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Point de vue africain sur des questions de la culture et de l'actualité. Petit journal des idées de l'auteur. Les rêves et l'imagination d'un homme qui a vu sourire les étoiles et qui s'est promis de sentir le parfum de toutes les matinées embaumées.

07 octobre 2009

Algérie : les massacres collectifs de civils (1996-1998)

Algérie : les massacres collectifs de civils
 
(1996-1998)

 

Oum_Saad___dite_La_madone_de_Bentalha « Pendant que les étendards de la mort happaient les âmes des innocents, nourrissons, enfants et femmes au milieu de flots de sang, les voisins attendaient leur tour [pour être égorgés] dans un état d’hystérie et d’épouvante poussés à l’extrême. » (Al Khabar, 24 septembre 1997)

 

 

           La guérilla des islamistes algériens contre leur gouvernement et leur population commence le 13 février 1992. Petit à petit s’instaure dans les villes et les hameaux d’Algérie une terreur au nom de l’islam. Assassinats incessants de policiers, d’agents de l’ordre, de jeunes appelés au service national; attentats  à la bombe dans les lieux publics les plus fréquentés ; liquidation physique des opposants à l’islamisme (intellectuels, démocrates, féministes) ; exécution de simples citoyens pour des motifs fallacieux ; etc.

Une nouvelle phase de l’histoire de cette guérilla commence en novembre 1995, quand le général Zeroual, président désigné, décide d’organiser des élections présidentielles pluralistes. Malgré les menaces des islamistes contre quiconque se rendrait au bureau de vote,  la population crée la surprise en y participant massivement. Elle choisit le général Zeroual comme président de la république, seul capable à ses yeux de la sauver des griffes des islamistes armés.

C’est un coup de marteau sur le moral des maquisards. « La population n’est donc plus avec nous » se disent les islamistes. Elle nous a « trahi » et a rejoint le Taghout (Tyran). Le GIA (Groupe Islamique Armé), la plus fondamentaliste des organisations du djihad, se sent en perte de vitesse. Il est en proie à des dissidences internes. D’autres groupes du djihad (Armée Islamique du Salut notamment) tentent de négocier un compromis avec l’armée pour déposer les armes. Le GIA, sous la conduite d’Antar Zouabri, se lance alors dans une fuite en avant désespérée et nihiliste : il organise en représailles, à partir de décembre 1996, des massacres de civils d’une horreur jusque là inégalée.
   
            

         1997 fut pour l’Algérie l’apothéose du sang et de l’horreur. En tout, près de 4000 personnes (chiffre approximatif) furent massacrées à coups de haches, de couteaux et d’explosifs. Parmi elles, se trouvaient près de 100 nourrissons et des centaines d’enfants. Les bébés ont été parfois brûlés, cuits dans des fours, écartelés et coupés en deux, ou encore éclatés sur les murs, leurs tête explosée dessinant une énorme tâche de sang et de cervelle. Des femmes enceintes ont été éventrées, leurs foetus extraits et mutilés. Certaines victimes sont brûlées vives à l’essence. Des têtes détachées sont mises dans des ventres de femmes tuées. Certaines têtes sont cousues sur des corps qui n’étaient pas les leurs. Certains cadavres sont piégés, à l’intention des services de sécurité.

De vieux hommes ont été égorgés au poignard, la tête arrachée et séparée du corps. Sur les terrasses de Bentalha, alors que les voisins hurlaient d’épouvante en attendant leur tour, les habitants furent tranchés par des haches, sectionnés par des couteaux et jetés, une fois la gorge coupée, pardessus les jardins et les rues. Une femme terroriste coupait les oreilles et les poings des cadavres pour récupérer les bijoux qu’ils portaient encore. A Relizane, les caméras avaient pris des morceaux de chair humaine et des lambeaux ensanglantés d’enfants, arrachés à leur corps et jetés sur les toits des habitations pauvres des paysans attaqués [cf. Fekhari]. Dans la même localité, des villages entiers, surpris dans leur extrême misère, ont été exterminés à l’arme blanche. Après le passage des hordes islamistes, il restait une forte odeur de carnage, faite de chair humaine brûlée et de cadavres calcinés, des habitations détruites, incendiées ou vandalisées, des tas de corps démembrés et méconnaissables et de grosses mares de sang à moitié sec. 
 
Le scénario semble à chaque fois être le même : un groupe de terroristes investit une localité ou un village de nuit, il prend les précautions nécessaires pour ne pas être attaqué : en minant les accès principaux qui mènent vers le lieu ciblé, en plaçant des combattants armés sur les chemins qui y conduisent, en sabotant pistes et routes, etc. Ils coupent ensuite  l’électricité et plongent les habitants dans le noir. Et puis, l’égorgement commence à l’arme blanche et à la hache, aux cris de Allahou Akbar,  en insultant les victimes.
Le groupe a ses professionnels en la matière, les égorgeurs, qu’il met en avant, tandis que les autres tiennent en respect les habitants avec des armes à feu. Dans certains massacres, un choix est effectué entre familles à massacrer et familles qui sont probablement restées fidèles aux GIA ou protégées par de quelconques accointances au sein du groupe islamiste. Il est arrivé que, pendant le massacre, le moment de la prière sonne : les extrémistes islamistes ont alors abandonné l’égorgement et se sont mis à prier (Cf. les témoignages recueillis par Véronique Taveau). Aucune distinction n’est faite entre les victimes. Les enfants, comme les bébés, les vieillards et les femmes, sont passés pareillement au fil de la lame. Insensibles aux imprécations des futurs égorgés, les assassins se livrent à des actes d’une rare cruauté, destinés à frapper les esprits.
 
Les massacres, surtout pour les plus importants, sont des opérations minutieusement organisées, souvent avec des complicités locales. A Bentalha et Béni Messous (**), les assaillants sont venus avec des listes et des « Antar_Zouabriguides » (des enfants et des adultes), qui montrent aux égorgeurs quelle maison appartient à qui. Certains terroristes sont largement connus dans les localités qu’ils ont massacrées. Les rescapés interrogés le lendemain par les journalistes de la presse indépendante algérienne tiennent généralement le même discours : ils commencent par accuser l’état de ne les avoir pas protégé, parlent ensuite des complicités à l’échelle locale et finissent parfois par avouer leurs « propres erreurs » passées, en laissant dans certains cas circuler parmi eux les terroristes islamistes. Ils citent des noms de gens qu’ils connaissent et qui étaient parmi les assaillants.
Les massacres sont souvent revendiqués par le plus radical des groupes islamistes, le GIA. C’est sous l’émirat d’Antar Zouabri (juin 1996 – février 2002) qu’ils ont été planifiés et exécutés.
 
Pourquoi toute cette horreur ? A quelle logique obéissait l’action armée du GIA (Groupe Islamique Armé) ? Mais surtout, que faisait l’armée algérienne pendant que ses citoyens, qu’elle avait la mission de protéger, se faisaient massacrer ?
 
 
Contexte politique des massacres

 
Après l’assassinat du président Boudiaf, le pouvoir algérien perd toute crédibilité. L’armée, qui croyait venir à bout du terrorisme au moyen de l’intensification de la lutte militaire, se rend à l’évidence en août 1993, lors d’une réunion de hauts gradés. Ali Kafi (2 juillet 1992— 30 juin 1994), président du HCE et remplaçant de Boudiaf, cautionne cette démarche. Une Commission de dialogue national (CDN), dirigée entre autres par trois officiers supérieurs (généraux), est mise sur pieds en octobre 1993. Le général Zéroual, ministre de la défense, est Liamine_Zeroualchargé de mener des négociations secrètes avec les dirigeants du FIS, Ali Benhadj et Abassi Madani. Il leur propose un retour du FIS à la légalité, sous un autre nom, et la libération de ses dirigeants, en contrepartie d’un appel à l’arrêt des violences. Les deux leaders islamistes, croyant être en position de force, se montrèrent intraitables, ce qui fait échouer les négociations. Pourtant, Zéroual était prêt à toutes les concessions…
Le pouvoir improvise alors une Conférence de l’entente nationale, tenue le 30 janvier 1994, destinée à faire dialoguer toutes les sensibilités politiques. Le FIS et l’opposition la boycottent tous les deux. Ce qui n’a pas empêché les congressistes de désigner le général Liamine Zéroual président de la République. Les attaques islamistes faisaient deux cents à trois cents morts par semaine et le pouvoir algérien était au bord de l’effondrement. Il tente sa dernière chance de survie.
 Abassi_et_Belhadj_leaders_du_FIS
Zéroual (30 juin 1994 – 27 avril 1999), en dialoguiste infatigable, décide d’entamer un deuxième round de pourparlers secrets avec les dirigeants du FIS. Il fait preuve de magnanimité en libérant trois de ses figures historiques, Ali Djeddi, Abdelkader Boukhamkham et Abdelkader Hachani, et en plaçant Madani et Benhadj dans une résidence surveillée, où ils étaient libres de recevoir qui ils voulaient. Ils refusèrent d’appeler à l’arrêt des violences. Pire, pendant que les deux leaders du FIS étaient en dialogue avec les conseillers du président, Ali Benhadj envoie une lettre à l’émir du GIA, Cherif Gousmi, lui demandant d’intensifier le djihad. La lettre fut découverte par l’armée sur le cadavre de cet émir du GIA, abattu le 26 septembre 1994. Cette duplicité des dirigeants du FIS fait échouer les pourparlers. Dans son discours du 31 octobre 1994, le président Zéroual prend la mesure de son échec et annonce la tenue d’une élection présidentielle avant la fin de l’année 1995. Par la promotion au grade de général de corps d’armée de Mohammed Lamari, partisan d’une lutte intense contre les groupes armés, l’armée vise à rétablir des conditions de sécurité suffisantes pour la tenue de ces élections.
 
Mais la réplique des groupes armés ne se fait pas attendre. Ils condamnent toute tentative de dialogue et affirment se battre jusqu’à l’instauration, à leurs yeux prochaine, de l’Etat Islamique. Ils intensifient les actes terroristes et les sabotages et menacent les Algériens qui oseraient participer aux élections. L’été 1995 fut particulièrement meurtrier : explosions de bombes, meurtres de journalistes, égorgement de jeunes militaires, attentats à la voiture piégée, etc. « L’urne ou la vie » menaçaient les tracts du GIA, placardés dans tous les villages et villes d’Algérie. Djamel Zitouni lui-même menace les habitants : « celui qui a été averti n’a pas d’excuses ». Les leaders démocrates jugent eux-même la tenue d’élections impossible.
 
Malgré ce climat chaotique et en dépit des menaces, la population algérienne crée la surprise : le 16 novembre 1995, les bureaux de vote sont pris  d’assaut. Le taux de participation dépasse celui des législatives de 1991 : il est de 74,92 %. Zéroual a réussi la tenue d’élections présidentielles pluralistes et, bien plus que ça, il se fait élire, lui, candidat du pouvoir, président de la république (61,34 % des voix), devant l’islamiste dit « modéré », Mahfoud Nahnah (25,39 %), et le démocrate Saïd Sadi (9,29 %). Le choix de la population s’explique : seul un militaire pouvait à ses yeux imposer la paix face à la violence exacerbée des islamistes armés. Après la victoire, une partie des démocrates, les capitales occidentales et même le FIS (par le biais de Rabah Kébir) reconnaissent la légitimité du nouveau président. Celui-ci nomme le néo-libéral Ahmed Ouyahya chef d’un gouvernement où siégeaient des islamistes dits « modérés » et continue son programme de « parachèvement des institutions » en organisant une révision de la Constitution en 1996 et des élections législatives pluralistes en 1997.
 
La nouvelle d’une participation massive de la population aux élections du « Taghout » (Tyran) fait l’effet d’une bombe dans les maquis. Le peuple n’est donc plus attaché à l’instauration d’une « République islamique ». Le moral des maquisards s’en est beaucoup ressenti. C’est le déclin de la sympathie populaire dont ils bénéficiaient jusque là. Autre conséquence : une partie de la direction du FIS, conduite par Rabah Kébir, dont le bras armé est l’AIS, se penche de plus en plus vers le dialogue et le renoncement au djihad, devenu contre-productif.
 Madani_Mezrag___chef_de_l_AIS
Mais le GIA, en proie à des dissidences internes, n’entendait pas les choses de cette oreille. Il craignait d’être sacrifié sur l’autel du compromis qui se dessinait entre certains cercles du pouvoir et une partie de la direction du FIS. Zitouni condamne alors l’AIS et son chef, Madani Mezrag, qui venait d’adresser une lettre à un conseiller de Zéroual en 1996. Il leur livre la guerre et exécute les djazaristes (Mohamed Saïd et Redjam) qui voulaient le manipuler (cf. plus haut). Le terme de « boughât » lui servait à désigner les frères ennemis « traîtres » de l’AIS. Son élimination et l’accès d’Antar Zouabri à l’émirat du GIA marque le début d’un nouveau discours et d’une nouvelle stratégie dans le djihad de ce groupe. On était en effet loin des communiqués triomphalistes qui annonçaient l’imminence du retour du Califat. Le ton était à la déception (comme dans l’opuscule intitulé Le sabre tranchant signé par Zouabri). D’autant plus que le GIA subissait de sérieux revers : l’émir de la région de Boumerdès, Youcef Bentitraoui et celui de la Casbah d’Alger, Bouhammam Mohamed, dit Moh Jetta, sont respectivement abattus en décembre 1995 et janvier 1996. Toujours en janvier 1996, après 17 heures de combat, les unités de l’ANP abattent 20 islamistes à Laghouat, dont un émir redouté, Aïssa Keroum, ancien d’Afghanisatn. Napoli, de son vrai nom Yacine Amara, tout puissant émir de la Casbah, est à son tour abattu avec 7 de ses compagnons le 2 octobre 1996.

 
Face aux pressions internes, constituées par de multiples dissidences, et aux pressions externes, constituées par le renoncement progressif de l’AIS au djihad, par le désaveu qu’adressait la population au GIA en participant aux différentes élections de Zéroual et par l’étau que ne cessait de resserrer l’armée autour de ses troupes, le GIA (ou plutôt ce qui en restait) s’engageait dans une voie nihiliste et suicidaire et choisit la fuite en avant dans l’horreur. Pour punir la population, décrétée impie du fait de son rejet des islamistes armés, il se lance dans une série de massacres de civils, aussi horribles les uns que les autres.  

  
 Les massacres collecifs : faits et circonstances

massacre_du_GIAN.B. : Le décompte qui va suivre est loin d’être exhaustif. Il a été élaboré à partir des fait rapportés par Hassane Zerrouky dans son livre La nébuleuse islamiste en France et en Algérie, Editions 1, 2002, (pp. 248-290). Ils furent recoupés ou complétés en consultant d’autres sources qu’on retrouve dans la bibliographie.

 
 

Date : 5 décembre 1996
Lieu : Haouch el-Trab, près de Boufarik, dans la Mitidja
Circonstances : Un groupe du GIA, dirigé par Djamel Aït Dekar, lieutenant d’Antar Zouabri, égorge et décapite 10 civils, dont 7 femmes.
Bilan : 10 personnes décapitées.

 
Date : 6 décemmbre 1996
Lieu : hameau de Benachour, près de Sidi El-Kébir, Blida
Circonstances : Slimane Mohamed Maherzi dit Abou Djamîl, ancien cadre du FIS, chef du GIA local, organise une descente sanglante chez les habitants
Bilan : 29 personnes assassinées.

 
Date : 10 décemmbre 1996
Lieu : Massouma, localité située près de Boufarik, dans la Mitidja
Circonstances : Une famille de huit personnes est exécutée.
Bilan : 8 morts.

 
Date : 19 décembre 1996, vers 3h du matin
Lieu : à l’entrée de Blida
Circonstances : Un car de voyageurs est intercepté à l’entrée de Blida, près d’une caserne militaire. Les terroristes ont eu tout le temps d’exécuter les voyageurs à l’arme blanche et par balles. Arrivée tardive de l’armée sur les lieux.
Bilan : 20 morts, 7 blessés par balles.

 
Date : nuit du 28 au 29 décembre 1996
Lieu : village de Dhamnia, dans les montagnes de Aïn Defla
Circonstances : Un groupe armé massacre 34 personnes.
Bilan : 34 personnes assassinées.


Date : nuit du 5 janvier 1997
Lieu : hameau de Benachour, près de Sidi El-Kébir, Blida
Circonstances : Ce hameau est massacré pour la deuxième fois par les terroristes. Au cours de ce deuxième raid, 16 civils sont assassinés.
Bilan : 16 personnes assassinées.
 
Date : 6 janvier 1997
Lieu : Daouda Marine, port situé à 60 km à l’ouest d’Alger.
Circonstances : Une attaque terroriste fait 23 victimes, des femmes pour la majorité. Le journal indépendant El Watan est l’un des premiers à mettre en cause l’attitude des militaires, postés sur les hauteurs du village, qui auraient refusé d’intervenir.
Bilan : 23 morts.

 
Communiqué d’Antar Zouabri, émir du GIA :
« La guerre continuera et s’intensifiera durant le mois de ramadan et nous avons les moyens et les hommes pour châtier ceux qui ne sont pas à nos côtés […] A l’exception de ceux qui sont avec nous, tous les autres sont des apostats et méritent la mort » (tracts placardés sur les murs d’Alger, janvier 1997)

 
Date : 6 janvier 1997
Lieu : Sidi Abdelaziz, région de Béni Slimane, 120 km au sud d’Alger.
Circonstances : Un groupe de citoyens est massacré.
Bilan : non communiqué.

 
Un communiqué d’un groupe du GIA, Les Fidèles au Serment, de Kamreddine Kherbane :
« Nous avons acculé le Tyran au repli sur la capitale, où il est cerné de toutes parts » ; « nous allons frapper fort et il finira par lâcher prise. Nous ferons trembler la terre sous les pieds du Tyran qui n’a d’autre issue que de préparer son départ, avant de périr sous les décombres » (in Nour el Misbah, organe des Fidèles au Serment, 1er février 1997)


Date : 1er février 1997
Lieu : Médéa, quartier de Ktiten.
Circonstances : Pour se venger de Sid Ali Benhadjar, un dissident qui a choisi de quitter avec ses hommes le GIA, ce dernier organise une expédition punitive dans le quartier qui abrite les sympathisants de son ennemi. Une cinquantaine de terroristes assassinent et massacrent hommes, femmes et enfants. Les forces de police stationnées à 500 m ne bougent qu’après la fin de la tuerie. Le 6 février, les terroristes retournent massacrer un quartier voisin (Teniat el Hadjar), mais les habitants, avertis, les accueillent à coups de pierre, de haches, de gourdins, etc. Leur résistance leur sauve la vie. La police intervient cette fois et abat plusieurs islamistes. Une autre descente s’effectue au quartier de Aïn Dheb le 6 février, les terroristes islamistes avertissent la population contre toute collaboration avec Sid Ali Benhadjar, sinon « nous vous tuerons comme on l’a fait à Ktiten ». Benhadjar accuse de son côté « les hypocrites » du GIA de ces massacres et affirme disposer de la liste de tous les participants au carnage.
Bilan : 31 morts.
 
Date : 17 février 1997
Lieu : hameau de Kerrache, à 50 km d’Alger.
Circonstances : Les terroristes islamistes d’Antar Zouabri massacrent 31 personnes dans cette localité. Dans un communiqué, celui-ci revendique le massacre et corrige le nombre de victimes, qu’il dit être 41 et non 31 morts comme l’avait annoncé la presse. 
Bilan : 31 morts selon la presse, 41 selon Antar Zouabri.

 
Communiqué d’Antar Zouabri :
« Le GIA ne tue pas les innocents, mais les familles qui sont proches du pouvoir » ; « une nouvelle étape de lutte contre le gouvernement a débuté avec l’exécution d’apostats et de leurs relations dans les villes et villages, et des attentats à la bombe au cœur d’Alger et de Blida » (communiqué du 22 février 1997, signé Abou Talha, nom de guerre de Zouabri)

 
Date : nuit du 21 au 22 avril 1997
Lieu : Village de Bougara, 40 km au sud d’Alger.
Circonstances : Une attaque terroriste fait 93 victimes.
Bilan : 93 civils dont 43 femmes tués.


Autres massacres : on compte 22 massacres islamistes de civils entre le 15 février et le 5 juillet 1997, (dont celui de Bougara), dans différents endroits du pays. Le nombre de victimes est élevé, plus de 300 morts.

 

ETE 1997 OU L'ETE ROUGE

 

Date : 5 juillet 1997
Lieu : Médéa.
Circonstances : 48 personnes sont massacrées par un groupe armé. Plus d’une vingtaine de personnes sont par ailleurs massacrées dans différents endroits du pays, dont trois supporters d’un club de football, l’USMA, égorgés alors qu’ils fêtaient la victoire de leur équipe.
Bilan : 61 morts.

 
Date : 12 au 13 juillet 1997
Lieu : Ksar el Boukhari, 180 km au sud d’Alger.
Circonstances : massacre de 44 personnes.
Bilan : 44 morts.

 
Date : 20 au 21 juillet 1997
Lieu : hameau Yema Mghita, au sud d’Alger.
Circonstances : massacre de 39 personnes, dont 15 appartenant à une même famille. Bilan : 39 morts.

 
Date : entre le 19 et le 23 juillet 1997
Lieu : région d’Alger.
Circonstances : Pendant que l’armée menait des opérations de lutte contre les maquis de Htatba (Ouest d’Alger), une attaque de terroristes islamistes cible trois villages consécutifs et fait 56 victimes.
Bilan : 56 personnes assassinées.

 
Date : 20 au 21 juillet 1997
Lieu : hameau de Taghit, près d’Alger.
Circonstances : Antar Zouabri, donné pour mort par la presse algérienne, alors qu’il était traqué par les militaires, aurait commis de sa propre main le massacre de 38 personnes, épargnant quelques habitants pour qu’ils témoignent qu’il est bien vivant. Quoiqu’il en soit, le massacre, commis par lui ou en son nom, fait 38 victimes.
Bilan : 38 personnes assassinées.

 
Date : 27 au 28 juillet 1997
Lieu : Larbaa, Blida.
Circonstances : Vers 23h, une centaine d’islamistes du GIA investissent la ville de Larbaa en coupant l’électricité. La ville est plongée dans le noir, tandis que ses accès sont minés par des engins explosifs. Les quartiers de Djibolo et de Si Zerrouk comptent des familles acquises à l’émir Mustapha Kartali, rentré en dissidence. Pour châtier celui-ci, des dizaines de personnes sont massacrées par ses anciens compagnons de Kertali. Ceux-ci ont pris tout leur temps et ont enlevés les plus belles femmes pour servir d’esclaves sexuelles au maquis. Les militaires ont prétexté les bombes qui bloquaient les accès de la ville pour justifier leur passivité. Le 31 juillet, les terroristes sont revenus pour exécuter 20 autres personnes dans un autre quartier de la ville.
Bilan : 51 morts et 90 blessés.

 
Date : nuit du 30 au 31 juillet 1997
Lieu : hameau Matmata, Aïn Defla.
Circonstances : 41 habitants du village de Matamata sont massacrés à l’arme blanche. Bilan : 41 égorgés.


Date : 1er au 2 août 1997
Lieu : hameau de Sidi Madani, dans les gorges de la Chiffa. 
Circonstances : 38 habitants sont assassinés par un commando islamiste.
Bilan : 38 morts.

 
Autres massacres : entre le 9 et le 13 août 1997, 55 civils sont massacrés, toujours dans la région Alger-Médéa-Aïn Defla.


Date : 20 au 21 août 1997
Lieu : village de Souhane, 20 km au sud de Larbaa, Blida.
Circonstances : Une centaine d’islamistes investissent ce village et tuent à l’arme blanche et par balles des hommes, des femmes, des vieillards et des enfants et incendient leurs habitations, dans un vacarme qui se fait entendre plusieurs kilomètres à la ronde. 17 jeunes filles sont emmenées en captivité. Les militaires arrivent en retard sur les lieux.
Bilan : 64 personnes mortes, pour la plupart égorgées.

 
Date : nuit du 25 août 1997
Lieu : hameau Ben Ali, à moins de 10km de Blida. 
Circonstances : Des islamistes armés investissent la nuit le hameau de Ben Ali et rassemblent ses habitants sur la placette du village. « Prenez les plus belles [femmes] et tuez tous les autres » ordonne l’émir du groupe. Commence une tuerie à l’arme blanche et par balles.
Bilan : 74 personnes tuées, dont 30 femmes.

 
Date : nuit du 28 au 29 août 1997
Lieu : Haï Raïs, banlieue d’Alger. 
Circonstances : Vers 22h30, deux cents islamistes armés jusqu’aux dents (Kalachs, FMPK, lance-roquettes, etc.) font irruption à Raïs, un village situé dans la Mitidja, sur un ancien domaine agricole. Ils étaient habillés en tenues afghanes, avec des « barbes très longues », « teintées au henné pour certains » [témoignage recueilli par Zineb Laouedj] « attachées avec des élastiques, une coupe rasta et des sourcils rasés » [un survivant au journal indépendant El Watan]. Deux patrouilles gardent pourtant l’entrée du hameau, une gendarmerie et un poste regroupant une vingtaine de gardes communaux. Quelques habitants montés sur les terrasses avaient perçu des bruits bizarres et avaient fui à travers les champs avec leurs familles. Les autres n’ont pas eu le temps de faire quoi que ce soit. Les terroristes défoncent leurs portes à coups d’explosifs, mettent le feu aux habitations, lancent des cocktails Molotov et font sortir les femmes et les enfants. La tuerie commence à coups de hache, de couteaux et d’ « Allahou Akbar », tandis que les balles rattrapent les fuyards. Plusieurs centaines de civils se précipitent vers le poste des gardes communaux pour chercher refuge. Mais ces derniers, armés seulement de fusils de chasse, prennent peur et se terrent à l’intérieur de leur poste. Les témoins ont identifié à la tête des assaillants Ali Dellal, Ali Cherat et Rabah Bougouïa, des islamistes originaires du village qui avaient basculé dans le terrorisme. Quelques jours auparavant, les villageois, inquiets, ont demandé des armes à l’état pour se protéger, chose qui leur a été refusée. Les habitants de cette localité n’ont pas massivement voté FIS pendant les élections de 1991.
Bilan : 300 morts environ, dont plus de 30 bébés et un terroriste tué par les villageois.
 
Parole aux survivants :
 
El Watan écrit, en citant des survivants : « Ceux qui hier, habitaient El Raïs ont crié fort, très fort pour qu'on vienne à leur secours. « Nous avons crié de toutes nos forces mais personne n'est venu ». Celles qui d'entre les victimes essayaient de fuir ont été retrouvées la tête fracassée à la hache ou le corps calciné. Certains témoignages attestent que certains fuyards ont été tués par balles puis aspergés d'essence et brûlés. « Les terroristes ont surgi dans la fête et ont égorgé tout le monde sauf des femmes qu'ils ont décidé d'emmener avec eux » (…) « Ils ont pris avec eux des jeunes filles et des jeunes mariées, et aussi des moutons et des vaches » (...)» (El Watan, 29-30 août 1997)
 
Messaoud, interrogé par un journaliste de La Croix, raconte : [Ce soir là, à Raïs, arrive] « une voiture Mazda [...] de sous la bâche a surgi une dizaine d'hommes, barbus pour la plupart, souvent vêtus de pantalons bouffants et tuniques, quelques uns de pantalons de treillis militaires. Ceux qui n'avaient pas de kalach, étaient armés de haches et de couteaux. [...] Ils blasphémaient de temps en temps [...] Personne ne peut dire exactement combien “ils” étaient. Peut être 50 […] En un quart d'heure, “ils” avaient enfermé au milieu des cris et des coups de feu, près de 200 habitants dans quatre ou cinq maisons qu'ils gardaient […] Quatre individus patibulaires s'étaient invités vers 21h à la table des hommes dans le petite arrière-cour, là où il y avait la fête. “Vous nous avez laissé quelque chose?” ont-ils lancé au père du marié. “Ils” se sont mis à manger. Lorsque les camionnettes Mazda ont été annoncées à l'entrée de Raïs, ces hommes ont quitté l'arrière-cour pour l'intérieur de la maison où ils ont dépouillé toutes les femmes de leurs bijoux avant de les allonger par terre. A partir de là, l'horreur a envahi Raïs.» (La Croix, 26 septembre 1997) [Ces deux témoignages sont cités d’après Anissa Barak, « Les faits à travers la presse algérienne », in Confluences n° 25,  La parole aux Algériens : Violence et politique en Algérie, Printemps 1998.]

 
Date : nuit du 28 au 29 août 1997
Lieu : Maalba, Djelfa (300 km au sud d’Alger).
Circonstances : Un groupe attaque le hameau de Maalba et fait 38 victimes.
Bilan : 38 morts.

 
Date : 5 septembre 1997
Lieu : Sidi Youcef, Béni Messous, banlieue d’Alger.
Circonstances : Vers 21h, un commando islamiste sort de la forêt limitrophe de Baïnem et rentre dans le village de Sidi Youcef. Ils commencent à achever les habitants à coups de haches et de poignards, hommes, femmes et enfants. Ceux-ci crient et appellent à l’aide, en faisant entrechoquer des casseroles pour se faire entendre de loin. « Personne n’est venu ». Quelques habitants fuient vers la forêt et se cachent. Pas une seule balle n’est tirée, toutes les victimes sont passées au fil de la lame ou de la hache. Les militaires se sont pointés deux heures après la fin de la boucherie. Le lendemain, les survivants ont emballé leurs bagages et ont quitté les lieux. 
Bilan : 87 tués à l’arme blanche.
 
Parole aux survivants :
Selon Aïssa, un survivant qui s’est caché dans la forêt, interrogé par un journaliste pour La Croix : « les assaillants se sont présentés comme des agents des forces de sécurité. Ils portaient des tenues sombres comme celles de la police. En me battant avec l’un d’eux, j’ai senti que ce n’était pas de la toile d’uniforme. Certains avaient de fines barbes, un seul une longue barbe qui lui arrivait jusqu’à la poitrine.»
 
 
Date : nuit du 19 au 20 septembre 1997
Lieu : Ouled Tham, Sud d’Alger Matmata, Aïn Defla.
Circonstances : 53 civils du village d’Ouled Tham sont massacrés.
Bilan : 53 morts.
 
Date : nuit du 22 au 23 septembre 1997
Lieu : Bentalha, banlieue d’Alger, Entre Beraki et Sidi Moussa.
Circonstances : Une troupe de 150 hommes, conduite par Mohamed Lazraoui, un lieutenant d’Antar Zouabri, est venue par les plantations de Haï Djilali. Les islamistes rentrent à Bentalha en se scindant en plusieurs groupes : 20 hommes attaquent le quartier de Haï Boudoumi, une cinquantaine s’occupe de Haï Djilali, tandis qu’un troisième groupe, lourdement armé (lance-roquettes, FMPK) mine les accès à la ville et se tient prêt à riposter en cas d’intervention de l’armée. Les égorgeurs partent en premier, couverts par leurs acolytes et guidés par deux femmes, l’une habillée en noir et l’autre en rouge. Cette dernière s’appelle Ould Hamrane Zohra (alias Nacéra) et est la sœur d’un ancien émir du GIA, abattu par les services de sécurité en 1995, répondant du nom de « Djéha ». Zohra, originaire de Bentalha, montre les familles qui sont à épargner (car alliées du groupe) et celles qui sont à exécuter, et se charge de récupérer les bijoux sur le cadavre des victimes. Les tueurs font sauter les portes blindées au moyen d’explosifs [plutôt des engins artisanaux], tandis que les habitants fuient vers leurs terrasses. Les tueurs les rejoignent, les égorgent et les jettent sur la rue et les jardins. Les enfants cachés sous les lits et dans les armoires sont découverts et massacrés. L’intérieur des maisons est vandalisé, le mobilier est détruit. Certaines maisons sont incendiées. Quelques habitants, armés de fusils de chasse, ont courageusement tenu tête aux terroristes en couvrant la fuite de près de 200 personnes. Un terroriste est tué en recevant en pleine poitrine un harpon de fusil de pêche. Mohamed Khodja, un rescapé, a assisté à l’égorgement de 11 membres de sa famille, dont deux enfants de 11 et 13 ans.
30 militaires, stationnés à la maison de la vieillesse, à 1km du lieu du drame, ont essayé d’intervenir, mais ils furent accueillis par des tirs de roquettes. D’autres militaires tombent sous les tirs nourris des groupes du GIA, supérieurs en nombre. Les renforts ne sont jamais arrivés. La tuerie prend fin à 2h du matin. Un terroriste, abandonné par ses acolytes lors de leur retraite, fut brûlé vif par les habitants.
Mohamed Lazraoui, l’émir du groupe, est originaire de Bentalha. Ancien cadre du FIS, il avait abattu en 1994 un policier et son père à la sortie d’une mosquée avant de rejoindre le maquis. Il est à son tour abattu par l’armée quelques semaines après le massacre de Bentalha, le 7 octobre 1997.
Bilan : 300 morts, égorgés et par balles et 67 blessés. Un médecin et 5 femmes enelvés.
 
Parole aux survivants :
Selon les témoignages recueillis par El Watan, ils avaient de longues barbes et portaient une tenue afghane surmontée d'un gilet. Un témoin a reconnu parmi eux trois natifs du quartier. Selon La Tribune, un témoin a reconnu « des enfants du village » parmi les terroristes ; « Des femmes et des enfants accompagnaient les agresseurs ». Selon Al Khabbar et La Tribune (presse indépendante), les assaillants étaient habillés à l’afghane, avec des pantalons bouffants et des kachabia, des cheveux hirsutes, de longues barbes et un aspect sale. Certains d’entre eux portent jeans et baskets. Selon certains témoignages, les terroristes avaient des listes avec des noms de familles entières ou des personnes bien précises. Des hommes « encagoulés » identifiaient les villas avant de décider de l'attaque.
« Pendant que les étendards de la morts happaient les âmes des innocents, nourrissons, enfants et femmes au milieu de flots de sang, les voisins attendaient leur tour dans un état d’hystérie et d’épouvante poussés à l’extrême. » (Al Khabar, 24 septembre 1997) [Tous les témoignages sont cités d’après Anissa Barak, « Les faits à travers la presse algérienne », in Confluences n° 25,  La parole aux Algériens : Violence et politique en Algérie, Printemps 1998.]
 
 
Dans le numéro 13 du bulletin Al Djamâa, daté du mois d’août 1997, Abou Al Moundhir, de son vrai nom Mahfoud Assouli, écrit :
« Nous répondons à ceux qui nous accusent de tuer aveuglément que nous combattons ceux qui ont trahi et se sont rendus au Tyran. En ce sens, nous ne faisons ici rien d’autre qu’appliquer les préceptes de Dieu et de son Prophète. […] Quand vous entendez parler de tueries et d’égorgements dans une ville ou un village, sachez qu’il s’agit des partisans du Tyran, ou alors de l’application de communiqués qui ordonnent de faire le bien et de combattre le mal ». Il faut exterminer « ceux qui ne font pas la prière, consomment l’alcool et la drogue, les homosexuels et les femmes libertines et débauchées […] Du plus jeune des enfants au plus âgés des vieillards, les ennemis de l’islam doivent tous être égorgés » (Cité d’après Zerrouky, pp. 273-274)
 
Antar Zouabri, émir du GIA de l’époque, écrit :
« Le monde doit savoir que toutes les tueries, les massacres, les incendies, les déplacements de population, les enlèvements de femmes, sont une offrande à Dieu » (communiqué cité par l’AFP, 29 août 1997, authentifié par les Services secrets français car comportant des menaces contre la France, cité d’après Zerrouky, p. 274)
 
Date : 1er octobre 1997
Lieu : hameau de Milaha, près de Bouïnan, Alger
Circonstances : Un groupe armé massacre les habitants,15 femmes et 12 enfants font partie des victimes.
Bilan : 38 personnes assassinées.
 
Date : 4 octobre 1997
Lieu : près de Bouïnan, Alger
Circonstances : Un car de transport scolaire emmenait des enfants à l’école. Des terroristes du GIA le surprennent sur la route et le mitraillent.
Bilan : 17 enfants assassinés.
 
Date : début octobre 1997
Lieu : Benchicao, Zoubiria, Ouled Benaïcha, localités de Médéa.
Circonstances : Libre de ses mouvements dans cette zone, le GIA commet trois massacres dans trois localité différentes de la même wilaya.
Bilan : non communiqué.
 
Autres massacres : entre le 2 novembre et le 18 décembre 1997, Hmalite, Chéraga, Baïnem, Larbaa connaissent des massacres.
Bilan : 83 morts, plus de 150 blessés.
 
Date : 31 décembre 1997
Lieu : Relizane (précisément Cherarba, Oued Sahrine, El Abadil, Ben Taïeb et Had Chekala)
Circonstances : A 18h15, en ce début de ramadan, des dizaines d’islamistes du GIA, habillés en tenues afghanes et appartenant selon les témoins à la phalange de la fin, se scindent en plusieurs groupes pour attaquer simultanément quatre hameaux : Cherarba, Oued Sahrine, El Abadil et Ben Taïeb. Tous ces villages déshérités sont situés à mille mètres d’altitude, dans des zones montagneuses difficiles d’accès, loin des routes nationales. Les habitants sont des paysans et des éleveurs vivant dans une grande misère. Juste après la rupture du jeûne, ils furent attaqués à coups de hache et de couteaux. La moitié des égorgés furent des femmes et des enfants. Des bébés furent coupés en deux parties, chacune comportant une main et un pied. Le correspondant du journal indépendant Liberté a été le seul à avoir accédé à cette zone. Il décrit ainsi le massacre : « les victimes ont été égorgées, décapitées, certaines démembrées. Des enfants ont été tués en étant projetés contre les murs des habitations » (cité d’après Zerrouky, p. 289). Les habitants qui ont survécu ont fui de nuit et ont marché des heures à travers la forêt pour rejoindre la première route nationale, où les militaires les ont récupérés. Les islamistes rivaux de l’AIS arrivent en premier sur les lieux du drame. Ils filment le carnage, interrogent les survivants et accusent le GIA. [Cf. le film de Fouzia Fekhari, en bibliographie]. Les militaires, qui arrivent derrière eux, ont eu la surprise de découvrir que les habitants d’une autre localité, Had Chekala, ont été exterminé jusqu’au dernier à l’arme blanche.
Ces populations, qui avaient massivement voté pour Liamine Zeroual, étaient vraisemblablement accusées d’avoir pris parti pour le Taghout (Tyran) ou d’avoir des sympathies pour l’AIS. Des gens de cette région avaient aussi aidé l’armée à localiser des groupes du GIA. L’AIS, qui observait une trêve à ce moment là, a promis aux habitants de les protéger en cas d’attaque du GIA. C’est sur ce fond de rivalité que le massacre a été perpétré.
Bilan : 517 personnes assassinées au total, la plupart à l’arme blanche, dont plus d’une moitié de femmes et d’enfants.
 
 
Date : 11 janvier 1998
Lieu : Sidi Hamed, à 30 km d’Alger
Circonstances : Après la rupture du jeûne, vers 20h30, une centaine d’islamistes du GIA, venant de la montagne avoisinante de Aïn El Kahla, investissent la ville de Sidi Hamed. Loin d’être une localité miséreuse, elle abrite plutôt des commerçants et des employés de l’industrie algéroise. Les islamistes du GIA lancent deux grenades dans la vidéothèque, pleine de monde à craquer et tuent collectivement un nombre considérable de jeunes gens. Ils mitraillent ceux qui sortent de la mosquée et achèvent les fuyards par égorgement. Des familles sont attaquées et massacrées dans leur maison, avant d’incendier les lieux. Les tueurs achèvent tranquillement leur besogne et ce n’est que deux heures plus tard que l’armée arrive sur les lieux. 15 jeunes filles sont emportées comme butin de guerre sexuel par les islamistes dans leur retraite, destinées à être violées. L’armée arrive trop tard sur les lieux ; pour la première fois, l’officier qui commande la région est arrêté et jugé pour intervention tardive.
Des témoins affirment que les hommes de l’AIS venaient souvent se ravitailler dans les commerces de la bourgade. L’AIS a par la suite déposé les armes mais deux de ses lieutenants, Ali Bâa et Ahmed Mostéfaoui (dit Popeye), originaires de Sidi Hamed, sont passés au GIA. Les gens de Sidi Hamed seraient donc accusés de sympathie avec l’AIS.
Bilan : 140 morts et 70 blessés.
 
Date : janvier 1998
Lieu : Relizane, localité de Ramchèche
Circonstances : Un groupe armé massacre les habitants.
Bilan : 62 morts. 

  

L’attitude de l’armée algérienne
 Armee_algerienne
Pendant le ramadhan de 1997, les Algériens avaient droit à un massacre tous les deux jours. Une grande partie de ces carnages étaient commis dans la banlieue d’Alger, pas très loin de postes et de casernes de l’armée et de la gendarmerie. Comment expliquer alors que l’armée n’intervienne pas pour protéger les civils ? Ou qu’elle soit le très souvent intervenue en retard, pour constater les dégâts ?
 
Les premiers à avoir posé ces questions furent les journaux algériens de la presse indépendante. Plusieurs réponses furent envisagées :
 
1) L’incompétence : certains objectèrent qu’on avait affaire une armée « lourde », de type soviétique, mal préparée pour faire face aux méthodes afghanes de la guérilla et peu habituée à lutter contre un ennemi invisible. La structure de commandement était elle-même compliquée, les gens qui donnaient des ordres n’étaient pas informés à temps. Pourtant, en 1997, l’armée avait cinq années d’expérience de lutte anti-terroriste. Elle a donc eu tout le temps qu’il fallait pour se mettre à niveau depuis le début de la guérilla. De plus, les massacres de la banlieue d’Alger duraient des heures et les victimes criaient à tue-tête pour obtenir des secours...
 
2)  L’impossibilité : il n’était pas possible, selon d’autres, d’intervenir de nuit alors que les chemins qui menaient vers les localités attaquées étaient minés, les accès gardés par les assaillants, l’électricité coupée. Les soldats auraient confondu entre civils et terroristes. C’était risquer inutilement des soldats dans des opérations perdues d’avance. Cet argument, en plus d’être immoral, est incohérent. Comment des terroristes pouvaient-il agir de nuit, avec ou sans torches, alors qu’une armée formée pour cela n’y arrive pas ? La nuit n’était pas un obstacle pour la seule armée, elle était aussi un obstacle pour les assaillants. Ces derniers pouvaient en effet avoir un avantage sérieux sur les militaires, mais est-ce une raison pour ne rien faire ?
 
3) Le laisser-faire : certaines parties de l’opinion pensent que les militaires ont tout simplement laissé faire les islamistes. Les populations massacrées étaient en effet souvent d’obédience islamiste et avaient dans beaucoup de cas voté pour le FIS pendant les élections législatives de 1991. Certaines avaient même soutenu les groupes armés dans leur lutte. Alors, quand ces derniers sont retournés contre leurs anciens sympathisants, l’armée s’est dit : « tant pis pour leur gueule, ça leur apprendra à voter FIS ou à soutenir les terroristes ». Aucun officier n’aurait voulu risquer la vie de ses soldats pour sauver des gens qui avaient jusqu’à une certaine mesure soutenu les islamistes ou les islamistes armés.
 
4) la complicité, voire plus : la passivité relative des corps de l’armée est la base de la naissance du groupe de pression « qui tue qui ». Les « qui tue-quistes » pensent que l’armée n’est pas intervenue parce que les massacres étaient commis par ses propres hommes, c-à-d par des éléments des services secrets algériens déguisés en terroristes islamistes, dans le but de discréditer la guérilla aux yeux de ses sympathisants. Sinon, comment expliquer que des zones parsemées de casernes et de postes militaires soient le théâtre de carnages nombreux ? La seule explication selon eux est que les militaires ne pouvaient pas en intervenant tirer sur d’autres « militaires », déguisés en terroristes islamistes. Certains qui-tue quistes vont plus loin, en évoquant sans preuves la complicité des services de renseignements français. Ceux qui ne sont pas d’accord avec cette version sont pour les « qui tue quistes » des « soutiens » du pouvoir algérien.
Cette lecture des faits fait face à un obstacle majeur : c’est une théorie qui ne dispose pas de l’ombre d’une preuve. Les témoignages invoqués sont sujets à caution : ils sont incohérents ou faits par des déserteurs proches des islamistes, ou qui avaient des comptes à régler (par l’histoire algérienne interposée) avec l’armée. De plus, au moment des massacres, la guérilla ne jouissait pas tout à fait de la popularité que lui suppose cette thèse. Il apparaît ces derniers temps, notamment avec l’affaire de la mort suspecte de Didier Contant (cf. le site de Rina Sherman), que les auteurs de cette thèse forment un groupe de pression déterminé et extrêmement puissant, qui agissent par « coups médiatiques » afin de discréditer l’armée algérienne et de réhabiliter l’islamisme politique dans ce pays. Parmi leurs derniers coups se trouve l’affaire du général Buchwalter sur les moines de Tibhirine, soi-disant assassinés par l’armée. Certains d’entre ces militants sont des islamistes plus ou moins déclarés, d’autres sont liés au pouvoir marocain, d’autres encore font partie de l’internationale socialiste, tout ce beau monde se rencontrant autour d’une maison d’édition (La Découverte) et d’un nombre d’avocats des droits de l’homme.
 
Selon les cas, ce sont donc les trois premières réponses qu’il faut envisager, chaque facteur pouvant jouer seul ou combiné aux autres.


Les massacres sauvages traduisent une attitude désespérée de la part d'un GIA devenu sectaire et nihiliste, sur un fond de rivalité sérieuse avec l'AIS et dans un contexte où se multiplient les dissidences au sein de ses rangs. Cette organisation n'a évidemment pas besoin d'être manipulée pour tuer ou d'être sous l'emprise d'une drogue quelconque comme le disent les mythes populaires la concernant. Ses membres ont perdu tout sens de la vie et sont devenus des assoiffés du martyre. La population, qui a soutenu naguère l'instauration de la République Islamique, lui a tourné le dos, ce qui légitime à ses yeux toutes les représailles. Les "traîtres" sont toujours mieux  punis que les ennemis. Or, à ses yeux, la population civile a trahi la cause sacrée et a rejoint le Taghout (Tyran). C'est qui a fait d'elle la cible des représailles les plus monstrueuses.

Naravas

Post à compléter
Bibliographie à suivre
 

Posté par Naravas à 16:03 - CONNAISSANCE DE L'ISLAMISME FONDAMENTALISTE - Commentaires [31] - Permalien [#]

Commentaires

    Contribution historique

    Cher Naravas,
    C'est trop excellemment fait pour un blog.
    Plus personne ne pourra dire "je ne savais pas".

    Posté par Abd El Maakir, 08 octobre 2009 à 18:42
  • Et l'Etat ?

    Vous évoquiez l'attitude de l'appareil militaire durant ces horreurs, il aurait été judicieux d'approfondir cette question pour comprendre. Si vous arrivez à publier ainsi, ailleurs que sur ce blog, la critique vous mène en bateau.

    Posté par Un croyant, 09 octobre 2009 à 00:36
  • 1 litre pour le mouton, 5 litres pour l'homme

    Il était temps, petit navire, que notre ami "Un croyant" nous mene en bateau concernant la critique dont on attend les effets dévastateurs mais néanmoins perfides.On l'attend.
    Faut croire que notre ami "Un bateau" croyant" n'a jamais connu l'horreur. La carotide saigne beaucoup mais pas longtemps. Heureusement pour les moutons dont le volume sanguin est de 1 litre.
    Bien à vous.

    Posté par MALI, 09 octobre 2009 à 11:26
  • Littérature

    @ Merci Abd El Maakir

    @ croyant :
    Tu crois que ce que je raconte est un roman pour me soucier de la critique ?
    Je ne sais pas si tu es un peu renseigné sur la question, mais l'opinion en Europe est aujourd'hui travaillée par un groupe de pression qui agit par "coups médiatiques" qui s'appelle "qui tue qui" et qui essaye, pour innocenter les islamistes, de propager l'idée selon laquelle c'est l'armée algérienne qui tue, alors même que les islamistes armés disent non, c'est nous qui tuons et donnent des détails et des preuves. A part ça, ceux qui ont vécu ses évènements savent très bien qui sont leurs bourreaux...

    @ Mali :
    Le cas de "croyant" n'est pas isolé. Beaucoup de Tunisiens que je connais ne mesurent vraiment pas l'ampleur et la dangerosité de l'intégrisme. Je crois que cette complaisance envers des groupes religieux extrémistes est une constante nationale, voire arabe. L'opinion arabe est trop travaillée par un islam rétrograde pour pouvoir rejeter un mouvement sectaire qui se réclame de l'islam. L'islam, aux yeux de cette opinion, c'est forcément beau et les gens qui essayent de dénoncer des extrémistes sont en réalité soit des "traitres" soit des "occidentaux" qui veulent dénigrer notre belle religion...

    Posté par Naravas, 09 octobre 2009 à 12:01
  • Excellent travail ...

    Ton blog, d'une maniere generale, est d'un tel interet que je vais donner le lien à certain(e)s ayant une memoire volontairement defectueuse ...

    Posté par Eliakim, 09 octobre 2009 à 12:39
  • ;-)

    @ Eliakim :
    Merci à toi et re-bienvenu sur ce site !

    Posté par Naravas, 09 octobre 2009 à 13:32
  • Utile

    Naravas, j'essaye seulement de vous aider. C'est bien de relater tous ces faits mais l'interrogation est non seulement légitime mais en plus nécessaire pour l' investigation, je n'ai aucune complaisance pour l'extrêmisme y compris pour celui des islamistes algériens qui ont perpétré ces horreurs. Il faut mûrir la réflexion et ne pas se contenter d'énumérer. Maintenant si vous préférez les remarques immatures de votre ami libre à vous! Sachez que n'importe qui les remarquera.
    A plus tard peut-être...

    Posté par Un croyant, 09 octobre 2009 à 23:24
  • PS: je tiens à rajouter avant de partir, ayant l'habitude des propos puériles sur ce blog que quand je vise les islamistes algériens, je vise tous les autres aussi car comme vous l'avez lu je condamne toute extrémisme comme tout croyant raisonnable.

    Posté par Un croyant, 10 octobre 2009 à 00:14
  • Le pire et le meilleur

    @ Croyant :

    C'est important de parler des faits, de ce qui s'est réellement passé. Il n'y a pas de recension de faits sur ces évènements sur internet. C'est donc déjà un grand pas.

    Sur le rôle de l'état/l'armée, je crois l'avoir bien traité en dernier, avec le plus d'objectivité que j'ai pu. Mais tu dois savoir qu'il y a, comme je te l'ai dit, un groupe de pression qui met tout sur le dos de l'état pour innocenter les islamistes et les réhabiliter politiquement. Si tu adhères aux opinions de ce groupe, c'est une autre paire de manches.

    Concernant les commentaires, il y a eu quelques dérapages de part et d'autre en effet mais dans l'ensemble, chacun est resté critique et correct à mon avis.

    Pour le reste, je pense qu'il est difficile pour un croyant comme toi d'admettre que d'autres croyants (extrémistes ceux-là) ont commis de tels horreurs. Il est difficile d'admettre que quelque chose d'horrible est sorti de l'application par un un groupes d'islamistes de ce qu'ils croient être l'islam.

    Mais c'est malheureusement ça, si on ne prend pas garde, la religion peut enfanter le pire (comme elle a pu enfanter le meilleur).

    Bien à toi,

    NVS

    Posté par Naravas, 10 octobre 2009 à 13:29
  • Bravo !

    Bonjour,

    Bravo pour vos articles. Ils sont toujours bien rédigés et on sent le travail de documentation sous-jacent. Dans ce domaine, vous pourriez citer "La sale guerre" de Habib Souaïdia car il donne un éclairage complémentaire sur les évènements dramatiques que vous évoquez.

    J'espère que vous continuerez car ce travail rigoureux de mémoire est vraiment utile, même si il se rapporte à des évènements très douloureux, car ce n'est pas dans l'amnésie ou la déformation des faits qu'un peuple progresse.

    Posté par Cisseron, 10 octobre 2009 à 22:49
  • Sale guerre

    @ Cisseron

    Merci à toi Cisseron !
    Je parlerai une autre fois du livre de Souaïdia, "La sale guerre", que j'ai évidemment lu. Ce livre marque le départ du révisionnisme sur la guérilla islamiste algérienne. Il est décrié par beaucoup comme étant un faux et je me joins complètement à cette opinion. Aussi, l'ensemble de l'effort déployé ici consiste à dépasser ce livre et la polémique qu'il a suscitée.

    Posté par Naravas, 11 octobre 2009 à 12:10
  • Pour quoi tous ça?

    Vraiment ça me fait revire ces années de peur et d'angoisse, qu'est ce qu'ils ont gagné de tous ça? les gens semblent avoir oublié, moi je n'ai pas oublié, et ça me parait comme si c'était hier.

    Posté par Abdou, 15 mai 2011 à 12:08
  • sources

    Bonjour, votre travail est vraiment très bien documenté. Pourriez vous me donner vos sources svp? j'en ai besoin pour un travail .


    Merci d'avance et continez comme ça !

    Posté par Alexandra.B, 03 juin 2011 à 15:44
  • Bibliographie

    @ Alexandra B.

    Merci pour ton intérêt et ton message !
    Je ne pourrai malheureusement pas reconstituer dans l'immédiat toute la bibliographie de ce post. Je peux néanmoins te fournir les titres suivants :
    Bibliographie citée dans ce texte

    - Zerrouki Hassane, La nébuleuse islamiste en France et en Algérie, Paris, Ed. Editions 1, 2002 (très important)
    - Patrick Forestier, Confession d'un Emir du GIA, Paris, Grasset, 1999.
    - Confluences n° 25, Printemps 1998, « La parole aux Algériens : Violence et politique en Algérie », Ed. L’Harmattan (en ligne)
    - Aoudia Malek, Labat Séverine, Algérie 1988-2000 : autopsie d’une tragédie, [DVD-ROM], Ed. Compagnie des phares et balises, 2003.
    - Khelladi Aïssa, Le Fis à l’assaut du pouvoir, Alger, Ed. Marsa, 2002, Première édition sous le titre Algérie, les islamistes à l’assaut du pouvoir, Ed. L’Harmattan, 1995
    - Labat Séverine, Les islamistes algériens entre les urnes et le maquis, Paris, Ed. du Seuil, 1995
    - Rachid Mimouni, 1992, De la barbarie en général et de l'intégrisme en particulier, Belfond-Le Pré aux clercs.


    Je te souhaite une bonne continuation dans tes recherches !

    Naravas

    Posté par Naravas, 12 juin 2011 à 23:49
  • Oubli

    @ Abdou :

    Beaucoup de gens n'ont pas oublié, ils n'oublieront pas... A mon avis, la concorde civile volera en éclats un jour.

    Posté par Naravas, 12 juin 2011 à 23:52
  • lobby

    Sur le plan de l'histoire événementielle, par endroit ouvertement journalistique, le texte est quasi-parfait.
    Oui, on peut invoquer l'argument du lobby qui-tu-quiste pour éliminer la thèse de l'implication ou de la complicité des services de sécurité dans les massacres. Mais le problème reste entier: les qui-tu-quiste invoquent précisément l'existence d'un lobby au sein de l'armée qui aurait pour mission de discréditer toute tentative de mise en question de la thèse officielle. Lobby contre lobby alors!

    Posté par Kronos, 17 juin 2011 à 22:54
  • Qui-tue-quisme

    Kronos,

    Merci pour ton commentaire !
    Le pouvoir algérien et son noyau dur, les généraux de l'armée et le DRS, ne constituent pas à mon sens un lobby. Un lobby est par définition un groupe de pression qui essaye d'influer sur la prise de décision. Or, les généraux ont DEJA la décision.

    Personnellement, je n'écarte aucune hypothèse, fut-elle l'implication des services de sécurité dans tel assassinat ou massacre. Mais il faut des preuves, au-delà des récits mythomanes incohérents ou invérifiables des déserteurs de l'armée algérienne.

    Il reste aussi un argument de taille : si certaines parties ont commis des massacres au nom du GIA, pourquoi celui-ci, qui avait ses publications clandestines, n'a pas démenti ? Au contraire, au moment des évènements, les GIA ont revendiqué leurs actions. On n'entend des islamistes proposer une autre version des évènements que des années plus tard, après que leur guerre s'est révélée être un échec. Et c'est alors clair qu'il s'agit d'une stratégie pour se dédouaner et revenir sur la scène politique...

    L'existence du lobby qui-tue-quiste est largement admise de nos jours. Maître Beaudouin est son prêtre. L'affaire montée de toutes pièces du général Buchwalter le révèle au grand jour. De plus, cette version des faits, totalement incohérente et invraisemblable selon les experts militaires, s'oppose à toutes celles que le même lobby avait défendu sur la même affaire !!! Il faut dire qu'on ne craint pas la contradiction dans ces milieux...

    Bien à toi, NVS

    Posté par Naravas, 19 juin 2011 à 17:22
  • Preuves et témoignages

    Cher Naravas,
    Je ne suis pas insensible à tes nouveaux arguments.
    Il est clair que les islamistes algériens sont à l'origine de la plupart des massacres commis en Algérie. J'ajouterais même qu'ils sont capables, comme tout les fanatiques, de commettre, au nom de dieu(x) ou de je ne sais quoi, des massacres encore plus inhumains que ceux déjà perpétrés. Reste que le doute est permis quant à la paternité de certains attentas. Les assassinats politiques, les exécutions sommaires, les scénarios de toutes sortes ne sont pas une nouveauté au sein de la classe dirigeante algérienne. Le mensonge, la falsification de l'histoire, la mythologie de la main étrangère sont également autant de monnaies courantes chez ces "Guides" autoproclamés.
    Si c'est la quête de vérité qui importe avant toute chose, il convient, certes, de chercher comme tu dis des preuves. Mais, il faudrait également assurer les conditions minimum pour effectuer cette recherche. Or des obstacles immenses sont à franchir pour accéder à une information un tant soit peu fiable sur certains attentats .
    Pour être objectif, je suis d’accord avec toi, il ne faudrait certainement pas se contenter du récit d’un déserteur de l'armée, du témoignage d'un entrepreneur, de deux ou trois reportages de Canal +. Mais la version de quelques journalistes algériens politiquement très engagés, les rapports des services de sécurisé ou autres émissions télévisées ne devraient également pas suffire pour un esprit animé exclusivement par la reconstruction la moins biaisée de la réalité.
    En bref, dans ton texte, il y a certes beaucoup de vrai, mais il reste encore du chemin à faire !
    Cordialement

    Posté par Kronos, 20 juin 2011 à 01:13
  • Crimes

    Bonjour Chronos,

    Ce post avait pour but de donner un premier aperçu de « ce qui s’est passé » en Algérie, en se fondant sur des faits et non sur des positions politico-idéologiques, à un moment où il n’y avait aucune information sérieuse sur le Net, à l’exception de la propagande « qui tue-qui ». Le lecteur pourra faire son chemin par la suite.
    Il n'existe pas que deux thèses, l'une "officielle", l'autre "contestataire". Je pense que les Algériens ont des opinions diversifiées sur cette question et sur la guerre des années 1990-2000.

    **********« Les assassinats politiques, les exécutions sommaires, les scénarios de toutes sortes ne sont pas une nouveauté au sein de la classe dirigeante algérienne. Le mensonge, la falsification de l'histoire, la mythologie de la main étrangère sont également autant de monnaies courantes chez ces "Guides" autoproclamés. » ************

    Je pense qu’il faut mettre de l’ordre dans tout cela pour ne pas mélanger tout avec tout.
    - Les assassinats d’intellectuels et d’opposants : La majorité des assassinats sont revendiqués par le FIDA ou le GIA au moment des faits (sans qu'il y ait démenti), justifiés par leurs dirigeants après-coup, des années plus tard. Omar Chikhi par exemple avait choqué l’opinion internationale en affirmant que s’il était encore au maquis, il aurait volontiers exécuté les journalistes qui le critiquaient (alors qu’il avait déposé les armes). Cependant, il se peut que certains soient des liquidations physiques de la sécurité militaire, mais il faut voir au cas par cas et prouver cette paternité.
    - Les massacres collectifs : commis pour la plupart autour de l’été 1997, ils sont revendiqués eux aussi. Mis à part les livres de Nasrollah Yous et de Souaïdia, les enquêtes de journalistes auprès de la population, comme celle de Véronique Taveau, désignent plutôt les groupes armés. Il n’est pas à exclure non plus l’existence de massacres organisés par les services, mais cela reste non prouvé.

    Sur ces deux points, un puissant lobby, voulant troubler les relations algéro-françaises, produit une continuelle propagande. D'où la concentration sur l'affaire de Tibhirine, parce qu'elle est algéro-française.

    Mais tout cela me parait être insignifiant par rapport aux véritables crimes des autorités militaires, qui réside non pas dans les massacres collectifs de 97, mais dans ce qu’ils appellent « la lutte anti-terroriste ». Les véritables crimes sont les suivants :
    - Les exactions immenses des soldats (appelés de l’armée) dans la lutte antiterroriste. Exécutions, tortures, destructions, humiliation des populations « islamistes », etc.
    - Les exactions des corps de sécurité périphériques, comme la gendarmerie, surtout la police, etc.
    - Les massacres d’islamistes (de l’ordre de 10 personnes ou plus), comme Serkadji, mais beaucoup d’autres, qui restent peu médiatisés.
    - La répression féroce des milieux islamistes par les services, sous toutes ses formes.
    1) La TORTURE massive comme moyen d’action généralisé.
    2) LES DISPARUS : gens enlevés de chez eux (souvent sur de simples soupçons) et probablement exécutés ou morts sous la torture. Il y a tout de même, au bas mot, 27 000 disparus, ce qui n’est pas rien, si on les compare au nombre de morts des massacres collectifs ou des assassinats d’intellectuels supposément perpétrés par le pouvoir. C’est là que réside le crime ! 27 000 disparus !!! C’est le bilan d’un vrai génocide...
    Ce sont à mon avis ces crimes qui ont poussé les autorités à refuser des enquêtes internationales, pas leur implication supposée dans les massacres ou l’infiltration des groupes armés, etc.

    Ton point de vue m’est parfaitement acceptable. Ce que je refuse, c’est la THESE MAXIMALISTE qui affirme honteusement que la guerre du FIS en Algérie est propre et légitime, que les massacres, les bombes contre la population et autres impuretés sont le fait des services et de l’armée algérienne, que les GIA sont une création du DRS, que les groupes islamistes, fidèles à une ligne de conduite honnête, ont déposé les armes dès les premiers massacres, que le FIS est une émanation du peuple qu’il ne peut en aucun cas se retourner contre ses soutiens, etc.

    Bonne continuation à toi,
    NVS

    Posté par Naravas, 21 juin 2011 à 15:52
  • PS/

    PS/ Cette thèse maximaliste vise évidemment à innocenter l'islamisme et à lui préparer le lit pour une future gouvernance du pays.
    Le match de la tragédie algérienne s'est joué à deux, on ne peut occulter les crimes des uns ou ceux des autres.

    Posté par Naravas, 21 juin 2011 à 16:00
  • J'ai 76 ans.J'ai travaillé a la sadec à Sidi Moussa en1984/1985 et j'ai eu la chance de connaitre des ouvriers ,que je n'oublie pas .deux d'entre pleuraient quand je suis parti,s'ils lisent ceci qu'il sache que je ne les oublie pas.

    Posté par raymond, 17 avril 2015 à 17:35
  • Que pensez-vous de certains témoignages évoquant parfois le "parler inconnu" de quelques sanguinaires?

    Posté par Fachar, 03 août 2015 à 10:56
  • Bonjour,
    Merci pour votre article, mais vous avez omis quelque chose d'important et d'essentiel qui été un tournant dans la lutte antiterroriste : les GLD, les groupes d'autodéfense civiles qui s'étaient formés un peu partout, ils été un symbole «la population combattant le terrorisme». Les terroristes ne pouvaient plus dire avoir l'appui de la population, ils avaient l'avantage de connaître le terrain, de pouvoir agir partout et immédiatement et travaillaient étroitement avec l'armée.
    Je me rappel bien qu'après la constitution des Gld, la situation sécuritaire s'est améliorée et les terroristes ont commencé à se retrouver en position de faiblesse...

    Posté par Samir, 07 août 2016 à 11:56
  • Bonjour,
    Merci pour votre article, mais vous avez omis quelque chose d'important et d'essentiel qui été un tournant dans la lutte antiterroriste : les GLD, les groupes d'autodéfense civiles qui s'étaient formés un peu partout, ils été un symbole «la population combattant le terrorisme». Les terroristes ne pouvaient plus dire avoir l'appui de la population, ils avaient l'avantage de connaître le terrain, de pouvoir agir partout et immédiatement et travaillaient étroitement avec l'armée.
    Je me rappel bien qu'après la constitution des Gld, la situation sécuritaire s'est améliorée et les terroristes ont commencé à se retrouver en position de faiblesse...

    Posté par Samir, 07 août 2016 à 11:56
  • Bonjour!!! Voulez-vous être membre des grands illuminati et commencer à recevoir
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    Posté par Anton Szandor L, 28 novembre 2016 à 19:00
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    Posté par james larry, 15 avril 2017 à 14:50
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    Posté par richard, 31 mai 2017 à 22:20
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    Posté par james larry, 01 juillet 2017 à 20:29
  • ILLUMINATI

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    Posté par Kelvin zaza, 06 juillet 2017 à 16:40
  • Houve desrespeito ao resultado eleitoral. Na verdade, as primeiras vítimas foram os muçulmanos. Tentaram aceitar as regras do jogo político da agenda ocidental burguêsa e foram arrastados para a violencia...

    Posté par Antoine Africane, 23 août 2017 à 00:15
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    JE SUIS BIENVENUE AU GRAND CLUB MONDIAL ILLUMINATI Êtes-vous homme / femme d'affaires, politicien, musicien, joueur de football ou étudiant et vous voulez être riche, puissant et être célèbre dans la vie. Vous pouvez réaliser vos rêves en étant membre des Illuminati. Avec cela, tous vos rêves et votre désir de coeur peuvent être pleinement opérants pour rejoindre la société secrète la plus puissante du monde Illuminati, commande acceptée dans le monde entier ou appeler l'agent au +2347082405418, vous serez guidé tout au long du processus et vous aidera à rejoindre l'occult. Pour rejoindre la famille Illuminati à l'origine appelée ORDRE ILLUMINATE; explorer les fins de la richesse ... Je lance une invitation ouverte à tous ceux qui sont d'accord avec la notion de droits individuels à postuler pour se joindre à l'Ordre Illuminati. Plus il y a de membres, plus son influence sera grande. Rejoignez le monde des personnes les plus heureuses et les plus influentes du monde et soyez les premiers à vous joindre à votre communauté et à diffuser le mot du célèbre. Appelez le +2347082405418 pour rejoindre la famille Illuminati. Des membres illuminés célèbres Voici une liste de membres illuminés célèbres (éléments de preuve allégués et éprouvés)? Aalyiah-illiminati? Adele-illuminati? Alicia-keys s'allume? Barrack Obama- illuminati? Beyoncé Knowles-illuminati? Le pape illuminati? Queen Elizabeth II illuminati? George Soros illuminati? Ben Bernanke illuminati? George W. Bush illuminati? Jay-Z illuminati? Kanye West illuminati? Rihanna illuminati? Bob Dylan illuminati? Beyoncé illuminati? Lady Gaga illuminati? Jim Carrey illuminati? Willow Smith illuminati? Nelson Mandela illuminé Et bien d'autres encore. Pour plus d'informations, contactez james l'agent de pays au +23407082405418 vous nous envoyez un email illuminatitoworldnation@gmail.com

    Posté par illuminati, 16 septembre 2017 à 02:49

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