les crédules, c’est
la spécialité des gens comme toi. Le pire, c’est que vous prenez de l’argent
pour ça…
(6) Décidément, on ne voit pas les mêmes choses : la
jeunesse dont tu parles, moi je vois qu’elle prend des embarcations de fortune
pour rejoindre l’Europe ! Moi je vois qu’elle fait des mains et des pieds
pour avoir un visa et rentrer en France ou en Europe…où sévit justement la
corruption que tu décris…C’est bizarre, non ?
(7) Bien sûr, tu aurais aimé lui appliquer cent coups de fouets
à ce jeune homme, pour assouvir, en même temps que la sentence imaginaire de
Dieu, une certaine soif de pouvoir…
(8) Grosso modo, cela veut dire : tu as commis un Grand
Péché, pour que Dieu te pardonne, vient avec nous ! Tu nous obéiras et tu
feras tout ce que nous faisons. C’est le chemin du parfait islamiste…
Site d'Al Khabar
Site de Marwa
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شخص ارتكب فاحشة الزنا وهو نادم الآن، فكيف يكفّر عن فعلته تلك؟
- الزنا من كبائر الذنوب التي حرّمها الله تعالى، لما فيها من مفاسد عظيمة وخطيرة على مرتكبيها بدنيا ونفسيا وعلى المجتمع بانتشار الرذيلة والفاحشة وباختلاط الأنساب، وباستحقاق عذاب الله سبحانه. وقد شرع الله الزواج ووضع له شروطا وأركانا متى اختل منها ركن واحد لم يصح العقد، حتى يضبط تلك العلاقة القائمة بين الرجل والمرأة ويرفعها من مراتع الرذيلة والفساد إلى نور العفة والفضيلة. وقد قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: ''يا معشر الشباب، من استطاع منكم الباءة فليتزوج، فإنه أغض للبصر وأحصن للفرج، فمن لم يستطع فعليه بالصوم فإنه له وِجاء''. فقد أرشد النبي صلى الله عليه وسلم شباب هذه الأمة إلى ما يضبط شهوتهم بالحلال لا بالحرام. فما أعظم شريعتنا الإسلامية التي إن طبقناها عشنا حياة تليق بالإنسان الفاضل، أما المجتمعات الكافرة والمشركة فترى أفرادها يتبعون شهواتهم ويشبعونها بالحرام والرذيلة والفاحشة كما يفعل الحيوان الذي لا عقل له ولا ضمير له. وهم يحسدوننا على نعمة الزواج الشرعي وابتعادنا عن الحرام، فتراهم يبثون سمومهم عن طريق الفضائيات والمجلات حتى يفسدوا شباب المسلمين ويبعدوه عن دينه وعقيدته. وهيهات أن يكون لهم ذلك، فغيرة شبابنا على دينه عظيمة وحبه لله ولرسوله صلى الله عليه وسلم أعظم، وإن أخطأ أو أذنب تراه عائدا تائبا إلى الله تعالى.
فأنت أيها السائل نسأل الله أن يغفر لك، يقول الله تعالى: ''والذين لا يدعون مع الله إلها آخر ولا يقتلون النفس التي حرّم الله إلا بالحق ولا يزنون، ومن يفعل ذلك يلق أثاما، يضاعف له العذاب يوم القيامة ويخلد فيه مهانا إلا من تاب وآمن وعمل عملا صالحا فأولئك يبدّل الله سيئاتهم حسنات وكان الله غفورا رحيما، ومن تاب وعمل صالحا فإنه يتوب إلى الله متابا'' سورة الفرقان 68/.71
فعليك بالتوبة الصادقة المستوفية لجميع شروط التوبة النصوح، حتى يغفر لك الله خطأك العظيم هذا. وحد الزنى غير مطبق، ولهذا ننصحك بالإكثار من العمل الصالح كالحج والعمرة والصلاة في وقتها مع الجماعة وقراءة القرآن والصدقة على الأهل والفقراء، وغيرها من أعمال البر، والله يتوب على من تاب، والتائب من الذنب كمن لا ذنب له.
والله ولي التوفيق




