angles de vue...

Point de vue africain sur des questions de la culture et de l'actualité. Petit journal des idées de l'auteur. Les rêves et l'imagination d'un homme qui a vu sourire les étoiles et qui s'est promis de sentir le parfum de toutes les matinées embaumées.

08 décembre 2006

Sexualité masculine

Bonsoir,

J'aimerais partager avec vous quelques idées sur la sexualité masculine. Evidemment, cela intéresse les deux sexes. Je pense que les idées que nous autres hommes avons de notre sexualité, celles qui nous font marcher sans le savoir, les principes qui guident notre action en ce domaine, ne sont pas personnels, privés. Ils nous proviennent de la culture ambiante. Par exemple, de ces idéologies de la libération sexuelle qui cachent, au fond, de vrais totalitarismes et de graves entraves à l'épanouissement sexuel. Je n'aurais pas le temps de tout développer, mais, après la lecture de quelques posts ici même, je vais essayer de présenter la façon dont je vois ces choses.

Pour moi, se libérer sexuellement, pour un homme, c'est se libérer de la conception virile des rapports humains; c'est cesser de faire de l'érection un culte et un signe de puissance; c'est cesser de voir en l'orgasme la seule finalité du rapport sexuel; c'est détacher sa valeur d'homme de la turgescence de son sexe; c'est admettre naturellement la possibilité d'une sexualité sans érection; c'est dépasser la peur de la castration et de l'impuissance; c'est arrêter de voir en ce malheureux membre le seul endroit de toute sexualité possible; c'est casser le monopole à la fois physique, psychologique et symbolique, du "pénis" ou, mieux, du phallus; c'est étendre la fonction sexuelle à l'ensemble du corps masculin et... féminin; etc.
Pour moi, On ne prouve rien en sexualité, on partage ! On trouve des "terrains d'entente physiques" ! Et, curieusement, ces terrains sont aussi psychologiques...

En sexualité, on cherche. Un homme formaté à la culture virile, lui, ne cherche pas car il croit avoir trouvé a priori. Il sait, par définition, "ce qu'elles aiment". Au plus fort de son ignorance pour son partenaire, il sort la recette unique que lui a inculqué la culture virile, parfois la pornographie. Sa croyance en ses recettes est telle qu'il ne se rend même pas compte qu'il agit selon une méthode apprise. Pour lui, il suit simplement la nature de ses penchants. En réalité, il applique à son insu des codes virils ou pornographiques...

La sexualité est un partage de certaines choses, pas une preuve que l'on s'administre à soi, à savoir qu'on est un "vrai homme",
capable de "faire crier", de "faire jouir" une femme.

La sexualité est un partage, cela veut dire qu'on ne peut pas demander à l'autre de TOUT nous donner de son intimité et de son érotisme. On partage juste la part qu'il nous offre avec plaisir, en attendant de nouveaux autres partages. Il ne s'agit donc d'une fusion de deux érotismes en un seul mais simplement d'espaces érotiques partagés dans l'entente, le jeu et la communication.

Notre mission n'est à mon sens pas de répondre complètement et entièrement à tous les besoins érotiques de notre partenaire. On ne pourrait par exemple pas se montrer possessif au point d'empêcher notre partenaire de garder une partie de ses désirs pour lui.

Ce n'est qu'avec l'instauration de la confiance que notre partenaire et nous même songeons à élargir les "zones d'entente physiques", à conquérir de nouveaux "terrains d'entente érotique". Ce n'est pas en exigeant de lui de participer à des expériences auxquelles il ne comprend rien, dont il ne perçoit pas la raison (sodomie ou autre), que nous pouvons l'amener sur le terrain de nos désirs (ce qui est d'ailleurs assez égoïste). C'est probablement en essayant de communiquer physiquement avec lui, en lui faisant toucher du doigt la raison érotique d'une telle expérience, en montrant la possibilité d'une communication physique sur ce terrain que l'on pourrait y parvenir...

Dans cette quête d'une culture du désir sexuel, je pense que les standards de la pornographie sont les pires obstacles que l'on puisse rencontrer. D'abord, ils s'imposent par leur totalitarisme au moment où on nous fait croire, par une espèce d'obligation à être "cool", que le rapport sexuel est une joute guerrière où nous avons le rôle de héros dominateurs, devant nécessairement terrasser leurs adversaires féminins. Tout manquement à cette discipline militaire, impuissance, manque d'envie, surmenage, étant interprété comme un signe irrémédiable d'inaptitude physique. Et comme tout pseudo-patriotisme, cette culture est plus de l'ordre de la vantardise, les hommes qu'elle forme étant habitués à "raconter leurs exploits" érotico-fictifs avec force détails, réservant pour la fin le moment où ils renversent après de méritoires efforts cet adversaire somme toute sérieux qu'est le partenaire féminin. Bon, je caricature un peu, mais il faut bien dire
1) que c'est ce genre de culture virile qui est proposé de nos jours par l'industrie culturelle pornographique ou pornographisée;
2) que la quasi-totalité des problèmes que rencontre la sexualité masculine viennent de ce modèle dominant qui est pourtant inopérant.

Pour nous rassurer, on aime bien dire que notre sexualité, c'est "naturel" ! Cela suppose qu'elle a la force de la nature, qu'elle va de soi, que c'est plus fort que toutes les interdictions culturelles. En vérité, tout cela c'est du verbiage. certains ajoutent même que notre sexualité est radicalement différente de celle des femmes, axée sur la tendresse, les sentiments, au moment où chez nous c'est le côté physique qui dominerait...
Tout cela n'est il pas, en réalité, une culture de la sexualité qui met la "nature" en avant pour nous prémunir contre les peurs mêmes que cette culture crée et alimente: l'impuissance, la castration ???

Quand je parle de culture virile, je ne parle évidemment pas de ce type de langage physique particulier qui consiste à trouver des terrains "sadiques", "piquants" (chacun les nomme comme il veut). Mais alors, l'homme n'est pas obligé de faire le héros dominateur, le "piquant" étant lui-même quelque chose de partagé, pouvant venir des initiatives des deux partenaires...

Le "virilisme" est sans doute un fondement et un problème de la culture sexuelle masculine. Il nous éloigne dans tous les cas de la "nature", quand il ne corrompt pas tout simplement nos désirs...

Bien à vous ;-)

Naravas

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