16 décembre 2009
les lettres de Djamila Bouhired : le régime laisse mourir nos héros
Le régime laisse mourir nos héros
Les lettres de Djamila Bouhired
Après leur assassinat physique pendant les
années 1970, les héros de la guerre de libération algérienne sont à présent écartés
par le régime et confinés dans un isolement mortel. Djamila Bouhired, aujourd'hui âgée de près de 75 ans, symbole
international de l’émancipation des peuples colonisés, lance un appel aux
Algériens pour…accéder à des soins hospitaliers. Honte à vous les hauts gradés
de l’armée, honte à vous Monsieur le Président, vous avez laissé mourir nos
héros ! Qu’est ce que c’est que cette Algérie que vous nous avez fabriquée ?
Un pays où les corrompus s’empiffrent et se vautrent et les héros crèvent de
faim ?
Naravas
Les Lettres de Djamila Bouhired, parues dans la presse algérienne :
A Monsieur le Président d’une Algérie que j’ai voulue
indépendante
Monsieur,
Je me permets d’attirer votre attention sur ma situation
critique. Ma retraite et la petite pension de guerre que je perçois ne me
permettent pas de vivre convenablement. D’ailleurs, mon épicier, mon boucher,
ma supérette pourront témoigner des crédits qu’ils m’accordent.
Il ne m’est
jamais venu à l’esprit de compléter mes revenus par des apports frauduleux qui,
malheureusement, sont très fréquents dans mon pays. Je sais que certains
authentiques moudjahidine et moudjahidate sont dans la même situation,
probablement plus critique. Je n’ai pas la prétention de les représenter ici,
mais au poste où vous êtes, vous ne pouvez ni ne voulez connaître leur
dénuement.
Ces frères et soeurs, dont l’intégrité est connue, n’ont bénéficié
d’aucun avantage. La somme qui leur serait allouée ne pourrait dépasser les
honoraires généreux attribués aux députés et sénateurs, ainsi qu’à vous-même et
à tous les alimentaires qui vous entourent. Ainsi, je vous demanderais de ne
plus nous humilier et de revaloriser notre dérisoire pension de guerre afin de
vivre dans un minimum de dignité le peu de temps qui nous reste à vivre.
Avec
mes sentiment patriotiques.
Djamila Bouhired
Le 9 décembre 2009
_________
Lettre de Djamila Bouhired au peuple algérien :
Si je m’adresse à vous, c’est parce que, pour moi vous représentez
ce peuple multiple, chaleureux et généreux que j’ai toujours aimé. Aujourd’hui,
je me vois dans l’obligation de faire appel à vous.
Permettez-moi tout d’abord de me présenter. Je suis Djamila
Bouhired, condamnée à mort en 1957 par le tribunal militaire d’Alger.
Je me trouve actuellement dans une situation critique. Malade,
les médecins m’ont conseillé trois interventions chirurgicales lourdes et coûteuses
auxquelles je ne peux faire face : l’hospitalisation, les interventions
chirurgicales, les soins, les médicaments et l’hébergement dans un hôtel, ne
peuvent pas être couverts par ma retraite et la petite pension de guerre. Aussi,
je vous demanderais de bien vouloir m’aider dans la mesure de vos possibilités.
Avant de terminer, je voudrais remercier chaleureusement
certains amis des pays du Golfe que je considère comme frères pour leur générosité
et leur compréhension, offre généreuses et spontanée à vouloir me prendre en
charge, offre que j’ai dû refuser.
Avec tous mes remerciements aux sœurs et frères algériens et
ma fraternelle affection.
Djamila Bouhired
Le 9 décembre 2009
08 décembre 2009
Sacré Dilem !
Sacré Dilem !
Il est sans doute le plus grand, le plus caustique et le
plus téméraire. Ce caricaturiste algérien est issu du sursaut populaire d’Alger
de 1988 comme son vaillant prédécesseur, l’intraitable Kateb Yacine, est issu
des massacres coloniaux de mai 1945.
Dilem, c’est la voix des dominés, exprimée non dans le
langage ciselé des genres nobles, mais dans le « sous-genre » de la
caricature, celui que les classes
modestes comprennent et affectionnent.
Ce billet est une pensée pour le crayon intelligent d’un
homme engagé, d’un contestataire inclassable, dont les dessins ont fait
trembler tous les amateurs de dictature en Algérie : les généraux, les
corrompus, les caciques du régime, les dignitaires qui ont remplacé les colons,
les responsables du naufrage national et tous ceux qui ont la phobie des
attroupements plébéiens et dont le cœur est rempli de dédain envers ceux qu’ils
ont avilis.
En portant son art à la perfection, Dilem enchaîne les prix
internationaux en même temps que les procès dans son pays : pour
« offense au chef de l’état », « outrage à institution »,
« diffamation », atteinte à l’islam, etc. Condamné par le pouvoir d’Alger
à un cumul de près de 9 ans de prison ferme, il l’est aussi par les
fondamentalistes islamistes qui ont édicté une fatwa de mort à son encontre. Mais
avec un courage exemplaire, le caricaturiste, exilé à Paris, continue à répondre
aux menaces de mort et au harcèlement judiciaire par le dessin corrosif. Depuis
plus de dix ans, Bassît, le citoyen ordinaire, lambda des lambdas, en
ouvrant son journal, rigole chaque matin de la bêtise de ses gouvernants. Et
cela, il le doit à Ali Dilem. Un jalon, avec ses amis journalistes, d’une
presse en mouvement de libération...
Naravas
Plus de caricatures de Dilem sur ce site
Biographie de Dilem sur Wikipedia
27 novembre 2009
Algérie-Égypte, deux peuples, deux dictatures et un ballon
Algérie-Égypte, deux peuples,
deux dictatures et un ballon
Il est difficile de comprendre les manifestations qui ont
entouré la compétition sportive opposant l’Algérie à l’Egypte si l’on se limite
au domaine du football. Les deux sociétés sont en proie aux mêmes problèmes
sociaux, à la même incompétence des dirigeants et aux mêmes conservatismes qui
alourdissent leur marche en avant. Même déclin économique, même famine
sexuelle, mêmes entraves à la liberté, même déferlante islamiste… Il n’est pas
étonnant que le football devienne une sorte de thérapie collective. Les dirigeants,
tout occupés à préparer leur succession, ont allègrement surfé sur la vague des
liesses populaires, histoire de faire oublier leur rôle de fossoyeurs de la
démocratie.
Naravas
10 mai 2009
Un journaliste francophone dénonce la "fornication"
Un journaliste francophone dénonce la "fornication "
Quand La Dépêche de Kabylie rétablit l’ordre
Les catégories selon lesquels les
problèmes sociaux sont posés depuis quelques années au Maghreb n’appartiennent
souvent pas aux cultures locales mais à un fonds idéologique qu’on pourrait
appeler le « basic islamism ». Je veux dire que cette culture générale
islamiste travaille non seulement les militants convaincus et engagés dans le
combat pour l’instauration d’un état théocratique, mais surtout les
intellectuels demi-savants et leur sens commun, ou, pour parler comme un
copain, les « intellectuels des mots croisés ». On peut voir à l’œuvre ces catégories dans la
façon qu’a un journal régional, diffusé uniquement en Kabylie, de traiter de la
question de la sexualité à Béjaïa (ville côtière). Il faut rappeler que ce quotidien, La Dépêche
de Kabylie, a été fondé par un ancien député ayant appartenu à l’un des
partis d’opposition démocratique les plus connus d’Algérie, le Rassemblement
pour la Culture et la Démocratie (RCD), présidé par le Dr Saïd Sadi.
La Dépêche, journal francophone et progressiste, pense ainsi un
phénomène somme toute banal (une femme et un homme qui font l’amour dans un
lieu discret) dans le langage religieux du Moyen-Age. Il parle de « fornication »
et associe la chose immédiatement et irrémédiablement aux « fléaux sociaux »
(lire al afât al idjtima’iyya) et à la « prostitution» (lire arradhîla,
al fahicha, etc.). L’article est écrit par un(e) journaliste, A. Gana, sûrement
très heureux (se) de dénoncer « le blâmable » (al mounkar) et de criminaliser les rapports sexuels. Il va plus loin en parlant non seulement d’alcool (le chapelet des
vices est déroulé), mais d’un « poison » qui pollue la vie des
citoyens. L’amour, un poison ? Comment alors ne pas penser qu’au Maghreb,
c’est la démocratie qui a été islamisée ?
_________
Aokas
Trois personnes arrêtées pour création de
lieu de débauche
Un sexagénaire, retraité, répondant aux initiales de M. B., et
une jeune femme de 33 ans, Al. H, tous deux natifs de Béjaïa, ont été surpris en flagrant délit de fornication par les éléments de la sûreté de
daïra d’Aokas dans un camping familial situé en bord de mer de la même
localité. Ayant eu des échos quant à l’utilisation de ce camping de lieu de
débauche, par le gardien, B. A., 46 ans, natif de Kherrata, les services de
police ont mené leurs investigations avant d’intervenir dans la journée du
jeudi matin vers 10h pour surprendre ce couple
en pleins ébats au moment où ledit gardien faisait le guet. Selon la
police, ce dernier aurait avoué qu’il louait les deux chambres se trouvant à
l’intérieur du camping, servant en période estivale de bureaux, à des couples illégitimes moyennant une
contrepartie financière oscillant entre 400 et 1 500 dinars la passe.
Les trois acolytes ont été arrêtés avant d’être présentés, dans la
matinée d’hier, au procureur de la République près le tribunal de Béjaïa,
lequel avait mis sous mandat de dépôt le gardien pour le grief de création de
lieu de débauche et convoqué en citation directe les deux autres.
Ce phénomène de
prostitution et de création de lieux de débauche a tendance à prendre
des proportions alarmantes dans la région du littoral au même titre que les boutiques de vente de boissons à emporter,
lesquelles se métamorphosent en bars
clandestins pour certains. D’ailleurs, selon le chef de sûreté de daïra,
ses services, en collaboration avec les services de la DRAG de Béjaïa, ont
procédé à la fermeture administrative de 11 débits, dans la commune d’Aokas,
depuis le début de l’année pour des fermetures allant de un à trois mois ceci
pour mettre un terme aux dépassements
constatés çà et là.
Il semblerait que les services de police aient repris du
poil de la bête pour éradiquer tous les fléaux
qui empoisonnent la vie des citoyens.
A. Gana
03 mai 2009
Les Cheikhs et les plaisirs ou les consciences anachroniques
Les Cheikhs et les plaisirs
ou les consciences anachroniques
Le journal arabophone Al Khabbar est sans doute l’un des quotidiens les plus lus en Algérie. Connu pour son irrévérence envers le pouvoir et pour ses pages qui traitent des soucis les plus ordinaires des populations, il ne manque cependant pas de surprendre par son goût pour la juxtaposition des rubriques et des sujets les plus contradictoires. C’est dire combien ce qui est convenu d’appeler « information » constitue un objet bizarre. Où est-ce peut-être un certain « air du temps » que les journaux arabophones arborent pour donner des gages à leur lectorat de plus en plus islamiste ? Qu’on en juge par cet article publié dans l’édition du 2 mai 2009 du journal. Sur la page en face de ce texte, publié dans la rubrique Islamiyyat (Questions islamiques), se trouve la photo d’une chanteuse libanaise, Marwa, au regard langoureux et aux seins à moitié découverts (rubrique « People »). C’est dire que la nouvelle conception de la liberté d’expression au sein des élites arabes consiste en un égalitarisme dans le traitement de tout : une page pour Hitler, une page pour les juifs; une page pour la répression des plaisirs, une page pour la permissivité, une page pour le terrorisme, une page pour la paix, etc.
Voici la traduction de l’article. Les numéros entre parenthèses renvoient à mes commentaires – souvent sarcastiques – ci-dessous :
Un homme a commis l’acte immoral de la fornication et le regrette à présent. Comment peut-il se faire pardonner ?
La fornication fait partie des Grand Péchés proscrits par Dieu le Très Haut. Elle conduit à des méfaits incommensurables et à des conséquences néfastes sur ceux qui la commettent, tant physiquement que psychologiquement (1). De même qu’elle entraîne la propagation des moeurs ignobles et de la débauche, en mêlant la descendance, conduisant ainsi le pécheur à mériter la punition de Dieu, qu’Il soit loué et glorifié. Dieu a édicté l’obligation du mariage et en a consigné les conditions légales et les principes, de telle façon qu’un seul critère non rempli invalide l’ensemble du contrat. Le but de cela est de consolider l’union entre l’homme et la femme et de la relever du rang de l’ignoble et de la dépravation vers la lumière de l’Abstinence et de la Vertu. (2) Le Prophète (QPSL) a dit : « O jeunes gens, quiconque peut constituer une famille, qu’il se marie. C’est ce qu’il y a de plus efficace pour contraindre le regard et préserver la chasteté. Quant à celui qui ne peut pas, qu’il jeûne, car le jeûne diminue la tentation sexuelle » (3). Quelle est merveilleuse notre charia, il nous suffit de l’appliquer pour vivre la vie qui convient à l’homme vertueux ! Quand aux sociétés mécréantes et associationnistes, tu verras leur membres suivre leurs envies sexuelles pour les satisfaire dans le péché, l’ignoble et la dépravation, exactement comme fait l’animal dépourvu de raison et de conscience. Ils nous jalousent (4) pour le bien-être que nous procure notre mariage légal et pour notre éloignement du péché, c’est pourquoi ils émettent leurs poisons à travers leurs satellites et leurs magazines, dans le but de corrompre la jeunesse musulmane en l’écartant de sa religion et de sa foi (5). Mais ils sont loin de leur compte, car l’attachement jaloux de notre jeunesse à sa religion est immense, son amour pour le Prophète de Dieu (Que la Paix soit sur Lui) est encore plus grand (6). Même quand il lui arrive [à un musulman] de fauter et de pécher, tu le verras qui se repent et retourne vers Dieu le Très Haut. Ô toi qui nous pose cette question, nous demandons à Dieu qu’il te pardonne, Lui qui dit :
« Ceux qui n’invoquent pas d’autre dieu avec Allah et ne tuent pas la vie qu’Allah a rendue sacrée, sauf à bon droit ; qui ne commettent pas de fornication - car quiconque fait cela encourra une punition § Et le châtiment lui sera doublé, au Jour de la Résurrection, et il y demeurera éternellement couvert d’ignominie ; § Sauf celui qui se repent, croit et accomplit une bonne œuvre ; ceux-là Allah changera leurs mauvaises actions en bonnes, et Allah est Pardonneur et Miséricordieux ; § Et quiconque se repent et accomplit une bonne œuvre c’est vers Allah qu’aboutira son retour. » (Coran, Sourate 25, « Le Discernement », versets 68-71)
Il est donc de ton devoir de te repentir vraiment et sincèrement, en remplissant toutes les conditions du repentir dévoué, afin que Dieu te pardonne ton grand péché. Comme la punition pour la fornication n’est pas appliquée, (7) nous te recommandons de faire beaucoup de bonnes œuvres comme le pèlerinage, la prière dans les temps et en groupe, la lecture du Coran, l’aumône pour les proches et les pauvres, et d’autres actions vertueuses (8). Dieu accorde son pardon à celui qu’Il veut, et celui qui est pardonné et similaire à celui qui n’a jamais commis de péché. »
Que Dieu m’accorde le succès.
Le Cheikh Abou Abdesselam
Al Khabar du 02/05/2009
Note pour les lecteurs non arabophones
Ceci est le discours d’un religieux aux idées anachroniques. Il ne représente nullement "ce que pensent les musulmans", encore moins leur « mentalité ». En général, une lutte des interprétations se déroule dans l’espace public entre les tenants de ce genre d’interprétations et d’autres, plus modernistes. Le discours de ce Cheikh est destiné à une consommation interne, c’est pourquoi il se « lâche », pour dire les choses simplement.
Commentaires
(1) Oui, parmi ces grands dangers et ses conséquences néfastes,
on peut citer les suivantes : l’acte sexuel permet d’être physiquement
plus équilibré, de se concentrer sur les autres préoccupations de la vie et de
ne pas être un affamé obsédé par un désir répétitif. Psychologiquement, cela
permet d’être humain, de vivre une relation affective insondable avec son
semblable, sinon un amour qui dépasse tout ce qu’un esprit comme toi peut
comprendre ! Tu as vu, et la liste est encore longue…
(2) Je ne connais pas le but de Dieu, mais le tien m’est plus
clair : tu ne vises à rien consolider, sinon à instaurer une dictature des
mœurs qui interdit à tout un chacun d’utiliser son corps comme il le souhaite.
Et bien sûr, on te placera à la tête de cette dictature pour nous dicter notre
bonheur au moyen de la police et des haut-parleurs ! Quant à la
« lumière » de la Vertu, je vois l’océan de ravages qu’elle a produit
dans les pays qu’elle éclaire…
(3) Oui, mais avec toute la bouillabaisse que les imams ont
fait depuis des siècles, on sait plus si ce sont des gens comme toi qui disent
ça ou si c’est vraiment le Prophète. Il n’y a pas un seul hadith qui ressemble
à l’autre, c’est un fatras contradictoire ! Pourquoi tu ne nous dis pas
que le Prophète a autorisé ses soldats à faire l’amour avec les captives dans
le désert ? Parce que cela n’arrange pas ton interprétation rigoriste et
fasciste du hadith ?… Alors, si c’est valable pour les soldats, c’est
aussi valable pour nous ;-)
Quant au jeûne, quelle drôle de solution ! C’est donner
des cravates à celui qui a soif. Le jeûne est une privation qui n’arrange rien
et qui multiplie l’appétit sexuel dés qu’on se remet à manger !
(4) Mais là tu me fais rire mon vieux ! C’est de l’humour
islamiste ? Les gens vivent leur bonheur et toi, tu crois qu’ils te
jalousent ? Tu crois que le type qui couche avec sa petite amie polonaise
au centre de Londres ou dans un décors idyllique suisse, tout ce qui
l’intéresse, c’est ta tronche ? Il sait même pas que tu existes !
Mais dans quel monde vis-tu ? Il faut peut-être appeler un psychiatre pour
corriger ta vision déconnectée de la réalité…
(5) Fournir des explications simples pour les crédules, c’est
la spécialité des gens comme toi. Le pire, c’est que vous prenez de l’argent
pour ça…
(6) Décidément, on ne voit pas les mêmes choses : la
jeunesse dont tu parles, moi je vois qu’elle prend des embarcations de fortune
pour rejoindre l’Europe ! Moi je vois qu’elle fait des mains et des pieds
pour avoir un visa et rentrer en France ou en Europe…où sévit justement la
corruption que tu décris…C’est bizarre, non ?
(7) Bien sûr, tu aurais aimé lui appliquer cent coups de fouets
à ce jeune homme, pour assouvir, en même temps que la sentence imaginaire de
Dieu, une certaine soif de pouvoir…
(8) Grosso modo, cela veut dire : tu as commis un Grand
Péché, pour que Dieu te pardonne, vient avec nous ! Tu nous obéiras et tu
feras tout ce que nous faisons. C’est le chemin du parfait islamiste…
Site d'Al Khabar
Site de Marwa
___________
شخص ارتكب فاحشة الزنا وهو نادم الآن، فكيف يكفّر عن فعلته تلك؟
- الزنا من كبائر الذنوب التي حرّمها الله تعالى، لما فيها من مفاسد عظيمة وخطيرة على مرتكبيها بدنيا ونفسيا وعلى المجتمع بانتشار الرذيلة والفاحشة وباختلاط الأنساب، وباستحقاق عذاب الله سبحانه. وقد شرع الله الزواج ووضع له شروطا وأركانا متى اختل منها ركن واحد لم يصح العقد، حتى يضبط تلك العلاقة القائمة بين الرجل والمرأة ويرفعها من مراتع الرذيلة والفساد إلى نور العفة والفضيلة. وقد قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: ''يا معشر الشباب، من استطاع منكم الباءة فليتزوج، فإنه أغض للبصر وأحصن للفرج، فمن لم يستطع فعليه بالصوم فإنه له وِجاء''. فقد أرشد النبي صلى الله عليه وسلم شباب هذه الأمة إلى ما يضبط شهوتهم بالحلال لا بالحرام. فما أعظم شريعتنا الإسلامية التي إن طبقناها عشنا حياة تليق بالإنسان الفاضل، أما المجتمعات الكافرة والمشركة فترى أفرادها يتبعون شهواتهم ويشبعونها بالحرام والرذيلة والفاحشة كما يفعل الحيوان الذي لا عقل له ولا ضمير له. وهم يحسدوننا على نعمة الزواج الشرعي وابتعادنا عن الحرام، فتراهم يبثون سمومهم عن طريق الفضائيات والمجلات حتى يفسدوا شباب المسلمين ويبعدوه عن دينه وعقيدته. وهيهات أن يكون لهم ذلك، فغيرة شبابنا على دينه عظيمة وحبه لله ولرسوله صلى الله عليه وسلم أعظم، وإن أخطأ أو أذنب تراه عائدا تائبا إلى الله تعالى.
فأنت أيها السائل نسأل الله أن يغفر لك، يقول الله تعالى: ''والذين لا يدعون مع الله إلها آخر ولا يقتلون النفس التي حرّم الله إلا بالحق ولا يزنون، ومن يفعل ذلك يلق أثاما، يضاعف له العذاب يوم القيامة ويخلد فيه مهانا إلا من تاب وآمن وعمل عملا صالحا فأولئك يبدّل الله سيئاتهم حسنات وكان الله غفورا رحيما، ومن تاب وعمل صالحا فإنه يتوب إلى الله متابا'' سورة الفرقان 68/.71
فعليك بالتوبة الصادقة المستوفية لجميع شروط التوبة النصوح، حتى يغفر لك الله خطأك العظيم هذا. وحد الزنى غير مطبق، ولهذا ننصحك بالإكثار من العمل الصالح كالحج والعمرة والصلاة في وقتها مع الجماعة وقراءة القرآن والصدقة على الأهل والفقراء، وغيرها من أعمال البر، والله يتوب على من تاب، والتائب من الذنب كمن لا ذنب له.
والله ولي التوفيق
06 avril 2009
Bouteflika, Roi d'Algérie
Bouteflika,
Roi d’Algérie
Dans trois jours aura lieu en Algérie quelque chose que les
autorités appellent « les élections présidentielles ». On parle de
vote comme si le pays était réellement démocratique, comme si l'opposition et
la presse ne sont pas réduits, sinon persécutés, comme si le champ médiatique n’était
pas fermé, comme si...etc.
Face au candidat président et maître possesseur du pouvoir
se tiennent d'illustres inconnus, mobilisés pour la circonstance afin de faire
de la figuration et d'être généreusement remerciés une fois la farce terminée.
La machine de propagande est mise en branle. Portraits géants
du zaïm, drapeaux multicolores, slogans patriotards anachroniques,
discours en boucle de la chaîne unique (que les Algériens appellent "la zéro")
à la gloire du président candidat, etc. Non, ces choses là n’appartiennent pas
au seul passé (décennies Boumédiène) ou au seul voisin tunisien (Benali)…
On ne va pas rappeler ici que Bouteflika, après des années
de règne sans partage, a réhabilité politiquement le fondamentalisme religieux;
a gracié les criminels de guerre islamistes ; a fait exploser la
corruption dans les institutions de l'Etat ; a réussi à faire exporter un
nombre impressionnant d'Algériens sur des embarcations de fortune (phénomène
dit des harraga, Algériens désespérés qui tentent vaille que vaille de
fuir leur misère pour rejoindre l'Europe) ; à fermer de force le dossier
non résolu de « la tragédie nationale » (guerre civile, disparus) ;
à faire fuir définitivement « les cerveaux » ; à censurer la presse et les livres, etc.
Non, non ! On ne va pas rappeler tout cela ! On ne va pas
dire aussi que le cercle présidentiel a privatisé l’Algérie ; que le
président dispose à sa guise des ressources pétrolières ; qu’il emploie ces
dernières plutôt pour sous-développer le pays ; que, de l’autre côté, c’est
le chômage, le mal-être et la malnutrition qui donnent sa physionomie aux
populations algériennes.
On va oublier tout cela, on va aussi oublier que nous savons
pertinemment la chose suivante : le président a modifié la Constitution du
pays pour pouvoir se perpétuer au pouvoir ! Les Algériens savent que le
lendemain du 9 avril, ce sera toujours le même Bouteflika qui continuera sa
présidence, pour encore cinq ans ! Enfin, si la biologie du corps
Bouteflika ne lâche pas, car la biologie est toujours plus forte que la
démocratie !
Dés lors, je pose cette question : pourquoi ne pas
appeler les choses par leur nom, et ne pas changer de dénomination pour le chef
du pays ? Pourquoi ne pas réserver le terme de « Président » aux
chefs d’état issus d’élections démocratiques et laisser celui de « Roi »
pour les chefs d’états issus de mascarades électorales ou héritant du trône d’une
manière qui exclut la décision du peuple ?
Dans cette logique, Bouteflika serait le Roi d’Algérie et
Benali le Roi de Tunisie ! Et bien sûr, il faut corriger en conséquence le
terme d’« élections » pour parler de bal de reconduction obligatoire du
précédent Roi du pays…
Naravas
04 février 2009
Lvachir aux longues moustaches. Naissance de la chanson paillarde et subversive en Algérie
Lvachir aux longues moustaches
Naissance de la chanson paillarde et subversive en Algérie
Lvachir
Vouchlaghem (Lvachir aux longues moustaches), tel est le pseudonyme de celui dont les chansons circulent
actuellement, en toute clandestinité, parmi les Kabyles d'Algérie et de France.
Evidemment, pour les écouter, il ne faut pas les chercher dans les librairies, mais sur la toile (voici son site).
Pourquoi
un tel mystère ?
C'est
très simple : Lvachir est le premier chanteur kabyle qu'on ne peut
véritablement pas écouter, dans l'état actuel des consciences, avec sa mère ou
sa soeur. La propension de gros mots, tout crus, qu'il lâche par phrase en font
un cas à part dans la création artistique algérienne contemporaine. Mais
surtout, au niveau symbolique, Lvachir représente sans aucun doute le plus
grand attentat jamais organisé contre la morale kabyle conventionnelle. La
morale (dite islamique, conservatrice ou ancestrale) qui étouffe cette région est
sensiblement la même pour tout le Maghreb. C'est pourquoi j'ai pris le parti de
traduire en français ce poète grivois qui ne cache pas sa volonté de briser les
chaînes qui entravent le plaisir et de changer un ordre social entièrement bâti
sur la négation de la sexualité des vivants. Mieux encore, Lvachir ne lâche pas
de simples propos crus pour déplaire. Au contraire, tout en renfermant un
subtil travail musical, ses chansons, à l’instar de Sawt Ennissa
(traduite ci-dessous sous le titre La
révolution des femmes), sont souvent animées par une véritable pensée politique
subversive. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons vivement qu’il publie
son album. En attendant, savourons sa musique et écoutons ses textes ! (même
en traduit).
La révolution des femmes
(Saout ennissa)
Voici
les femmes, telles des ogresses
Qui
affluent des montagnes
Cuisses
et sein nus
Elles
ne viennent pas pour cueillir des fèves
Elles
[crient et] jurent par ce qu'elles ont enduré
Par
les quantités d'eau qu'elles ont puisées
Par
les coups qu'elles ont reçus
Qu'elles
briseront les chaînes
Celui
qui a un coeur sombre
Crains
que ce ne soit pas une partie de plaisir
Celui
qui a un coeur sombre
Crains
l’embrasement pour cette fois
« Allez
vous faire foutre avec votre honneur
Oh
vous les dominateurs arrogants
Vous
nous avez exclues de l'Assemblée [de village]
Et
vous nous avez condamnées à la procréation et aux travaux de lavage
La
membrane que nous portons entre nos jambes
Vous
en avez fait votre honneur
Si
la nuit [de noces] il arrive que son sang ne coule pas
Vous
restituez la marchandise à son propriétaire »
[Refrain]
Celui
qui a un coeur sombre
Crains
que ce ne soit pas une partie de plaisir
Celui
qui a un coeur sombre
Crains
l’embrasement pour cette fois
[Une
femme:] « Ceci est ma vie ô père
J'en
fais ce que je veux
Tel
est mon plaisir, monsieur Tout-le-monde
Celui
qui n'est pas content qu'il aille au diable
Regardez
braves gens, vous m'aviez injustement traitée, sans craindre Dieu
Aujourd'hui,
c'est fini
Je
n'accepte personne comme Maître
Laissez
moi à mon chemin, celui qui ose se mettre en travers
Moi
je cogne
Je
cogne, je sème le désordre »
Tel
est le chant de celles qui étaient accablées et réduites au silence
« Aujourd'hui
nous nous retirons dans les montagnes,
Sachez
que ce n'est pas pour nous cacher
Mais
pour rester entre femmes [et vous laisser tout seuls]
Et
si le désir du sang [de la vierge] vous prenait
Enculez-vous
entre vous ! »
[Refrain]
Celui
qui a un coeur sombre
Crains
que ce ne soit pas une partie de plaisir
Celui
qui a un coeur sombre
Crains
l’embrasement pour cette fois
[Refrain
x 3]
Ca
va s’embraser cette fois
Ce
ne sera pas une partie de plaisir
Lvachir Vouchlaghem
L'imam de mon village
(Limam tadartnegh yetsak)
On
nous a désigné un bel imam
Il
était si triste
Quand
il priait tout seul
Quelle
douce voix est la sienne
Il
marche en ondulant des hanches
Laâziz,
en Grand Enculeur
Le
suit dans la mosquée et l'entube
Notre
imam est beau comme une poupée
Notre
imam est si mignon
La
mosquée ne désemplit pas de monde
C'est
avec son cul qu'il nous a ramené dans le chemin de Dieu
Laâziz
est devenu un fidèle de la prière
Mais
nous autres, nous savions ce qui l'obsédait
Quand
le village fut au courant, personne ne resta indifférent
La
mosquée est devenue bordel
On
venait de partout, même d'Oran
Certains
vont jusqu'à mettre la main à leur bourse
Par
[soi-disant] zèle pour la foi
[refrain]
Notre
imam est beau comme une poupée
Notre
imam est si mignon
La
mosquée ne désemplit pas de monde
C'est
avec son cul qu'il nous a ramené dans le chemin de Dieu
Dont
les tolbas sont des pédés
L'imam
en est le directeur
Et
les villageois en sont comblés de joie
Mais
quand l'imam fut décédé
Heurté
par un camion
Nous
n'avions eu pour unique recours
Que
la masturbation
[refrain
x2 ]
Notre
imam est beau comme une poupée
Notre
imam est si mignon
La
mosquée ne désemplit pas de monde
C'est
avec son cul qu'il nous as ramené dans le chemin de Dieu
Lvachir Vouchlaghem
_________
Jamidlevi
Je vous raconte aujourd'hui
l'histoire de Jamidlevi
Natif d'un pays riche en pétrole
Qui n'a eu droit à rien
Sans amis, il est tout entier livré
à lui-même
Il ne reconnait même pas le
gouvernement
Et n'a jamais participé à un vote
Son affaire à lui c'est le shit et
l'huile d'olive
Sous le soleil, sous la brise ou
dans l'ombre
il rêve de cul
Afin d'expérimenter son pénis [pour
la première fois]
Ce n'est pas de sa faute
S'il a enculé tout sur son passage
Sans épargner les chèvres et les
poules
Quand il parle, il fait fuir de
honte les assistants
L'Assemblée de village l'a pénalisé
Pour avoir chié dans la fontaine [principale]
Beaucoup ont cherché à le mettre à mort
Mais il est resté introuvable
Il a enfin rencontré Lvachir
Avec qui il a trouvé la paix
Lvachir aux moustaches de poils [de
sexe]
C'est ensemble qu'ils ont écrit
cette chansonnette
Jamidlevi a entendu parler d'un imam
adorable
Il a apprêté son pénis pour aller
l'enfourcher
Mais un camion les a motellement
heurtés
Et Lvachir est de nouveau seul,
perdant le goût à la vie
Et Lvachir, de nouveau seul, déprimé...
Tout cela est la conséquence de
l'honneur et de la hourma
Un peu de pondération est utile,
mais beaucoup c'est de l'autorité perverse
C'est cet état bordélique qu'on voit
partout de nos jours
Le moindre écart langagier vaut la
guillotine à son auteur
Tout est péché à vos yeux !
Vous nous avez niqué notre vie
Vous voulez nous réduire au silence
Coupez nous donc nos pénis !
Tout est péché à vos yeux !
Vous nous avez niqué notre vie
Vous voulez nous réduire au silence
Coupez nous donc nos couilles !
[Refrein x 2)
Tout est péché à vos yeux !
Vous nous avez niqué notre vie
Vous voulez nous réduire au silence
Coupez nous donc nos pénis !
Tout est péché à vos yeux !
Vous nous avez niqué notre vie
Vous voulez nous réduire au silence
Coupez nous donc nos couilles !
Lvachir Vouchlaghem
Allahou Akbar : Dieu est grand
Tolbas : étudiants en théologie, en religion.
Jamidlevi : nom propre tiré de l'expression française "jamais de la vie !"
Hourma : honneur familial spécifique aux femmes pouvant être souillé
en cas de contact (sexuel ou non) avec des hommes étrangers
à la maisonnée.
Note
Vous comprendrez qu’il est souvent nécessaire de s’écarter
du mot à mot pour rendre compte de la profondeur du texte traduit. Mon
texte comporte encore quelques approximations, que je corrigerai au fur et à
mesure, avec l’aide de vos suggestions peut-être.
02 janvier 2009
Un Algérois parle...
Un Algérois parle
Je voudrais commencer cette nouvelle année en
donnant la parole sur ce blog à un Algérois anonyme. Quand les médias cessent
leur vacarme, il est possible parfois, l’espace d’un encart sur une page de
revue, d’entendre la voix d’un monde social insoupçonné.
L’âge moyen du mariage à Alger est passé à 33
ans. La crise du logement interdit l’intimité. La possibilité de regarder son
propre corps n’est pas donnée dans un trois pièces où vivent six personnes.
Kamel, 30 ans
« Je suis instruit, je travaille, j'ai envie de m'envoyer en l'air
avec une femme et c'est impossible. Je n'ai jamais embrassé, ni même touché une
fille. Je suis tout le temps en rut, vous comprenez ? Même les animaux ont
besoin de ça. Je vis un cauchemar. Je suis complètement détraqué. Pour
l'instant, je règle ça avec ma main... »
Les mots parlent d'eux-mêmes ;-)
(Cité par Khelladi Aïssa, Le Fis à l'assaut du pouvoir,
Ed. Marsa, Alger, 2002 (1995
pour la 1ère édition).
02 septembre 2008
Votre rôle est de défendre l’amour et non de le réprimer !
Note à l’attention des jeunes gens d’Azazga (Algérie) Votre rôle est de défendre l’amour
et non de le réprimer !
Depuis quelque temps, je me rends compte que beaucoup de visiteurs algériens de mon site viennent de la région d’Azazga, située à quelques lieues de Tizi-Ouzou. J’avais en effet publié quelques photos sur la forêt de Yakouren, dont particulièrement une (ci-contre) qui a suscité intérêt . Il s’agit d’une plaque portant l’inscription « Ce lieu est interdit aux couples » et signée des initiales « S.V.G. ». La photo portait en outre un commentaire soulignant l’intolérance de l’attitude de ceux qui ont posé cette plaque, et celle de ceux qui l’ont laissé se fondre ainsi dans le paysage, par ailleurs magnifique.
Je suis sûr que les gens d’Azazga ne s’attendaient pas à un tel commentaire critique. Leur souci principal est sûrement celui de présenter une « bonne image » de leur région au monde. Mais, voyez-vous, je ne suis pas une agence de tourisme ou de publicité, mais un blogueur qui essaye de poser un regard critique sur sa société, sa culture et les valeurs indiscutées qui les sous-tendent.
Alors, si vous le voulez bien cher(e)s compatriotes, on peut reprendre le débat de telle façon à ce que je ne serai pas le seul à intervenir, car vous aussi vous pourrez laisser vos commentaires ici, dans le respect de l’éthique du débat [1], cela va de soi.
Les couples dont parlent ces plaques sont le plus souvent des amoureux qui fuient les regards réprobateurs de la société du centre-ville d’Azazga. Ils viennent se cacher dans une forêt, sous les buissons, pour pouvoir disposer d’un moment d’intimité. Il faut que le monde sache que les femmes sont interdites de rentrer dans les cafés en Algérie, et à Azazga en particulier. Certaines « pizzerias » acceptent de recevoir des couples, mais il est recommandé de bien se tenir pour ne pas s’attirer les remarques du serveur. J’ai moi-même vu dans des pizzerias à Tizi-Ouzou des écriteaux de la même nature, du genre : « nous respectons les gens qui se respectent ». Cela veut dire que si, dans la pénombre, votre main glisse vers celle de votre amie ou que vous vous aventurez à vous embrasser furtivement sur la bouche, le barman se sent en droit de vous mettre dehors, voire de vous agresser. Bien sûr, vous l’avez compris, la mixité dans la société kabyle est une illusion. A fortiori dans une petite bourgade comme Azazga où chacun surveille l’autre.
Dans ce petit monde d’interconnaissance où les familles sont jalouses de ce qu’elles croient être leur honneur, la première fille qui se fait croiser par son frère ou son père en ville en compagnie d’un homme étranger au cercle familial se fait réprimander…ou massacrer. Des comptes lui sont demandés et dans bien des cas elle sera enfermée ou battue si elle se trouve dans l’incapacité de justifier son comportement. Pas question de mettre l’honneur de la famille en péril !
Par exemple, il est impensable de voir des couples se prendre dans les bras au moment de se quitter, dans la gare routière, fussent-ils légalement mariés. Etre avec une femme, c’est être constamment épié. Les filles savent très bien quels risques elles encourent en fréquentant un garçon. Oui, être fille est « un métier à risques ». A commencer par l’éducation qu’on donne aux adolescentes, qui se résume en une série de menaces répétées. Aussi, quand quelques unes décident de braver les interdits, leur attitude relève du courage.
Un chantage permanent est exercé sur la réputation des jeunes filles : les mauvaises langues les cataloguent comme étant des « putes » dés qu’elles sont surprises dans un coin retiré avec un homme. Avec le phénomène des cybercafés, la pression s’est légèrement relâchée car certains laissent des couples s’embrasser à l’abri des regards.
Bien sûr, je parle des filles qui arrivent à trouver un prétexte pour sortir, sous couvert d’études ou d’emploi. Beaucoup travaillent pour des salaires modiques, pourvu qu’on leur donne l’occasion de sortir. Quant à la majorité, ce sont les « damnées de la terre », elles sont enfermées dans les cuisines et subissent des formes d’exploitation familiales proches de l’esclavage, surtout quand elles sont considérées comme « moches » et n’arrivent pas à trouver un mari. Par exemple, une fille illettrée qui a six frères est chargée de cuisiner pour eux, de laver leur vêtements et de les servir quand ils rentrent à la maison. Ces derniers n’ont qu’à salir des jeans et à les mettre de côté, les sœurs servent de machines à laver tant que celles-ci restent hors de prix pour les familles nombreuses.
Bien sûr, en principe et en pratique, pas de sexe avant le mariage ! La virginité, c’est l’obsession de tout Kabyle qui se respecte. Les « putes » dont parlent les gens d’Azazga (et des autres régions de Kabylie) ne sont pas des prostituées ou des filles engagées dans le travail du sexe. Ce sont de simples étudiantes, lycéennes, femmes employées dans quelque poste en ville, ayant décidé de fréquenter un homme. Mais le plus étonnant, c’est que ces soi-disant « putes » sont vierges !!!
Après ce détour, revenons à ces plaques. Je ne sais pas qui sont les gens qui les ont écrites ni à quoi correspond le sigle « S.V.G. », qui sonne comme "vigilance". Peut-être que, naïvement, ils pensaient bien faire, en signalant de surcroit que l’endroit est dangereux pour les couples. En revanche, la finalité est claire, il s’agit de chasser les couples retranchés dans ce lieu isolé, loin de la ville. Bien sur, avant de les chasser, il faut les diaboliser. Comme me l’a écrit un citoyen d’Azazga, ce sont «des dévergondés » qui viennent « baiser leurs prostituées au bord de la route ». Mais l’intolérance kabyle envers l’amour atteint ses pics quand des « bandes » de jeunes abrutis, improvisés en gardiens de la morale, viennent agresser sauvagement les couples en question. Bien sûr, ce ne sont pas ces abrutis qui ont posé les plaques : eux, ils n’avertissent pas, ils agissent. Certains couples ont été hospitalisés suite à des attaques de ce type et leurs voitures ont été démolies. Dans certains cas limites, les filles sont arrachées à leur compagnon et violées. Selon des témoignages que j’ai recueillis, un homme à Aït Arhouna, près d'Azeffoun, a été sauvagement assassiné, alors qu’il protégeait la fuite de sa campagne contre leurs agresseurs. Tout cela, parce que la morale des villages approuve ce genre d’actes barbares. Les jeunes considéraient sans doute que les couples méritaient d’être tués parce qu’ils faisaient de la "pornographie". C'est ainsi qu'ils justifient un assassinat, qui n’a même pas été convenablement puni par la justice. Cet intégrisme là qui porte des gens simples vers le meurtre et la violence n'est pas différent de l'intégrisme religieux islamiste.
En écrivant cela, je n’accuse bien sur pas les gens d’Azazga, surtout que ces choses se produisent partout en Kabylie, et partout au Maghreb. Je ne fais que replacer un phénomène dans l’ensemble des actes qui lui donnent sens. Au contraire, je voudrais vous inciter Gens d’Azazga à réfléchir de façon critique sur votre propre société. C’est très simple de critiquer le « pouvoir » et les « autorités ». Mais là, il s’agit de vous seuls et de vos familles, le pouvoir est étranger à cette histoire. Alors, critiquez-vous avec les mêmes principes que vous utilisez contre le gouvernement. La morale sexuelle de vos villages constitue l’une des causes de votre malheur. Si vous enfermez vos sœurs à la maison, vous ne pourrez pas rencontrer les sœurs de vos voisins en ville, car eux aussi ont fait comme vous. On ne peut pas se réclamer de la démocratie et de la liberté et approuver l’idée qu’une fille qui fait l’amour et perd sa virginité doit être punie de mort. On ne peut pas adhérer au FFS ou au RCD et rester aussi archaïque sur le terrain de la morale sexuelle et de la liberté des rapports entre les hommes et les femmes.
Un couple qui se becquette derrière un arbre, c'est beau, ça n'a rien d'obscène. Pourquoi identifier cela à de la pornographie ? Pourquoi accabler la fille de votre mépris ou saccager sa réputation ? Ici, en France, quand on voit un couple comme ça, on est content, on est heureux pour eux, pour leur bonheur. On ne leur tire en tous les cas pas dessus avec un fusil en criant au péché...
Je voudrais vous dire que votre rôle est celui de défendre l’amour et non celui de le réprimer. Votre rôle, jeunes hommes, est d’aider vos sœurs à s’émanciper et non pas d’aider la Tradition à leur voler leur liberté. Si beaucoup d’entre vous ne trouvent pas de filles à fréquenter, c’est perce que vos familles les ont empêchées de sortir et de circuler. Poser des plaques moralisatrices et soutenir la répression des plaisirs ne sert à rien d’autre qu’à accentuer votre marasme. J'ai montré cette pancarte à des gens très cultivés ici : ils étaient atterrés, dégoûtés, parce qu'ils croyaient que la Kabylie était plus « ouverte », plus « démocratique ».
C’est à vous d’imposer la mixité, de faire reculer l’idéologie des « familles », de périmer les idéaux des vieux clans sauvages, car personne ne le fera à votre place. C’est à vous de libérer l'amour, pour que cessent les agressions sur des gens innocents dont le seul tort est de prendre du plaisir.
[1] Je me réserverai bien entendu comme tout blogueur le droit de supprimer tout commentaire insultant.
13 avril 2008
Débat sur la pédophilie maghrébine : ce que nous refusons de voir
Débat sur la pédophilie maghrébine
Ce que nous refusons de voir
Ce texte, écrit de manière emportée lors d’une polémique avec une adhérente à une association contre le tourisme sexuel, reflète à mon avis les cécités qu’on peut promouvoir sur la pédophilie maghrébine, du simple fait qu’on soit un maghrébin « culturellement bien formé » (pour paraphraser Chomsky). C'est que le phénomène n'est pas aussi universel qu’on le pense ; il se décline au contraire en fonction de la société spécifique qui le produit.
L’association en question s’appelle SOS Morocco. Elle est constituée par « un groupe de Marocains, en majorité résidant en Amérique du Nord ». Leur mission consiste à « sensibiliser contre le tourisme sexuel de nos enfants, à mettre de l’avant les droits des enfants marocains à avoir une vie de dignité et de respect et à aspirer à un avenir meilleur. » Voici donc pourquoi j'ai refusé de signer leur pétition et en quoi consistent mes points de désaccord avec leur vision, par ailleurs bien intentionnée.
Je ne signerai pas, par énervement, par protestation contre ce déluge de bonne foi, de politiquement correct et de naïveté sociologique. Mais je rêve…
Comme si nos enfants étaient menacés par les étrangers qui viennent faire du tourisme chez nous. Non madame, la menace ne vient pas de l’ennemi extérieur, nos enfants sont menacés par nous, par les plus proches parents qui tournent autour d’eux, par leurs profs et leurs éducateurs !!! Et vous savez pourquoi ? Parce que nos hommes et nos femmes sont affamés sexuellement, parce que notre culture a plombé nos sexes, parce que l’Etat, la Famille et la Religion ont décrété le plaisir illégal et péché.
Nous n’avons pas de vrais pédophiles comme en Europe et en Amérique du Nord. Nos pédophiles sont des gens normaux qui se rabattent sur les enfants parce que toutes les portes du plaisir leur sont fermées. C’est faute de femmes pour les hommes et faute d’hommes pour les femmes que les uns et les autres se déportent vers des sexualités clandestines et déviantes ! C’est la terrible et extraordinaire famine sexuelle qui pousse les gens à se taper des enfants, faute de mieux. La collectivité elle-même ferme les yeux devant les abus d’enfants car elle (re)connaît plus ou moins consciemment sa responsabilité dans le phénomène : c’est elle, par les conditions dramatiques qu’elle a créées, qui condamne des millions d’adultes à vivre sans le sexe opposé.
C’est les vacances, faites un tour au Maroc et discutez avec les femmes. Vous tâterez leur détresse, leur misère physique et affective, le poids de la morale sociale conventionnelle qui pèse sur leur corps et ses possibilités de plaisir. La masturbation est un sport national, Madame ! Le Maghreb est le pays des regards affamés, hagards, pathologiques, farouches, parce que privés de tout ce que le plaisir sexuel a d’humain. Consultez les statistiques de Google et vous verrez ce que tapent comme requêtes nos frères et nos soeurs du Maghreb.
C’est une situation digne d’une aide humanitaire ! Il faut appeler l’ONU ! Croyez-vous que les Maghrébins cherchent l’émigration pour les seules raisons économiques ? Croyez-vous que le rush dans les cybercafés est dû à la consultation d’informations scientifiques ? Pensez-vous que l’importance de la parabole est dûe au sport et aux films d’aventures ?
Madame, votre association est fondée sur une erreur sociologique !
C’est pourquoi je n’y adhérerai jamais !
Le problème de la pédophilie est national, il vient des conditions dramatiques suscitées par notre culture autour du plaisir. Il vient de l’honneur octroyé à la virginité des femmes et de la gestion collective des organes et des activités sexuels.
Les étrangers sont statistiquement innocents !
Excusez moi mon emportement !
PS/
Crééz une association qui clamerait le droit de tout un chacun au plaisir et j’y adhérerai. Car un Marocain adulte qui a devant lui des possibilités d’affection, d’amour et de plaisir ne se rabattrait jamais sur un enfant !!!
C’est moi qui vous le dit !
Idem pour les femmes, dont on tait la pédophilie.
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Eclaircissements
Je suis désolé pour mon commentaire « passionnel » (comme vous dites) qui pourrait, je le comprends bien, être pris pour une attaque. Chacun son combat et je ne suis pas là pour discréditer le vôtre. En revanche, au-delà de mon emportement, je voulais souligner certains points qui, eux, me paraissent objectifs.
1) D’abord, il est très facile de dénoncer, de condamner les comportements que l’on combat. Je connais très peu de gens qui excusent la pédophilie ou le meurtre, tous les rejettent avec la dernière énergie. Mais cette attitude « normative » n’est pas suffisante sur le terrain. Il faudrait comprendre et décrire les mécanismes qui engendrent le fléau contre lequel on se dépense si l’on veut être un peu efficace dans la recherche des solutions. Cette autre attitude « descriptive » et « explicative », je crois l’avoir adoptée en situant la pédophilie dans le système qui la génère et sans doute la génèrera en permanence, malgré les indignations…
2) Supposer par exemple que seuls les hommes sont « pédophiles » est une erreur du sens commun. Tout comme supposer que seuls les hommes sont affamés sexuellement et que la prostitution est une solution au problème…
3) Ensuite, créer une association contre le « tourisme sexuel », c’est supposer que la menace d’abus sur les enfants vient principalement du tourisme, c’est-à-dire des étrangers. Et c’est cela le « politiquement correct » : il est bien vu au Maghreb de supposer que nos maux nous viennent de l’extérieur, de l’étranger, de l’ancien Colonisateur, et j’en passe. C’est le fantasme de la « main étrangère » qui permet surtout de nous éviter des remises en cause salutaires.
4) Or, j’ai trois reproches à faire à ce postulat :
a) c’est d’abord une contrevérité « qualitative ». Ceux qui connaissent le dossier de la pédophilie savent que la menace vient de là où les parents ne l’attendent pas : des gens au-dessus de tout soupçon, des proches, des cousins et cousines, des éducateurs, des enseignants, des animateurs de clubs de vacances, de tous ceux auxquels on confie sans arrières pensées nos bambins. C’est le cercle immédiat autour de l’enfant qui est le milieu naturel des pédophiles, pas celui des lointains étrangers.
b) C’est ensuite une contrevérité statistique. Ce n’est pas parce que France 3 a consacré une “Une” à ce sujet qu’il est le plus important, le plus lourd statistiquement, le plus urgent et le plus scandaleux. Un militant doit se méfier des médias. Or, vous le savez autant que moi, vous n’avez aucune statistique ! Mettons les chiffres les plus alarmants : 5 % (ce qui est énorme !) des 5 millions de touristes qui se rendent chaque années au Maroc pendant 1 mois en moyenne sont « pédophiles » et réussissent à trouver des proies. Mais que devrons-nous penser de la menace que font peser sur les enfants les 60 % de Marocain(e)s affamés sexuellement, vivant dans l’entourage immédiat, pendant onze mois (si l’on excepte le mois sacré du Ramadhan) ? Bref, je pense que la “pédophilie étrangère” n’est si importante que parce qu’elle occupe tout l’espace dans les médias. La pédophilie nationale, elle, n’est pas “vendable” pour les télés étrangères, elle est impensables pour les télés nationales, elle est ambiante et banale pour le commun des Maghrébins qui sont naturellement portés à la sousestimer, à l’excuser et à la tolérer, de par la nature même de leur système culturel. J’ai eu l’occasion d’entendre in situ des discours justificateurs du genre : “nous avons tous subi la même chose quand on était petit et nous ne sommes pourtant pas moins normaux que les autres”. Le système général pousse à la pédophilie et crée ensuite des mythes pour l’excuser…
c) Enfin, je ne vois pas pourquoi on devrait séparer dans la lutte contre la pédophilie entre une « pédophilie nationale », dont on ne se préoccupe pas, et une « pédophilie étrangère », qui serait plus scandaleuse et à laquelle il faut consacrer une association et un travail exclusif. Quand on est militant humaniste, Madame, on condamne toutes les pédophilies d’où qu’elles viennent. On n’a pas à pointer un doigt accusateur envers le « tourisme » et faire le silence sur « nos » crimes, parce qu’ils sont faits par les « nôtres », par des « musulmans » comme nous.
5) Le fait est que, dés qu’on commence à poser le problème de la pédophilie dans toute sa dimension, dans tout son poids statistique, on se trouve face à face avec l’immense et épineuse question de la famine sexuelle. Dans les autres sociétés, l’abus sexuel est un phénomène marginal. Pas au Maghreb, où il est massif, destructeur et structurel. Il est structurel parce qu’il est prévu par l’économie générale du plaisir, marquée par l’inhibition et le tabou, mais aussi par l’enfermement des femmes, l’obsession collective de la virginité et le meurtre d’honneur. Expliquer le phénomène n’est pas l’excuser (comme vous me le reprochez) mais c’est être plus armé pour le combattre. Savoir qu’au Maghreb on assassine un homme et une femme qui prennent du plaisir, mais que l’on tolère les adultes qui abusent des enfants est un premier pas ! A méditer…
Je vous souhaite un bon courage !
Naravas
PS 1 sur la prostitution :
Depuis quand, Madame, une poignée de prostituées sont-elles qualifiées pour régler les problèmes affectifs, amoureux, sexuels, de toute une société ? Depuis quand les prostituées sont-elles des distributeurs de bonheur ? Vous parlez de prostituées, mais vous n’ignorez pas que les femmes n’ont pas de « maisons closes » où elles pourraient s’épancher : quelle est donc cette justice qui vous permet d’exclure ces dernières du droit au bonheur physique ou affectif ? Quelle est cette société qui paye pour accéder au bonheur de vivre dans la mixité ? Les Maghrébins, comme tous les peuples émancipés, ont le droit au don gratuit du cœur et du corps.
PS 2 sur la prostitution :
Je voudrais souligner l’inconscience qu’il y a pour une femme de renvoyer les hommes aux prostituées, avec la croyance de se débarrasser ainsi d’un problème. N’importe quelle vraie femme devrait chercher à comprendre ce trafic d’êtres humains de sexe féminin, assortis de rapts, de crimes et de viols, qu’on appelle prostitution. Parce que derrière l’avilissement marchand d’une fille de 20 ans, c’est l’avilissement de toutes les femmes qu’on doit considérer. Derrière le viol d’une Ukrainienne qu’on terrorise par la violence sauvage, ce n’est pas la solution d’un problème social qui est cherchée, c’est l’argent, à travers les atteintes aux droits de l’homme. Cette Géorgienne qui travaille à Istanbul pour le grand bonheur des commissaires de police corrompus, des maris infidèles de la bourgeoise turque ou du touristes en manque, cette femme a une famille, qu’elle n’ose plus regarder, elle a un père, laissé inconsolable, et une mère qui vit avec la douleur d’une fille sans nouvelles. Alors, mesdames, avant de nous conseiller d’aller voir les prostituées, réfléchissez à ce que vous dites, soyez humaines, à défaut d’être solidaires !
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