angles de vue...

Point de vue "africain" sur des questions de la culture et de l'actualité. Petit journal des idées de l'auteur. Les rêves et l'imagination d'un homme qui a vu sourire les étoiles et qui s'est promis de sentir le parfum de toutes les matinées embaumées.

13 avril 2008

Débat sur la pédophilie maghrébine : ce que nous refusons de voir

Débat sur la pédophilie maghrébineenfant

             Ce que nous refusons de voir

Ce texte, écrit de manière emportée lors d’une polémique avec une adhérente à une association contre le tourisme sexuel, reflète à mon avis les cécités qu’on peut promouvoir sur la pédophilie maghrébine, du simple fait qu’on soit un maghrébin « culturellement bien formé » (pour paraphraser Chomsky). C'est que le phénomène n'est pas aussi universel qu’on le pense ; il se décline au contraire en fonction de la société spécifique qui le produit.

L’association en question s’appelle SOS Morocco. Elle est constituée par « un groupe de Marocains, en majorité résidant en Amérique du Nord ». Leur mission consiste à « sensibiliser contre le tourisme sexuel de nos enfants, à mettre de l’avant les droits des enfants marocains à avoir une vie de dignité et de respect et à aspirer à un avenir meilleur. » Voici donc pourquoi j'ai refusé de signer leur pétition et en quoi consistent mes points de désaccord avec leur vision, par ailleurs bien intentionnée.

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                    Je ne signerai pas, par énervement, par protestation contre ce déluge de bonne foi, de politiquement correct et de naïveté sociologique. Mais je rêve…

Comme si nos enfants étaient menacés par les étrangers qui viennent faire du tourisme chez nous. Non madame, la menace ne vient pas de l’ennemi extérieur, nos enfants sont menacés par nous, par les plus proches parents qui tournent autour d’eux, par leurs profs et leurs éducateurs !!! Et vous savez pourquoi ? Parce que nos hommes et nos femmes sont affamés sexuellement, parce que notre culture a plombé nos sexes, parce que l’Etat, la Famille et la Religion ont décrété le plaisir illégal et péché.

Nous n’avons pas de vrais pédophiles comme en Europe et en Amérique du Nord. Nos pédophiles sont des gens normaux qui se rabattent sur les enfants parce que toutes les portes du plaisir leur sont fermées. C’est faute de femmes pour les hommes et faute d’hommes pour les femmes que les uns et les autres se déportent vers des sexualités clandestines et déviantes ! C’est la terrible et extraordinaire famine sexuelle qui pousse les gens à se taper des enfants, faute de mieux. La collectivité elle-même ferme les yeux devant les abus d’enfants car elle (re)connaît plus ou moins consciemment sa responsabilité dans le phénomène : c’est elle, par les conditions dramatiques qu’elle a créées, qui condamne des millions d’adultes à vivre sans le sexe opposé.

Ceinture_de_chasteteC’est les vacances, faites un tour au Maroc et discutez avec les femmes. Vous tâterez leur détresse, leur misère physique et affective, le poids de la morale sociale conventionnelle qui pèse sur leur corps et ses possibilités de plaisir. La masturbation est un sport national, Madame ! Le Maghreb est le pays des regards affamés, hagards, pathologiques, farouches, parce que privés de tout ce que le plaisir sexuel a d’humain. Consultez les statistiques de Google et vous verrez ce que tapent comme requêtes nos frères et nos soeurs du Maghreb.

C’est une situation digne d’une aide humanitaire ! Il faut appeler l’ONU ! Croyez-vous que les Maghrébins cherchent l’émigration pour les seules raisons économiques ? Croyez-vous que le rush dans les cybercafés est dû à la consultation d’informations scientifiques ? Pensez-vous que l’importance de la parabole est dûe au sport et aux films d’aventures ?

Madame, votre association est fondée sur une erreur sociologique !

C’est pourquoi je n’y adhérerai jamais !

Le problème de la pédophilie est national, il vient des conditions dramatiques suscitées par notre culture autour du plaisir. Il vient de l’honneur octroyé à la virginité des femmes et de la gestion collective des organes et des activités sexuels.

Les étrangers sont statistiquement innocents !

Excusez moi mon emportement !

PS/

Crééz une association qui clamerait le droit de tout un chacun au plaisir et j’y adhérerai. Car un Marocain adulte qui a devant lui des possibilités d’affection, d’amour et de plaisir ne se rabattrait jamais sur un enfant !!!

C’est moi qui vous le dit !

Idem pour les femmes, dont on tait la pédophilie.

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Eclaircissements

                 Je suis désolé pour mon commentaire « passionnel » (comme vous dites) qui pourrait, je le comprends bien, être pris pour une attaque. Chacun son combat et je ne suis pas là pour discréditer le vôtre. En revanche, au-delà de mon emportement, je voulais souligner certains points qui, eux, me paraissent objectifs.

1) D’abord, il est très facile de dénoncer, de condamner les comportements que l’on combat. Je connais très peu de gens qui excusent la pédophilie ou le meurtre, tous les rejettent avec la dernière énergie. Mais cette attitude « normative » n’est pas suffisante sur le terrain. Il faudrait comprendre et décrire les mécanismes qui engendrent le fléau contre lequel on se dépense si l’on veut être un peu efficace dans la recherche des solutions. Cette autre attitude « descriptive » et « explicative », je crois l’avoir adoptée en situant la pédophilie dans le système qui la génère et sans doute la génèrera en permanence, malgré les indignations…

2) Supposer par exemple que seuls les hommes sont « pédophiles » est une erreur du sens commun. Tout comme supposer que seuls les hommes sont affamés sexuellement et que la prostitution est une solution au problème…

3) Ensuite, créer une association contre le « tourisme sexuel », c’est supposer que la menace d’abus sur les enfants vient principalement du tourisme, c’est-à-dire des étrangers. Et c’est cela le « politiquement correct » : il est bien vu au Maghreb de supposer que nos maux nous viennent de l’extérieur, de l’étranger, de l’ancien Colonisateur, et j’en passe. C’est le fantasme de la « main étrangère » qui permet surtout de nous éviter des remises en cause salutaires.

petit_marocain4) Or, j’ai trois reproches à faire à ce postulat :

a) c’est d’abord une contrevérité « qualitative ». Ceux qui connaissent le dossier de la pédophilie savent que la menace vient de là où les parents ne l’attendent pas : des gens au-dessus de tout soupçon, des proches, des cousins et cousines, des éducateurs, des enseignants, des animateurs de clubs de vacances, de tous ceux auxquels on confie sans arrières pensées nos bambins. C’est le cercle immédiat autour de l’enfant qui est le milieu naturel des pédophiles, pas celui des lointains étrangers.

b) C’est ensuite une contrevérité statistique. Ce n’est pas parce que France 3 a consacré une “Une” à ce sujet qu’il est le plus important, le plus lourd statistiquement, le plus urgent et le plus scandaleux. Un militant doit se méfier des médias. Or, vous le savez autant que moi, vous n’avez aucune statistique ! Mettons les chiffres les plus alarmants : 5 % (ce qui est énorme !) des 5 millions de touristes qui se rendent chaque années au Maroc pendant 1 mois en moyenne sont « pédophiles » et réussissent à trouver des proies. Mais que devrons-nous penser de la menace que font peser sur les enfants les 60 % de Marocain(e)s affamés sexuellement, vivant dans l’entourage immédiat, pendant onze mois (si l’on excepte le mois sacré du Ramadhan) ? Bref, je pense que la “pédophilie étrangère” n’est si importante que parce qu’elle occupe tout l’espace dans les médias. La pédophilie nationale, elle, n’est pas “vendable” pour les télés étrangères, elle est impensables pour les télés nationales, elle est ambiante et banale pour le commun des Maghrébins qui sont naturellement portés à la sousestimer, à l’excuser et à la tolérer, de par la nature même de leur système culturel. J’ai eu l’occasion d’entendre in situ des discours justificateurs du genre : “nous avons tous subi la même chose quand on était petit et nous ne sommes pourtant pas moins normaux que les autres”. Le système général pousse à la pédophilie et crée ensuite des mythes pour l’excuser…

c) Enfin, je ne vois pas pourquoi on devrait séparer dans la lutte contre la pédophilie entre une « pédophilie nationale », dont on ne se préoccupe pas, et une « pédophilie étrangère », qui serait plus scandaleuse et à laquelle il faut consacrer une association et un travail exclusif. Quand on est militant humaniste, Madame, on condamne toutes les pédophilies d’où qu’elles viennent. On n’a pas à pointer un doigt accusateur envers le « tourisme » et faire le silence sur « nos » crimes, parce qu’ils sont faits par les « nôtres », par des « musulmans » comme nous.

5) Le fait est que, dés qu’on commence à poser le problème de la pédophilie dans toute sa dimension, dans tout son poids statistique, on se trouve face à face avec l’immense et épineuse question de la famine sexuelle. Dans les autres sociétés, l’abus sexuel est un phénomène marginal. Pas au Maghreb, où il est massif, destructeur et structurel. Il est structurel parce qu’il est prévu par l’économie générale du plaisir, marquée par l’inhibition et le tabou, mais aussi par l’enfermement des femmes, l’obsession collective de la virginité et le meurtre d’honneur. Expliquer le phénomène n’est pas l’excuser (comme vous me le reprochez) mais c’est être plus armé pour le combattre. Savoir qu’au Maghreb on assassine un homme et une femme qui prennent du plaisir, mais que l’on tolère les adultes qui abusent des enfants est un premier pas ! A méditer…

Je vous souhaite un bon courage !

Naravas

PS 1 sur la prostitution :

Depuis quand, Madame, une poignée de prostituées sont-elles qualifiées pour régler les problèmes affectifs, amoureux, sexuels, de toute une société ? Depuis quand les prostituées sont-elles des distributeurs de bonheur ? Vous parlez de prostituées, mais vous n’ignorez pas que les femmes n’ont pas de « maisons closes » où elles pourraient s’épancher : quelle est donc cette justice qui vous permet d’exclure ces dernières du droit au bonheur physique ou affectif ? Quelle est cette société qui paye pour accéder au bonheur de vivre dans la mixité ? Les Maghrébins, comme tous les peuples émancipés, ont le droit au don gratuit du cœur et du corps.

PS 2 sur la prostitution :

Je voudrais souligner l’inconscience qu’il y a pour une femme de renvoyer les hommes aux prostituées, avec la croyance de se débarrasser ainsi d’un problème. N’importe quelle vraie femme devrait chercher à comprendre ce trafic d’êtres humains de sexe féminin, assortis de rapts, de crimes et de viols, qu’on appelle prostitution. Parce que derrière l’avilissement marchand d’une fille de 20 ans, c’est l’avilissement de toutes les femmes qu’on doit considérer. Derrière le viol d’une Ukrainienne qu’on terrorise par la violence sauvage, ce n’est pas la solution d’un problème social qui est cherchée, c’est l’argent, à travers les atteintes aux droits de l’homme. Cette Géorgienne qui travaille à Istanbul pour le grand bonheur des commissaires de police corrompus, des maris infidèles de la bourgeoise turque ou du touristes en manque, cette femme a une famille, qu’elle n’ose plus regarder, elle a un père, laissé inconsolable, et une mère qui vit avec la douleur d’une fille sans nouvelles. Alors, mesdames, avant de nous conseiller d’aller voir les prostituées, réfléchissez à ce que vous dites, soyez humaines, à défaut d’être solidaires !

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20 janvier 2008

La question sexuelle et les femmes au Maghreb et en Méditerranée

La question sexuelle et les femmes
au Maghreb

                  
algeroise      

               Le problème de la femme au Maghreb n'est qu'un épiphénomène d'un problème plus englobant qu'est la question sexuelle. Les femmes ne sont dominées que pour pouvoir être contrôlées dans leur sexualité (tout en contrôlant  en même temps  celle des hommes), sexualité devenue fondement de la hurma, c'est-à-dire de l'honneur féminin. La sexualité est prise en otage dans une joute sociale dont l'enjeu consiste à défendre l'honneur du groupe familial, placé d'abord dans la pudeur et la virginité féminines. Plus une Famille contrôle ses femmes, plus son capital de réputation augmente (sinon, c'est une mauvaise famille, famille de p...). Un vrai homme, qui « lève sa tête devant les gens » (je traduis des propos courants), c'est celui qui « a pouvoir sur ses femmes ». « Maîtrise tes femmes » est une insulte en collectivité.

Vieux_KabyleOr, les familles sont des institutions idéologiques tout entières orientées vers le dénigrement des autres familles rivales. Il s'ensuit une compétition symbolique pour la « respectabilité », la réputation et l'honneur. Un groupe familial qui trouve moyen pour diminuer l'honneur de son adversaire ne se fait pas prier. Or, les femmes sont le point faible, la brèche que l'ennemi présente et il faut en profiter pour le descendre. « Je lui ai niqué sa femme à celui-là » disent les hommes entre eux. Et le fait de faire l'amour avec la femme du concerné n'est pas seulement un acte de plaisir ou de tendresse avec elle, c'est surtout un acte de guerre symbolique destiné à amoindrir la réputation ou, mieux, le capital d'honneur, de son mari (ou de son frère, etc.). Faire l'amour, c'est attenter gravement (et souvent délibérément) à la réputation des familles. 

Le soi-disant intérêt des hommes à dominer les femmes n'est ni économique (une femme qui reste à la maison est une charge et un gain en moins), ni politique (le pouvoir que l'on a sur les "femelles" s'avère être une charge écrasante). C'est un intérêt d'honneur, le groupe défendant son image extérieure à travers l'image qu'il veut irréprochable de ses femmes.

Un tel système fonctionnait avec ses injustices dans une société agraire où l'on se mariait très tôt et où les groupes vivaient dans une économie relativement vivrière. Le changement social et économique a conduit à un accroissement des besoins. Un jeune homme ne se marie plus s'il n'a pas d'appartement. Une épouse accepte rarement d'être simple membre de la famille nombreuse de son mari. Mais le célibat prolongé, né des nouvelles données socio-économiques, continue à  perdurer dans l'ancien système social traditionnel caractérisé par une économie de l'honneur dont les femmes sont les dépositaires.

Les femmes étant retirées de la circulation, l'espace public est devenu de facto masculin. Mais si un jeune homme du temps du Prophète avait ses quatre épouses, si un jeune Algérien des années cinquante avait sa femme légitime, le jeune Algérien de l'an 2000 n'a plus rien pour sa sexualité (au sens large : affection, amour, sexe, etc.) car elle lui a été confisquée sans contre-partie par l'honneur de la tribu.

Il s'ensuit une séparation terrible des sexes malgré des apparences de mixité et une famine sexuelle générale, du côté des hommes, comme du côté des femmes, enfermées ou contrôlées dans leurs déplacements. La prostitution et l'homosexualité se sont  développées pour colmater une infime partie de cette demande sociale. L'état de famine générale produit des dégâts sur les enfants (pédophilie), sur les animaux (zoophilie maghrébine bien connue) et sur la santé mentale (troubles psychiatriques). chaouia1pt_1_

Cette société a pris le soin d'adopter le système religieux qui sert ses tendances profondes. C'est l'islam orthodoxe, sunnite et malékite, qui sera élu. Rien d'étonnant car l'islam chiite, bien qu'ayant des racines historiques lointaines au Maghreb (Fatimides), est éliminé, car  jugé peu ferme en matière sexuelle : il tolère le mariage de joie, c'est à dire il légitime la sexualité entre jeunes gens, chose que la logique de l'honneur ne peut admettre. Le sunnisme lui-même est expurgé de ses points jugés incompatibles : le prophète n'a-t-il pas dans un hadith célèbre et certifié autorisé ses combattants à faire l'amour avec les prisonnières, dressant par là une exception en cas d'impérieux  besoins. Ce sont des côtés soigneusement oblitérés. Bref, la  religion s'est trouvée ainsi  instrumentée à des fins de répression sexuelle.

L'état est composé de gens issus de la société et anthropologiquement formés à l'école de l'honneur. Ils reproduisent, dans le système judiciaire, dans les institutions de l'état et dans le fonctionnement des divers appareils, les impératifs de l'honneur. C'est ainsi que les couples non mariés sont jugés et condamnés, la présidence de la République algérienne ordonne la chasse aux couples et la justice se montre infiniment complaisante avec les criminels de l'honneur (l'idée de tuer un intrus qui a pénétré à l'intérieur de la maison, la nuit, (entendre : un homme qui a  intentionnellement  voulu attenter à l'honneur du groupe) est passée dans  la croyance populaire comme étant un droit légitime. 

Un intellectuel a peur de parler de problème sexuel parce qu'en le faisant, il donne aussi par la même occasion le droit à sa soeur de coucher avec un étranger, ce qui équivaut à ouvrir une brèche dans son honneur social et à saper sa réputation.  Les groupes rivaux se surveillent en effet et chacun n'hésite pas à entamer la réputation de l'adversaire à la moindre occasion. L'intellectuel parle alors de façon voilée de condition des femmes, mais aussi de façon euphémique, limitée et surtout politiquement correcte : personne ne pourra attaquer sa réputation avec cela. Et, bien entendu, ce n'est pas avec des euphémismes que l'on provoque les vrais changements ou les vrais débats. eros3_1_

Au bout du compte, à qui profite le système ? Aux hommes? Je ne le crois pas. Ils se  débattent dans une affreuse misère affective parce que les femmes auprès desquelles ils devaient prendre satisfaction sont préalablement enfermées ou limitées de déplacement et de liberté. Les femmes, et parmi elles se trouvent de grandes militantes du système traditionnel,  se rabattent sur les animaux domestiques et l'homosexualité. Danscertaines cités universitaires en Algérie, les étudiantes achetaient des sacs de lait et se les faisaient déverser sur leurs poitrines avant d'appeler les chats. Je ne sais pas ce que ça fait comme sensation d'être léchée par un chat à cet endroit, mais je suis certain qu'un tel comportement est celui d'un être  lésé dans ses droits humains  fondamentaux, celui d'utiliser comme il l'entend son propre corps. Je ne parle pas de l'hystérie nocturne du ciel algérois, qui voit fuser jusqu'aux étoiles les youyous de la frustration féminine émanant des cités universitaires non mixtes.

Je pense que c'est un système qui ne sert personne. Il est tout simplement devenu caduc et malade, car les conditions pour lesquelles il était engendré ont presque  disparu. Il continue à fonctionner dans un autre contexte, de façon anachronique, en générant énormément de souffrance, comme un  moteur d'une deux chevaux qu'on met pour un bus de voyageurs futuriste.

Maintenant, supposons que le problème de la sexualité soit réglé, que l'honneur n'ait plus comme siège la virginité des femmes, que les groupes cessent de s'attaquer sur cette question, que les gens consentants soient publiquement tolérés et légitimés dans leur sexualité. Pensez-vous que les femmes seraient interdites/limitées de déplacements, de travail, de liberté, etc. ???. 

Je ne le crois pas. Ce sera l'avènement d'une autre société, avec sûrement d'autres inégalités, d'autres combats à faire, mais pas celui-là. Il y aura le chômage, la lutte pour l'emploi, etc. mais jamais d'enfermement, de limitation de déplacement ou de liberté.

En définitive, cette condition n'est que la conséquence pratique de la question sexuelle. Alors, il faut arrêter de dire que les hommes dominent les femmes pour profiter de je ne sais quels privilèges. Que les hommes ont tout et les femmes rien.  Qu'est ce qu'ils ont et qu'ils n'auraient pas sans cette domination ? Arrêter de faire de miséreux affectifs et sexuels des sultans divinement privilégiés, à la faveur d'un imaginaire grossièrement orientaliste. Car les femmes ne sont jamais mieux  dominées que par d'autres femmes (Voir le rapport mères/filles par exemple). Mais surtout parce que si les femmes sont enfermées, c'est à cause de ce quelque chose qu'elles portent entre leurs jambes ! La société maghrébine a eu l'idée la plus saugrenue sur la terre qui consiste à placer son honneur justement là ou il ne fallait pas. La femme n'est donc partout sanctionnée qu'en tant que porteuse de sexe (et source de déshonneur possible pour tout le groupe). Pas en tant que femme. Mais cette sanction, déteint sur l'homme, ce qu'on oublie de souligner. En l'absence de femmes, il n'aime pas, il ne travaille pas,  il ne baise pas, il souffre, il devient agressif et prêt à être enrôlé dans les fanatismes les plus sanguinaires.

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01 octobre 2007

Ramadhan et l'ordre moral : les mangeurs clandestins

Les mangeurs clandestins

Ramadhan_Moubarak

             Le Ramadhan touche à sa dernière décade. L’ambiance est celle des soirées animées, des veillées rythmées de musique arabo-andalouse, des mets exquis qui défilent, des plats savoureux. La vie baigne, l’espace d’un mois, dans une festivité nocturne tolérée. Après ses dures journées à jeun, le musulman peut prendre du plaisir, du moment qu’il est sous le patronage du sacré. Il oublie ses interdits, il oublie qu’Ibn Tumart censurait la musique, le moment d’une veillée.

Mais ma pensée va plutôt à ceux qui, dans les pays arabes ou musulmans, situés en marge de l’orthodoxie culturelle, ne jeûnent pas. Oui, ceux-là même qui relèvent de l’impensable pour certains, qui ont choisi de ne pas se plier à la loi générale, qu’ils soient d’ailleurs croyants ou pas. Ceux-là, dans ces sociétés très peu démocratiques, n’ont pas droit à la différence. Ils sont au minimum méprisés comme de vulgaires immoraux, des délinquants culturels, obligés de rentrer dans la clandestinité pour…manger. La haine qui les fusille est dans tous les regards. Le premier quidam qu’ils rencontrent se sent en droit de les rappeler vigoureusement à l’ordre moral, voire de les menacer en cas de non obéissance. La vie sociale, ouverte à 9h et fermée vers les 15h de l’après-midi, ne leur laisse aucun endroit à fréquenter : les cafés et les restaurants sont fermés, les gargotes cachées sont interdites d’activité et la maison est sous l’autorité du patriarche qui édicte une foi obligatoire pour toute la famille. Je ne parle pas de l’islamiste, pour qui ils passent pour une incarnation du diable, et de l’islamiste armé, pour qui ils sont des têtes à égorger.

Du point de vue de l’état, censé garantir les libertés publiques, ce n’est guère mieux. Je me souviens des descentes punitives de policiers en tenue dans les jardins publics en Algérie, derniers refuges des « mangeurs clandestins ». Les gifles, les coups de crosse, les embarquements vers le commissariat, les humiliations verbales et les insultes, sont autant de moyens répressifs pour ramener à l’ordre les récalcitrants. C’est dire le zèle des CRS quand il s’agit d’être au service de Dieu et de la morale conventionnelle, et non plus au service de l’état et de la démocratie. Dans les casernes de l’Armée Nationale Populaire, les mangeurs clandestins encourent de graves punitions, allant de la réprobation conséquente des officiers jusqu’à un séjour prolongé en prison.

Une petite comparaison avec ma situation parisienne. Mon voisin a des pouvoirs extraordinaires : il peut ramener à boire chez lui, inviter toutes les filles qu’il veut, fumer un joint, manger pendant le ramadhan, visionner des films pornographiques. Il peut aussi lire la Bible jusqu’à 3h du matin, rejoindre une secte religieuse, allumer 24h sur 24 une cassette de Coran. A partir du moment où il ne trouble pas la paix publique, et même s’il la troublait, je n’ai aucun droit d’aller le rappeler à l’ordre. Personne dans le bâtiment ne lui lance des regards méprisants ou haineux. Personne ne vient lui faire la morale, lui dire que les films porno, ce n’est pas bien. Si je m’avisais à frapper à sa porte pour lui dire khsara a’lîk, c’est moi que la police viendra chercher comme agresseur et fauteur de troubles. C’est parce que l’Etat a le monopole du rappel à l’ordre et parce que l’ordre est celui de la démocratie où sont garanties les libertés privées. C’est parce que l’éducation citoyenne des gens ne leur apprend pas à devenir des contrôleurs moraux de bonne conduite. Elle leur apprend au contraire à respecter les choix d’autrui, surtout quand ils sont différents des leurs. La force armée est rangée du côté des respects des libertés, et non du côté de la morale conventionnelle. Aucun patriarche ne vient imposer ses opinions à mon voisin, majeur et vacciné. Il n’a de pression à subir de personne quant à ce qu’il faut croire et à ce qu’il faut appliquer.

Quant à nous autres majoritaires du monde musulman, quand nos opinions et nos préférences vont dans le sens de l’orthodoxie religieuse et culturelle, ne pensons surtout pas à la violence symbolique, à la répression morale et physique que subissent nos frères qui ont des convictions et des pratiques différentes. Fermons les yeux devant leurs libertés confisquées et acclamons l’ordre moral qui prohibe le vice (celui des autres) et instaure la vertu (la nôtre) ! Continuons à faire notre fête, à savourer nos veillées rythmées, jusqu’à ce que cet ordre moral, un jour, dans ce domaine ou dans un autre, se retourne contre nous !

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03 juillet 2007

Sexualité des émirs, des poètes et de l'intelligentsia arabes

La sexualité et les plaisirs

chez les grands poètes arabes

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                  Je vais tenter de mettre à la disposition des lectrices/eurs des faits peu connus et surtout cachés et tus par toutes les histoires officielles ou scolaires de la littérature arabe. Ces choses nous sont connues entre autres par les traductions que fait l’excellent et regretté René Khawam des manuscrits anciens, souvent inédits comme c’est le cas ici, de cette littérature. Il faut dire que c’est une chance inouie que ceux qui ont censuré les prudes pages des Mille et Une nuits ne soient pas tombés sur ces anecdotes succulentes cocernant la vie sexuelle des Arabes et des Maghrébins. L'esprit dans lequel sont tournées ces histoires montrent combien étaient décontractés ces hommes et combien leur histoire a été rigidifiée et falsifiée par les enseignements officiels...


Bachar Ibn Bourd, un adepte des plaisirs extraconjugaux :

Le célèbre Bachar Ibn Bourd, poète satirique s’il en est, mis à mort en 783 et jeté dans le Tigre, était parmi les plus grands adultères. C’était un grand adorateur de la chair et un infidèle invétéré. Il avait l’habitude de tromper sa femme et de composer des vers sur la saveur de ses conquêtes. A chaque reproche qu’on osait esquisser à son encontre, il jurait que tel n’était que pure calomnie. Un jour, sa malicieuse femme le piégea. Elle se débrouilla pour trouver une vieille, car les vieilles jouaient à l’époque le rôle « d’agents de débauche » spécialisés dans le recrutement des femmes pour leurs clients hommes, une vieille donc à qui elle dit :

«  Va trouver mon mari et décris lui mes plus belles qualités, mais sans me nommer. Fais lui comprendre que je ressens de l’amour pour lui et arrange entre nous un rendez-vous chez toi. Je pourrai enfin le convaincre de mensonge. » (Tîfâchî, p. 117)

Le pauvre poète s’est laissé enrôler par la vieille, qui lui décrit sa nouvelle proie comme « hautement expérimentée dans les activités de la conjonction » (c'est-à-dire dans l’amour physique). Elle lui fit savoir que son mari est absent et qu’il devait profiter de cette occasion pour copuler avec elle. L’imagination de Bachar s’enflamma. La femme en question, qui n’est autre que sa propre épouse, attendait dans la pénombre, parfumée, revêtue de ses plus beaux atours et cachant son visage par différents déguisements érotiques. Le poète arrive au lieu du rendez-vous et sans plus attendre, se précipite sur le beau corps de sa belle. Elle s’abandonne complètement et lui fit divinement l’amour. Mais au moment crucial où l’homme allait atteindre son point culminant, elle l’emprisonne de ses jambes, lui assène de vigoureux coups sur la poitrine et le poète tombe à la renverse. Elle lui cria alors :

-          « Espèce de débauché, où sont tes faux serments ?  Où est ta fidélité ? »

-          Le poète répondit alors en ces termes : « je n’ai jamais vu de femme plus froide que toi sur le lit des passions licites et plus chaude sur celui des passions coupables ! »


Abou Nowas et les servantes :

Abou Nowas (745 ? -810 ?), le grand poète chantre du vin et des plaisirs charnels, se prépara un jour à aller à un rendez-vous que lui fixa une servante nommée Samha (la Douce) qu’il courtisait depuis belle lurette. Il avait déployé des trésors de ruse et de poésie pour qu’enfin la belle accepte de se livrer dans la maison d’un ami à lui. Tout content, le poète se prépara soigneusement, se parfuma et mit ses plus beaux habits. Or, c’était compter sans la jalousie et la ruse de sa propre servante, « Hâchimiyya », qui exerçait sur lui une véritable surveillance. Elle comprit vite ce qu’il manigançait en le voyant dans cet état. Elle s’arrangea alors pour lui servir du vin et le prier de bien vouloir prendre un verre avec elle avant de partir. Abou Nowas ayant pour devise de toujours être aimable avec elle, accepta volontiers. Tout en buvant, elle se mit à jouer avec lui, à le toucher, à le caresser. Le poète n’a pu résister et la prit vigoureusement. Elle recommença quelques instants plus tard et ils copulèrent de nouveau.

-          Bon, fit-elle, je crois que tu n’as plus d’énergie à présent.

Abou Nowas se ramassa et se rendit quand même au lieu du rendez-vous avec Samha. La belle était folle à force de patienter et se jeta sur lui. Mais elle se rendit vite qu’il n’y avait plus rien à tirer. Il était tellement fatigué qu’il n’arrivait même pas à esquisser une caresse. Il s’excusa de cet état mais Samha était furieuse et jura de ne plus lui pardonner. C’est ainsi qu’on surnomma Abou Nawas « l’amant de Samha » pour se moquer de lui et de son « impuissance » à cette occasion.


La mésaventure érotique d’Abou Al ‘Attahiyya

Abou Al ‘Attahiyya s’est promis de ne jamais assister à un cénacle où serait présent Abou Achamaqmaq, qu’il détestait cordialement. Or, un jour que celui-ci était en compagnie d’Abou Nowas, d’Al Houssayn ibn Addahak et d’autres poètes, on s’arrangea pour le cacher dans le cellier dés qu’on entendit venir Abou Al ‘Attahiyya. C’était en vérité une ruse. Dés qu’Abou Al ‘Attahiyya posa son séant, il entendit un bruit dans le cellier et s’enquit aussitôt : « qui est là ? ». Ses amis poètes lui répondirent qu’il s’agit d’une servante de fort belles qualités, douée d’une beauté hors du commun mais un peu timide. On mit beaucoup d’adresse à la lui décrire à tel point le poète se leva brusquement sous l’effet du désir qui naissait en lui. Il se dirigea vers le cellier et glissa sa main entre les deux battants tout en improvisant ces vers :

« En mendiant, vers vous, j’ai tendu la main »
Qu’avez-vous à répondre à cet indigent ? » (Tîfachî, p.127)

Abou Achamaqmaq qui était à l’intérieur avait fait dresser son sexe et le posa délicatement dans la main de son ennemi en déclamant ces vers :

« Nous répondrons en mettant en ta main
Le fier goulot d’un flacon
Qui guérira de l’intérieur
Ce mal dont la violence te surprend »  (Tîfâchî, p. 128)

Abou Al ‘Attahiyya tâta bien l’organe dressé et retira brusquement sa main. Il maudit cette assemblée et quitta précipitamment le cénacle.




Al Farrazdaq, un amateur de bonne chair :

Al-Farazdaq (640-732 ?), contrairement à Djarîr, homme de caractère ascétique et dûr, n’ayant apparemment jamais composé de poésie sur les femmes, était aussi un excellent adultère, coureur de servantes et de bonne chair. Il laissa à la postérité ce sage conseil de drague devenu célèbre :

« Ne rencontre que durant la nuit
La personne à qui tu donnes rendez-vous
Car le soleil est un médisant
Tandisque le nuit est la meilleure entremetteuse » ( Tîfâchî p. 51)

Une tradition sexuelle de l’Orient arabe : le piquage

A l’époque se répandit en Orient une tradition sexuelle bizarre : le piquage. Elle consiste pour un homme à surprendre un autre homme dans son sommeil et à le pénétrer sans autre forme de procès. C’est devenu un art de la sodomie dont il fallait connaître les règles et surtout dont il fallait maîtriser des instruments tout aussi bizarres (un rouleau de papier, un trio de cailloux, un sachet de poussière fine, une petite outre, des ciseaux, une aiguille, etc.) dont je ne saurais vous expliquer le maniement.

Al Djammaz (mort en 868), poète et conteur de la cour d’Al Moutawakkil, se fit un jour surprendre de la sorte pendant son sommeil. Il se réveilla et trouva un fort majestueux instrument planté dans son fondement (son cul). La pénétration fut si difficile qu’Al Djammaz sentit tous ces entrailles se déchirer au mouvement du va et vient du piqueur. Il recueillit alors une quantité de salive dans sa main droite et la tendît au piqueur en lui disant :

-          Seigneur, tu aurais tout au moins pu t’aider de ça dans ton voyage à l’intérieur de moi !

Le piqueur eut honte à ses mots; il abandonna sa tâche et s’enfuit (Tîfachî, p. 244)


Quand l’émir al-Mouminine est sodomisé…

Dans le sud de la Perse, au Sîdjistâne, l’émir al Mou minîne avait à son service un curieux personnage. Il s’agit d’un compagnon et d’un bouffon à la fois nommé Abou Bakr Al Barrîh. Ce dernier avait l’habitude de s’enivrer pendant les soirées organisées par l’émir et de ne se réveiller qu’au milieu de la nuit, poussé par de violents désirs, pour piquer (pénétrer) tous les convives qui se sont risqués à passer la nuit dans le palais de l’émir. Mais il était tellement aveuglé qu’il ne faisait aucune différence dans l’obscurité.

Après avoir pénétré plusieurs notables, un jour il monta sur le dos d’un homme qui lui enjoignit de descendre tout de suite :

-          Ne vois-tu pas imbécile que je suis un vieillard ? Ce ne sont pas les jeunes gens qui manquent ici pourtant ! Vas-y, pique qui tu veux mais laisse moi tranquille, je ne peux plus faire cegenre d’activité à mon âge !!!

C’était Amir al-Mouminine en personne. Abou Bakr Al Barrih s’excusa, « il faisait noir et je ne voyais pas bien » disait-il. Ils mettent alors une stratégie avec l’émir pour que pareil incident ne se reproduise plus. Il fut convenu qu’un sabre soit déposé chaque soir aux pieds de l’émir pour le piqueur s’éloigne et choisisse une autre victime. Mais un soir, un notable ne pouvant plus d’être piqué se leva la nuit, changea de place au sabre et le mit à ses propres pieds pour éviter d’être de nouveau la vicctime. Al Barrîh se lève la nuit comme à son habitude, s’empare du premier corps qu’il trouve à portée de main après avoir bien vérifié que le sabre n’est pas à ses pieds. Il le pénètre vigoureusement et ne se soucie pas des plaintes du piqué. Une fois sa besogne terminée, il se rend compte qu’il s’agit encore une fois de l’émir.

            -          Malheur à toi ! N’as-tu pas touché le sabre à mes pieds ? Ne vois-tu pas que je suis l’émir ?
-          Mais le signe dont nous étions convenu n’est pas à sa place se contente-t-il de répondre.

L’émir, se rendant alors compte de la ruse de son notable, éclata de rire !
Voilà qui nous renseigne sur les mœurs très décontractées de l’époque…

(Al Tîfâchî, pp. 244-245)

Source : Ahmad al-Tîfâchî, Les Délices des cœurs, traduction intégrale sur les manuscrits originaux par René Khawam, Paris, Editions Phébus, collection « Pocket », 1981.

A suivre...


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08 décembre 2006

La famine sexuelle au Maghreb

La famine sexuelle au Maghreb

                    C'est avec grand plaisir que j'aborde avec vous ces éléments de discussion sur la "famine sexuelle" au Maghreb, question à mes yeux primordiale. Je l'appelle "la question sexuelle" (âala wazn - construit sur le modèle de - la "questions juive".)
Je vais essayer de répondre à quelques préliminaires...

1) Le bordel : cette "institution" apparait à chaque fois que l'on discute de sexualité et tout cela n'est pas très féministe lol ! C'est pourtant paradoxal, car le bordel est à la limite l'antipode de la sexualité. Le concept de cette dernière a été élargie, comme tu le sais, par les idées de Freud. Il ne faut donc pas la confondre avec le "sexe" qui n'est qu'un moment certes important mais réduit de l'ensemble océanique des affects proprement sexuels. Discuter avec une personne de sexe opposée, rigoler, jouer, taquiner, courir, apprécier esthétiquement, etc. toutes ces activités comportent une dimension érotique que d'autres appellent simplement la joie de vivre. Pourquoi le jeune client maghrébin du bordel doit-il en être privé ?

- Il serait intéressant de placer sur une carte du Maghreb le nombre des bordels existants et de calculer à combien d'habitants correspond un seul point...lol !

- Humainement parlant, aucun bordel, même s'il emploie des centaines de prostituées, ne peut répondre aux besoins strictement sexuels d'une population. Les journalistes, véritables demi-cultivés, radotent comme des vieilles sur ces lieux fantasmatiques. En vérité, ce ne sont que les indices d'une misère sexuelle effroyable...

-Il n'existe pas d'homme dont les besoins en matière de femmes se réduisent au fait de "se vider". Cela est une chimère. Le Maghrébin n'a pas besoin de payer pour se vider...Il a besoin d'une vie sociale mixte qui permet le don gratuit du corps et du sentiment.

- Il n'existe pas de bordels pour femmes au Maghreb. Pourquoi devrait-on penser "hommes" à chaque fois que l'on parle de famine sexuelle ? Les femmes ont aussi faim que les hommes au Maghreb ! Elles ont faim et pas uniquement de "sexe".

Une blague pour le dire...
" Un groupe de fondamentalistes armés intercepte dans un faux barrage un bus plein de voyageurs (civils). L'émir (le chef) décide que tous les hommes soient dépouillés de leur argent et que toutes les femmes soient violées. Une jeune fille, émue par cette décision, se lève et dit :
- Monsieur l'émir, c'est juste que vous assouvissiez vos instincts sur nous, jeunes filles, car vous n'avez pas vos épouses avec vous dans les maquis. Mais de grâce, laissez partir ces vieilles femmes, elles ne pourraient supporter une telle opération ...
A ce moment là, une vieille femme en colère se lève à l'arrière du bus et fait rageusement :
- Il a dit "tout le monde", alors qu'on y passe toutes !!! ( Qal Ga'e, Ga'e !!!)


- Un jeune maghrébin se déporte vers des sexualités clandestines parce qu'il ne trouve pas de débouchés à ses pulsions dans la vie normale. La floraison des bordels et des lieux de prostitution est le meilleur indice de l'intransigeance morale ambiante et de la répression générale des plaisirs. C'est la misère existentielle, la souffrance tue parce que honteuse du corps qui mène le Maghrébin ordnaire vers ces lieux que souvent il réprouve.

Il y a d'autres moyens pour pallier à cette impossibilité et dont on ne parle pas: la pédophilie devenue banale et l'homosexualité des gens qui ne sont constitutionnelement pour ainsi dire pas homosexuels. (Y'en a de vrais évidemment...). Une grande partie des pédophiles maghrébins ne sont pas des déséquilibrés mentaux mais des affamés sexuels; une grande partie des homosexuels (surtout actifs) ne sont pas des homo mais des hétéro en panne de femmes...

- Je vais plus loin: la misère sexuelle, le Maghrébin la transporte avec lui dans l'émigration. La thèse de Ben Jelloun, qui porte le joli titre "La plus haute des solitudes", le montre clairement. Plus encore, dans le choix même de quitter son pays intervient de façon décisive son "manque sexuel". Ces dernières années, il n'avait que le choix entre la répression accrue de ses instincts dans l'islamisme, (un mouvement fondé avant tout sur la répression des plaisirs comme le montre Khalida Messaoudi par exemple ou Mimmouni) ou l'émigration vers ce qu'il considérait dans ses fantasmes comme "un paradis sexuel". Un humoriste comme Fellag a fait de cette vérité un objet de travail artistique...



2) Les "simulacres d'Occident": je n'ignore pas que les élites économiques ou politiques du Maghreb s'organisent des "simulacres d'Occident" où l'on est souvent plus royaliste que le roi et où sexe, vin et femmes ne manquent pas. Je suis d'accord avec toi quand tu dis qu'ils n'ont rien compris, c'est d'ailleurs le cas de tous les mimétismes. Mais je crois qu'il ne faudrait pas confondre ces microcosmes qui existent et qui vont de Casa à Tunis en passant par Alger (Hydra), avec le Maghreb, qui est un réel anthropologique très différent.

3) Les élites maghrébnes, notamment intellectuelles, cultivent une cécité qui ressemble fort à un ethnocentrisme de classe. Il nous a toujours fallu attendre les bons occidentaux pour venir sur place nous produire des descriptions de terrain, des études de cas, pour avoir un accès à la connaissance de notre propre société. Pourtant, les intellectuels ne tarrissent pas quand il s'agit d'expliquer à coup de sociologie spontanée ce qu'ils n'ont jamais étudié. Alors, les journalistes...

4) Les défavorisés et les ruraux : les Maghrébins ont un égal droit à l'exercice de la fonction sexuelle, quelque soit leur condition économique ou géographique. La réalité est loin d'être telle. Il est injuste que le jeune homme de Hydra (quartier chic d'Alger)se donne le droit d'aimer et de vivre dans la mixité et la sexualité au moment où son compatriote de Djelfa est acculé à une misérable sexualité de bordel sans en avoir les moyens financiers. Cette injustice là, cette souffrance qui n'a pas encore acquis le droit à la visibilité publique, les politiques la couvrent et la légitiment. Eux qui connaissent d'autres problèmes, qui vivent dans l'opulence sexuelle, tiennent un discours ultra-conservateur en cette matière en mobilisant toutes les valeurs de l'islam rétrograde.
Numériquement, c'est le défavorisé qui fait le Maghreb. Rien ne peut se faire sans lui et sans une âpre négociation avec son Ancêtre Affamé (pour parler par images). L'élite a perdu ses ambitions progressistes du temps du socialisme. Elle s'occupe à présent volontiers d'elle-même. Mais cela relève du mauvais calcul politique...

5) Il faudrait que la jeune fille de la fac du 9 avril avec laquelle j'ai bu un verre à Tunis centre n'ait pas la peur de rencontrer un parent en sortant avec moi. Il faudrait que la jeune et belle Rym à qui j'ai offert un thé à Sidi Boussaïd se sente plus à l'aise et ne soit pas angoissée par le couvre-feu imaginaire qui faisait qu'elle devait rentrer à une certaine heure. Il faudrait que le jeune Tozeurois que j'ai rencontré cet été puisse aller cultiver la palmeraie familiale en compagnie de l'élue de son coeur. Il faudrait que l'homme que j'ai rencontré dans les escaliers d'un bâtiment où on cherchait un cybercafé m'épargne son regard haineux en me voyant embrasser mon ex-copine dans la cage d'escalier. Il s'est calmé quand il s'est rendu compte que nous étions des "étrangers", mais il faudrait qu'il se calme devant le droit au plaisir publique (et non clandestin)des Tunisiens, ses compatriotes ! Il faudrait que les jeunes filles que j'ai rencontrées aussi à Tozeur puissent librement m'inviter à rentrer chez elles, et non plus inviter ma seule copine en me signifiant que je devais rester dehors. Il faudrait enlever la plaque honteuse où il était écrit à la forêt de Yakouren, en Kabylie, région pourtant la plus "développée" de ce point de vue en Algérie, ...où il était écrit "Interdit aux couples" !!!

Ce que l'on met dans l'expression à mon sens fausse de "condition de la femme" n'est au Maghreb qu'un aspect fort circonscrit de cette condition de tout le monde qui est "la famine sexuelle". Je ne vais pas défendre l'idée que la mixité est une illusion suscitée par la juxtaposition des sexes, et que partout au contraire règne la séparation des sexes (elle est le leitmotiv de toutes les études sociologiques). Bourdieu a démontré qu'elle est inscrite dans les catégories de la vision du monde. Mais il est à remarquer que dans ces pays toutes les craintes conservatrices sont orientées vers les conséquences supposées néfastes d'une libération des moeurs. C'est la peur d'un retour à la "sauvagerie" qui est exhibée à chaque fois...


A mon avis, seule la connaissance impartiale du terrain et surtout la méfiance envers 1) les discours les plus ambiants; 2) l'image que les intellectuels essayent de donner de leur pays à l'Occident et à eux-mêmes; 3) le réflexe naturel qui consiste à prendre son milieu ou sa région pour tous les milieux et toutes les régions;
peut nous aider à apprécier l'ampleur des souffrances non déclarées et la profondeur de la famine sexuelle, véritable tragédie maghrébine du XXème siècle. Je crois aussi qu'il faut attendre longtemps pour voir les images du sexe et de la pornographie (que je ne défends pas)consommés massivement par les jeunes Maghrébins fabriqués localement (il n'existe pas encore de revue érotique maghrébine). Si tel est le cas, c'est parce que nous sommes loin du monde de Tîfachî et d'Abu Nawwas !


Je vous embrasse toutes et tous et vous souhaite une très bonne nuit !


Naravas.

Posté par Naravas à 01:34 - NOUVELLES DU MAGHREB - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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