angles de vue...

Point de vue "africain" sur des questions de la culture et de l'actualité. Petit journal des idées de l'auteur. Les rêves et l'imagination d'un homme qui a vu sourire les étoiles et qui s'est promis de sentir le parfum de toutes les matinées embaumées.

26 janvier 2010

Abdelkader le Magnifique (1808-1883)

Abdelkader le Magnifique

 
Ghris, Sud de Mascara, 1832

L_emir_Abdelkader_4 
               C’était l’année des sauterelles. Les habitants allumaient de grands feux pour disperser par la fumée les insectes jaunes qui avaient apporté avec eux la mort et la dévastation. Pendant des semaines, des tourbillons de fumée obscurcissaient le paysage et l’atmosphère était troublée par les inhalations noires qui s’en dégageaient. Pourtant, cette nuit là ne ressemblait pas aux autres. Aux abords de oued Hammam, le ciel consentit à arracher la terre et ses hommes à une canicule qui a trop longtemps duré. Des pluies torrentielles lavèrent la plaine aride, faisant déborder les eaux de leurs cours naturels. A l’aube, profitant de l’accalmie observée par les flots, les campagnes de Ghris et de ses environs commencèrent à déverser leur marée humaine vers la seule mosquée de la région, où le vieux cheikh Mahieddine avait convoqué une large assemblée des tribus de l’Ouest. C’était pour leur annoncer sa renonciation au commandement du jihad contre l’ennemi colonial français. Abasourdis, les chefs de tribus ne comprenaient guère la décision du vieillard.

« - je connais le poids de la responsabilité et le prix de la confiance. Nous avons mené un combat loyal pour cette terre (…) La lutte va exiger de nouveau du sang et je ne suis plus capable de l’endiguer. L’âge me trahit. Cependant, je place devant vous le fils de Zohra, Abdelkader, et, si vous le voulez, je lui confie le commandement de l’Ouest » (p. 82)

Les yeux se tournèrent vers le timide jeune homme de 25 ans assis en face de lui, dont les yeux brillaient de foi et d’intelligence et dont l’esprit était imprégné par de mystérieux commentaires du Coran. Il avait montré une pugnacité remarquable au combat lors des dernières batailles. Proclamé Commandeur des Croyants, le jeune Abdelkader sentit déjà le poids de la responsabilité peser sur ses épaules.

Abdelkader« Au nom de Dieu le Clément et le Miséricordieux. Que sa bénédiction soit sur notre Maître Mohammed, le sceau des Prophètes. 

Aux cheikhs, aux Ulémas, et à vous, hommes des tribus, en particulier les cavaliers armés du sabre, aux notables, aux commerçants, aux hommes du savoir : le salut soit sur vous, qu’Allah vous réconcilie, qu’Il guide vos pas, qu’Il vous assure le succès et qu’Il conduise à bonnes fins toutes vos entreprises !

Les populations de Mascara et de Ghris, à l’est et à l’ouest, leurs voisins et alliés, le Béni Chougrane, Abbas, Bordjia, et Yaacoubia, Les Béni Ameur, les Béni Mouhajer et autres dont les noms n’ont pas été écartés, se sont mis d’accord pour me reconnaître comme leur émir ; ils ont promis de m’écouter et de m’obéir pour le meilleur et pour le pire, de vouer leur personne, leurs enfants et leurs biens à l’exaltation de la parole de Dieu. J’ai accepté leur allégeance et leur obéissance comme j’ai accepté cette charge sans l’avoir désirée, avec l’espoir qu’elle permettra aux musulmans de s’entendre, d’effacer les discordes et les querelles, d’assurer la sécurité des routes (…) et de protéger le pays de l’étranger qui a envahi nos terres et projette de nous asservir. (…)

Je vous invite donc de vous joindre à nous. Faites allégeance et manifestez votre obéissance. Que Dieu vous unisse et vous guide dans cette vie et dans l’autre. (...)

Rédigé sur ordre du défenseur de la religion, sultan et émir des croyants, Abdelkader fils de Mahiéddine, que Dieu assure sa puissance et lui livre la victoire, amîn !

En date du 3 rajeb 1248 correspondant au 27 novembre 1832. » (Cité pp. 83-84)

La_prise_de_Constantine_1837_par_Horace_VernetL’émir n’a pas empêché la machine de guerre coloniale d’envahir les terres de ses ancêtres. D’autres se sont chargés, plus d’un siècle après son avènement, de mettre dans ses rouages les grains de sable qui la feront s’effondrer. Mais on admire cette constance du combattant devant un adversaire surpuissant. Quinze années durant, le sultan n’a pas cessé de sillonner le pays en catalysant ses énergies contre l’ennemi colonial. Ses combats et ses initiatives ont dessiné les moindres recoins de l’Algérie. Il combattu en Kabylie, dressé des ateliers et des usines à Méliana, établi une capitale à Takdemt, pris contact avec les Italiens et les Anglais pour développer une industrie de poudre et de canons, imposé l’état et l’impôt contre les féodalités et les marabouts mystificateurs, etc.

Tout cela, Waciny Laredj le restitue avec brio. Les péripéties de son récit nous transportent dans le Maghreb précolonial, au cœur d’une société éprise de chevalerie et de superstition qui a vu son espace traversé par une légende vivante. Celle d’un homme à la barbe fournie, aux traits fins, amenuisés par la méditation et la guerre contre un envahisseur surarmé et arrogant.
 
Pourtant, le livre publié en arabe aux éditions El Fadha’ al Hour, première biographie romancée de l’émir Abdelkader, premier grand roman historique de la littérature algérienne d’expression arabe, est passé presque inaperçu en Algérie. Il a fallu le talent de Marcel Bois, son traducteur français, pour que Le livre de l’émir soit reconnu à sa juste valeur.
 
Un grand récit réaliste

                  Waciny_Laredj___Le_livre_de_l_emirEntre Mascara et Tanger, depuis la tribu des Gharraba jusqu’au territoire marocain des Béni Iznassen, des cavaliers hauts en couleur se déplacent avec femmes, enfants et chameaux. La charge qui écrase les bêtes, la difficulté du chemin, l’imprévisibilité de l’ennemi et les caprices du climat alourdissaient l’avancée des combattants. Surgissant d’un paysage semi-désertique, se faufilant entre les ravins et les contreforts, ayant parfois pour seule nourriture des racines de plantes bouillies dans l’eau, les chevaliers de l’émir comptaient sur la hauteur du relief, la rapidité de leurs montures et leur connaissance des lieux.
Des scènes d’un incomparable réalisme truffent le récit de Laredj. C'est une ville, la smala, transportée à dos de bêtes et organisée selon un schémas de cercles concentriques soufi, invention de l'esprit mystique de son chef dont la tente occupe le centre. C'est un résistant qui transporte avec lui une population, un matériel de guerre, de la nourriture pour les chevaux et les hommes, mais aussi  tout un matériel spirituel constitué de près de 500 livres. C’est Si Qadour Ben ‘Allal, l’un des plus vaillants lieutenants de l’émir, pris dans le piège que lui tendit le général Lamorcière, qui trouve en lui l’énergie du désespoir pour forcer la barrière de feu de l’envahisseur, emportant dans sa mort un haut gradé de l’armée d’occupation. C’est « l’enfumade » des habitants du Dahra par le général criminel Le Pellissier, qui mit le feu à l’entrée d’une grotte où la peur a rassemblé quelque 2000 habitants. C’est l’histoire de l’incroyable trahison de Moulay Abderrahmane (sultan du Maroc) et de son fils El ‘Agoun (l’Idiot), qui commandita une tentative d’assassinat de l’émir. C’est l’émir Abdelkader, cerné par 50 000 soldats marocains, et confronté à une impressionnante armée française, qui arrive à vaincre la première avec ses 1000 cavaliers et à passer entre les doigts de la seconde. Expérience unique dans l'Histoire, au double point de vue militaire et spirituel...
 
Mais ce n’est pas tout. Cet intrépide guerrier est un homme de paix et de quiétude spirituelle. Le peu de temps que lui laissaient les nécessités de la stratégie et de la survie et le bruit des armes, il le consacrait à la philosophie et à la théologie. On le voit lire la Moqadima entre deux batailles et se poser des questions sur le destin d’Abou Hayane Attawhidî.

Al_Muqaddima___Ibn_Khaldun« Quand l’émir se dirigea vers la bibliothèque de son père, l’humidité montant de l’oued Hammam tout proche avait envahi les lieux, et le vent du désert qui dessèche les lèvres et la langue avait enfin cessé. Le soleil descendait peu à peu sur la pleine de Ghris (…). Abdelkader étendait la main vers la Muqaddima d’Ibn Khadoun. Sur les pages de l’ouvrage, il avait inscrit de nombreuses observations. Le livre lui avait été apporté du Maroc par un bouquiniste inconnu, qu’il avait vu entrer dans sa tente à l’heure de la sieste ; l’homme l’avait déposé sur ses genoux en lui répétant : « Lis-le, tu me remercieras, ou bien maudis-moi, si tu n’y trouves pas de quoi te désaltérer. » Puis il était parti, sans même demander son dû. » (p. 69) 


De Toulon à Amboise

 Emir_Abdelkader_2Après avoir pris la mesure de la situation historique où il se trouvait (lassitude des tribus, surpuissance de l’adversaire, trahison du sultan marocain, etc.), l’émir s’est rendu à Lamoricière et a décrété son rôle terminé en Algérie. Après son emprisonnement à Toulon, il fut transféré au château d’Amboise. C’est alors que s’est déchaînée contre lui une propagande coloniale qui le présentait comme un guerrier inique et féroce, appelant à la condamnation du barbare fanatique. En peu de temps, grâce à sa possibilité de recevoir des invités et de « tenir salon », il est arrivé à retourner l’opinion. Certains témoignages montrent des hommes passer de la détestation profonde à l’admiration sans limites. Des patrons de presse se mettaient en pleurs devant l’aura incroyable que dégageait le saint homme. Tous ceux qui l’ont approché en sortent bouleversés. Il est dans une posture intellectuelle inconnue de notre civilisation, disait en substance l’un des témoins.

 
Abdelkader le Saint, Abdelkader l’insaisissable 

statue_d_Abdelkader_a_Alger          Après l’indépendance de l’Algérie, le pouvoir, confronté à la tâche d’édifier un état, a mobilisé les symboles historiques. La figure de l’émir, résistant par excellence à la pénétration française, a naturellement été sollicitée. (1) Son tombeau est rapatrié de Damas, bien que l’émir avait émis le désir de reposer auprès de son Maître Ibn ‘Arabi, qu’il a contribué à faire connaître.
Pourtant, la personnalité complexe de l’émir s’est avérée rétive à toute récupération politique ou symbolique. Voici quelques facettes de cette tentative de récupération loupée :
 
L’émir Abdelkader, un « arabo-musulman » ? Pas selon la définition idéologique qu’en donne le système algérien. Bien qu’originaire de l’Ouest algérien, le saint homme destiné à présider aux destinées locales de la Qadiriyya se réclamait de la tribu berbère des Béni Ifrène. Certains témoignages affirment que ses yeux étaient bleus, « défaut » que la peinture nationaliste algérienne s’est vite empressée de corriger en dotant ses portraits d’attributs censés être plus « algériens ». Les yeux bleus étaient considérés en effet comme une particularité physique du « roumi » (le Français ou l’Européen).
 
Emir_Abdelkader_selon_l_ideologie_officielleL’émir Abdelkader, un guerrier infatigable ? C’est sur ce point que se rejoignent les deux propagandes nationales et coloniales, la première évaluant positivement ce que la seconde évaluait négativement. On tombait d’accord cependant sur la définition exclusivement militaire de l’émir, sur ses vertus guerrières et sa pugnacité au combat. Bien entendu, un tel portrait, limité à la première période de sa vie, est fait pour rejeter les autres aspects gênants de sa personnalité, à savoir son caractère de « saint » (dangereux pour le pouvoir colonial à cause de son charisme légendaire, gênant pour le pouvoir algérien dont l’islam d’état est hérité du rigorisme badissien), son activité spirituelle, son soufisme, son érudition, sa poésie, son amour des chevaux, son indéfectible amitié pour les Français (oui !), son sens des affaires et de la diplomatie (c’est aussi un business man !), sa franc-maçonnerie, son mysticisme, sa philosophie, etc.
L’iconographie du personnage est essentiellement tardive et remonte à son séjour en France, puis à Damas. Il s’ensuit qu’on a très peu de représentations qui le montrent dans sa période militaire, pendant qu’il était encore au commandement de ses troupes. Pire, les portraits dont on dispose sont pris dans des situations officielles, où l’émir tenait à exhiber les multiples médailles et distinctions françaises qu’il a reçues en les portant sur son épaule gauche. Or, ce qui était une fierté pour lui, était un signe infamant pour le pouvoir et le nationalisme algériens : les décorations rappelaient à l’imaginaire collectif plutôt les harkis qui avaient choisi le camp de la France contre leurs frères. Est-il seulement pensable de représenter le plus grand résistant du pays et le fondateur de l’état moderne algérien avec des signes de harki ? On a donc tout bonnement censuré ses portraits qui circulaient en Algérie, pour ne garder qu’un émir fictif, monté sur un cheval noir en brandissant une épée menaçante : figure conventionnelle et légitime qui trône encore aujourd’hui sur une place de l’Alger centre.
 
Ibn_ArabiL’émir Abdelkader, un « musulman »… Bien évidemment ! C’est à ce titre qu’il a été élu Commandeur des Croyants pour combattre les invasions infidèles sur les terres d’islam. Mais un musulman qui s’est incroyablement éloigné du Dogme sunnite. Sa référence n’est pas Ibn Hanbal ou l’imâm Mâlik. Il est parti loin, suivant sur les cimes de la méditation son parangon spirituel, le cheikh al Akbar, Ibn ‘Arabi. L’issue de sa réflexion débouche vers une religion universelle (2) où islam, judaïsme, christianisme et mazdéisme ne sont que différentes portes d’entrée vers la connaissance de l’Etre suprême, possesseur de tous les êtres. Selon lui, l’unicité de Dieu interdisait de faire une distinction entre les croyants. Son islam est d’un côté proche de celui du maraboutisme des masses populaires (il était destiné à la direction de la Qadirriyya) et de celui des hommes d’élection, les Maîtres soufis qui excellent dans l’expérience intérieure et la méditation personnelle. Le livre des haltes, traduit en français, restera un chef-d’œuvre de cet islam singulier.
Or, l’islam officiel algérien, directement sorti des esprits étriqués du Moyen Age, a pour référence le rigorisme d’Abdelhamid ibn Bâdis, un intégriste puritain et un censeur de mœurs (promu réformateur) qui s’est insurgé contre la musique. Cet abandon de l’islam d’Abdelkader, l’Algérie en fera les frais plus d’un siècle plus tard…
 franc_maconnerie
Abdelkader, franc-maçon ? C’est sans doute l’aspect qui a le plus scandalisé le nationalisme algérien. Les historiens nationalistes ont prétendu que les documents exhibés pour étayer cette thèse étaient des faux. Or, des travaux universitaires ont bel et bien confirmé l’adhésion de l’émir au mouvement franc-maçon de son époque, qu’il vivait comme un accroissement d’universalité. Les dénégations des nationalistes venaient finalement du choc entre l’image d’Epinal qu’ils se sont faite d’un héros national et celle de la réalité historique.
 
Emir_Abdelkader___Le_livre_des_haltesAbdelkader, un ennemi de l’Occident ? Encore un aspect qui déroutera, surtout nos islamistes modernes. Bien qu’opposant farouche à la pénétration coloniale de son pays, l’émir est un…fervent admirateur de la France ! Il s’est montré curieux sur l’histoire de ce pays et surtout épris de ses techniques, qu’il essayait d’apprivoiser. Son grand projet était de spiritualiser l’Europe et de matérialiser (doter de techniques modernes) l’Orient. Quand il était à Bursa, il menait des expérimentations sur ses terres avec des ingénieurs français. En arrivant en Orient, il défendit âprement le projet du canal de Suez en prêtant main forte à Ferdinand de Lesseps dans la bataille idéologique qui a précédé sa grande réalisation. Celui-ci l’en récompensa d’ailleurs amplement. On le voit à Amboise se cultiver sur l’histoire de France et sur le christianisme et se lier d’une indéfectible amitié pour Monseigneur Dupuch, avec lequel il entreprit un véritable dialogue de civilisation. Waciny Laredj fait d’ailleurs de ce dialogue le lieu d’où jaillira le récit de la geste mystico-guerrière de l’émir. On trouve chez lui cette vertu qui a caractérisé Mehémet Ali en Egypte ou Mustapha Kemal en Turquie : pour lui, l’ennemi n’est pas un Satan, mais un adversaire respectable, supérieur en armes et en techniques, dont il faudrait apprivoiser les procédés, l’industrie et la culture.
 
           Magnifique et imprévisible émir, dont le centre spirituel est situé en Orient, auprès de son Maître le Cheikh al Akbar Ibn ‘Arabî, mais que les hommes avides d’idéologie et d’état ont dévoyé en Occident (au Maghreb) pour en faire une commode image d’Epinal. Son histoire, admirablement racontée par Waciny Laredj, est un hymne au dépassement de soi dans le dialogue avec l’autre.  Abdelkader, l’exemple vivant d’un musulman hors normes, sur lequel les idéologies religieuses (4) qui polluent notre présent n’ont aucune prise. L’émir Abdelkader, résistant, philosophe, mystique, poète et visionnaire, tu as « acquis une a renommée qui franchira les siècles » (3).


Naravas

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NOTES

(1) On peut distinguer au moins trois mythes de l'émir Abdelkader : 1) le mythe colonial créé par la propagande française en Algérie, à savoir qu'Abdelkader est un barbare fanatique qui égorge les Français; 2) le mythe officiel algérien, à savoir qu'Abdelkader est exclusivement un guerrier précurseur de la Révolution algérienne; 3) le mythe berbériste : forgé dans une optique de contestation du pouvoir algérien par le poète  Matoub Lounès, qui proclamait qu'Abdelkader s'est rendu (sous-entendu : votre héros national est un traître). Enfin, on peut ajouter le mythe islamiste : à savoir qu'Abdelkader, le père de l'état algérien, est d'abord un musulman (mais on ne précise pas quel islam) : donc l'état actuel doit suivre le chemin tracé par son fondateur et devenir "islamiste". Un seul regard sur les écrits d'Abdelkader permet de réfuter tous ces mythes.

(2) En effet, selon la théorie de Wahdat al Woudjoud (Unicité absolue de Dieu), "Dieu est l’essence de tout adoré et tout adorateur n’adore que Lui." Peut importe la manière d'y arriver, chaque peuple ayant reçu du Tout Puissant celle qui lui convient le mieux :

           Abdelkader___Lettre_aux_fran_ais___Ren__Khawam Pour qui le veut le Coran [...]
            Pour qui le veut la Torah
            Pour tel autre l’Évangile
            Pour qui le veut mosquée où prier son Seigneur
            Pour qui le veut synagogue
            Pour qui le veut cloche ou crucifix
            Pour qui le veut Kaaba dont on baise pieusement la pierre
            Pour qui le veut images
            Pour qui le veut idoles
            Pour qui le veut retraite ou vie solitaire
            Pour qui le veut guinguette où lutiner la biche.

 (3) C'est une phrase que l'émir lui-même utilise dans Lettres aux Français pour qualifier les Français.

(4) Je qualifie ainsi les idéologies issues des trois fondateurs de l'intégrisme islamiste : Hassan El Banna (1906-1949), Abu El Alaa El Mawdudi (1903-1979) et Sayd Qotb (1906-1966). Ce sont les trois sources doctrinales des intégrismes contemporains (qui se présentent comme l'islam authentique bien sûr).

__________


Ibn_Arabi_2Bio-Bibliographie
:

Bibliographie de/sur l'émir Abdelkader

A laquelle j'ajouterai :

- Waciny Laredj, Le livre de l'émir, traduit de l'arabe par Marcel Bois, Ed. Sindbad/Actes Sud, 2006, 2004 pour la publication en arabe sous le titre Kitâb al-Amîr (les citations du texte sont extraites de la traduction française)

- Ahmed Bouyerdene, Abdelkader, L'hamonie des contraires, Paris, Ed. du Seuil, 2008.

Biographie de l'émir Abdelkader

 

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21 janvier 2010

Mariages en pays arabo-musulmans

Mariages en pays arabo-musulmans



    mariage_berbere« [Le post précédent] soulève plus d’une question sur le mariage en pays arabo-musulmans, sur l’émigration, sur le divorce….
 
Au risque de me répéter, je ne ferai de commentaires que sur le mariage : la fille dans nos civilisations berbéro-arabo-musulmanes est la propriété de sa mère jusqu’aux premières règles. Puis elle appartient à son père ou au mâle dominant si le père a disparu. Elle est alors une monnaie d’échange contre une dot, contre une maison, un terrain ou simplement une influence.

Dans certaines contrées, la cérémonie de sortie de la mariée de sa maison parentale est une véritable lutte entre la famille matrimoniale qui résiste à la sortie et la famille patrimoniale qui « arrache » ou « transplante » la mariée. C’est souvent une joute ponctuée par la cornemuse et la darbouka (instrument de percussion). La nuit de noces est un calvaire pour tout le monde : un calvaire pour la famille de la mariée qui joue là son savoir-faire et « son honneur » ; calvaire pour la jeune mariée qui doit subir une agression sanglante dont le but est le fameux drap maculé ; calvaire pour le marié qui doit prouver sa virilité ; calvaire enfin pour sa famille dont l’honneur est mis en jeu si manquement. La nuit de noces se déroule ainsi sans aucune intimité, [le souci principal de chacun étant de] veiller à ce que l’honneur soit sauf. A partir du moment où elle quitte la maison de son père, la fille est la propriété de son mari et de la famille de celui-ci.

Le port du voile devient souvent obligatoire, signant la propriété du mâle et la mise sous tutelle de la jeune femme qui perd ainsi tout droit à la liberté d’aller et venir, à la liberté civique, etc. [Rien d’étonnant dés lors] que la première chose qu’elle envisage soit le divorce ou l’adultère. Le divorce lui donne une liberté sociale et un justificatif de vie; l’adultère l’expose à la vindicte mais lui donne une revanche sur le sort. Le suicide hélas n’est pas exclu.

Pardon pour ce commentaire pessimiste, mais souvent c’est ainsi… »


MALI

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02 janvier 2010

La recherche de la virginité : sur les mariages algériens au Canada

La recherche de la virginité
 
Sur les mariages algériens au Canada

                   virginit_La situation de l’expatrié maghrébin dans les grandes villes occidentales n’est pas un repos continu. Après avoir cherché avec plus ou moins de succès son bonheur dans les lieux de rencontre, dans les milieux branchés ou au sein de la jeunesse du pays d’accueil, il arrive souvent que l’Algérien se retourne vers sa propre culture pour lui demander de répondre à ses aspirations. Il décide alors de tourner la page des longues nuits froides passées seul sous la couverture, de rompre le rythme intermittent des histoires éphémères avec des « étrangères » ou celui de la privation longue, injuste et douloureuse des plaisirs de la chair. Dans un mouvement qui appelle le repos, il arrête définitivement sa course épuisante derrière les femmes et le bonheur…pour se consacrer à une seule personne, qui constituera le centre intime de son existence.

Mais ce centre intime censé irradier sa vie et lui donner un nouveau départ, il veut le fonder dans la confiance complète que ne procure pas la relation avec une canadienne, son comportement à ses yeux imprévisible ou sa culture souvent « incompatible » avec la sienne. « Fonder un foyer » avec une « étrangère » présenterait trop de risques.  Mais surtout, sa femme à lui, il la veut aussi « pure » que possible, source d’un bonheur serein et sans taches. Cette pureté, cette femme sans histoires et sans passé honteux, où voulez-vous qu’il l’a trouve si ce n’est dans son pays d’origine ? Sa nostalgie se confond alors avec son rêve d’une jeune fille sublime, vierge et rassurante…
 
Arrivé à ce point, un processus s’enclenche, qu’on peut résumer de manière caricaturale en les sept étapes suivantes :
 
Première étape : Avec un rêve bien arrêté, notre homme débarque en Algérie pour des vacances et, presque à son insu, il provoque une rencontre avec une ravissante jeune fille (qui aspire légitimement à fuir sa situation d’échec et mat social). Bien entendu, la rencontre doit avoir l’apparence de la spontanéité et du hasard qui conviennent au romantisme obligé d’une histoire d’amour. S’ensuit une longue relation par téléphone ou msn, entre un homme et une femme qui font semblant de se connaître pour s'être déjà rencontrés. Chacun projette ses rêves dans une forme vide (l'image de l'autre qu'il ne connaît pas). Véritable cécité croisée, entretenue dans le cadre d'une illusion conservatrice. On fait semblant de ne pas voir la disproportion des statuts (un Algéro-canadien qui dispose de moyens importants, une jeune algérienne qui attend un mari pour se libérer de l’emprise étouffante de ses parents). Bien sûr, l’illusion du mariage comme solution miracle à tous les soucis existentiels est savamment entretenue par toutes les familles du Maghreb.

- Deuxième étape : La nouvelle épouse arrive au Canada et, après de brefs éblouissements, le malaise commence. Peu préparée au dépaysement et à l'autonomie qu'exige sa nouvelle vie, elle est troublée au moindre contact avec les réalités canadiennes : tout l'agresse, le froid, le transport, la langue, les gens, la vie.  Le changement est trop brusque. Le mari fait des mains et des pieds pour rassurer son épouse « déracinée », en proie à une anxiété parfois indescriptible. Ce travail de « pompier psychologue » se prolonge et finit, parfois, par donner de bons résultats.

- Troisième étape : la nouvelle épouse est déconcertée devant la nécessité de devoir travailler. Phrase célèbre : « tu m'as ramené ici et tu n’es même pas capable de me faire vivre. » Certaines choisissent (malgré un demi-siècle de féminisme maghrébin) de rester à la maison, c’est-à-dire de devenir femmes au foyer. Un choix qui pèse sur les ressources du couple…

- Quatrième étape : Fondée sur un marchandage social, cette union épuise son rêve en très peu de temps. La femme « importée » d’Algérie, n'étant pas habituée à se considérer comme l'auteure de ses choix, impute à son mari (auteur principal et père de substitution) la responsabilité de tout ce qui ne colle pas dans le couple. Il s'ensuit une remontrance permanente et informulée qui alourdit la vie en commun.

- Cinquième étape : Trop absorbée par son malaise, il est rare que la nouvelle arrivante cherche à se faire des amis. Elle fait irruption plus sûrement au milieu des relations de son mari, pour les juger, les trier de nouveau et en rejeter une bonne partie. Cette « destruction du réseau relationnel » s’accompagne d’un étrange pacte. La jalousie, véritable maladie culturelle maghrébine, dicte à chacun des deux partenaires de tout simplement se délester  de ses amis du sexe opposé.
 
d_pression- Sixième étape : devant l'échec à ses yeux patent du mariage et à défaut de sauver le bonheur, la femme fait le choix de sauvegarder un mari (manière de se conformer aux attentes que fait peser sur elle son groupe social d’origine). Elle lui fait un enfant dans le dos, parfois plusieurs, pour se prémunir contre toute éventualité de divorce. L'avortement est bien entendu impensable. Phrase célèbre : « j’ai oublié de prendre ma pilule. »

- Septième et dernière étape : Perte du goût de vivre, parfois déprime et envie de suicide; absence d'inventivité, de vie culturelle, moralisation extrême du quotidien, hypercorrection affective, orientation vers une résignation conservatrice et reproduction des mêmes travers sur leurs propres enfants. Phrase célèbre : « je ne vis plus que pour mes enfants. »

Remarque : ce texte à l'air de mettre l’accent plus sur la responsabilité de la femme. Mais en fait, ai-je besoin de le préciser, la totalité du processus a été enclenchée par la recherche effrénée de la virginité par l'homme, après avoir bien évidemment considéré que toutes les femmes (canadiennes) qui ont couché avant le mariage sont des « débauchées »…


Lien : Une ancienne discussion sur le sujet

Naravas

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26 décembre 2009

Une opinion sur le voile : Abdallah Laroui

Une opinion sur le voile : Abdallah Laroui


          Abdallah_Laroui« …je m’accroche à l’espoir que la tradition, chez nous, n’est pas complètement une néo-tradition, je veux dire qu’elle est encore relativement pacifique. Je prends l’exemple du voile. Au début, j’ai été outré ; je ne pouvais apercevoir un voile – celui qui nous vient d’ailleurs et dont nous n’avons pas l’habitude – sur le visage d’une jeune fille à l’université ou sur celui  d’une femme conduisant une voiture de luxe sur l’allée des Princesses sans ressentir une violente irritation. Je me disais : c’est donc à cela qu’aboutit un demi-siècle de militantisme féministe. Je pensais que l’Etat devait au moins adopter l’attitude des autorités tunisiennes, interdire le voile là où il met en danger la sécurité publique – c’est le cas de la femme au volant – ou porte atteinte à la cohésion sociale, puisqu’il ajoute un nouvel élément de différenciation dans un milieu déjà fragmenté. Puis, j’ai vu qu’il perdait peu à peu de sa valeur contestataire, de signe d’opposition à la politique intérieure ou extérieure du gouvernement. Ceux qui prônent le voile espéraient peut-être la confrontation. La politique du laisser-faire, de la « négligence bienveillante », était probablement la meilleure riposte, tout au moins jusqu’à maintenant. »

                       Abdallah Laroui, entretien avec Fadma Aït Mouss et Driss Ksikes, revue Economica n° 4, Octobre 2008-janvier 2009. p. 127.

 

Abdallah_Laroui_2« Mais puisque c'est comme ça, ce que j'appelle une critique résolue de l'islamisme c'est que chaque parti se définisse réellement par rapport à cela. Non pas par rapport à l'islam, mais sur un plan beaucoup plus sérieux : en ce qui concerne le problème de la femme parce que ce n'est pas une affaire de moralité, il ne s'agit pas d'empêcher les femmes d'être sur le trottoir mais de voir si la femme peut être un partenaire réel dans la vie économique, si elle suit ce que les islamistes veulent, c'est-à-dire le voile. L'histoire du voile, c'est simplement une chose. Est-ce que si la majorité des femmes portent le voile, est-ce que nous aurons autant de touristes chez nous ? Est-ce que les touristes auraient peur et ne viendraient pas ? C'est un problème de pure comptabilité. Alors si les gens dès qu'ils voient un voile disent qu'il ne faut pas aller dans ce pays là, c'est contraire aux intérêts les plus immédiats du peuple marocain. (...) Donc c'est simplement sur le plan de la théorie économique. Dans le monde d'aujourd'hui, dès qu'il y a une femme qui met un voile, même si elle le fait volontairement, le monde entier pense qu'elle est obligée de le mettre et donc un pays qui oblige les femmes à se distinguer des hommes - parce que la constitution ne parle pas de signe distinctif- ce n'est pas un pays démocratique. Comment vous allez résoudre ce problème ? Ensuite, si vous dites on ne doit pas changer absolument la shari'a , justifiez au moins la question de l'héritage. Il y a des réformes simples. J'ai préparé un texte simple pour expliquer ce que signifie le mot laïcité où j'ai montré que tous ces problèmes qui semblent impossibles à résoudre selon la méthodologie musulmane, sunnite, malikite, on peut leur trouver une solution très facilement, parce qu'il suffit tout simplement de dire que l'intérêt des musulmans à l'heure actuelle est de faire ceci, cela et nous le faisons comme une expérience momentanée en voyant les conséquences. (...) Donc il faut que les partis politiques, surtout les partis de gauche se définissent d'une fois pour toute par rapport à l'utilisation politique de l'Islam. Ce sont ceux qui on toujours l'Islam à la bouche qui lui font le plus de tort. »
 

                                             « Autobiographie et philosophie du secret », entretien accordé à la revue Revista de Estudios Internacionales Mediterráneos (2007)

 

Abdallah Laroui est l'un des plus grands intellectuels maghrébins vivants. Historien et philosophe, il a publié notamment :

En français :

Laroui___Islam_et_Histoire•  Les Carnets d'Idriss, 2008
•  Le Maroc et Hassan II, 2005
•  Islam et histoire - Essai d’épistémologie, Flammarion, Champs 2001, 166 p.
•  Islamisme, modernisme, libéralisme : esquisses critiques, Centre culturel arabe, 1997, 239 p .  
•  Esquisses historiques : Casablanca, 1992.
Islam et modernité, Abdallah Laroui, Paris, La Découverte, 1987, 188 p.
•  L'Etat dans le monde arabe contemporain : élément d'une problématique . Louvain-la-Neuve : C. M. A. C., 1981.
•  La Crise des intellectuels arabes : traditionalisme ou historicisme ? La Découverte, 1978.
•  Les Origines sociales et culturelles du nationalisme marocain (1830-1912). Paris, 1977.
•  L'Algérie et le Sahara marocain . Casablanca : Ed. Serar, 1976.
  L'Histoire du Maghreb - un essai de synthèse I, Maspero, 1975, 206 p.
•  L'Histoire du Maghreb - un essai de synthèse II, Maspero, 1975, 193 p 
•  L’idéologie arabe contemporaine, Maspero, 1967, 224 p.
•  L'exil, Actes Sud, Sindbad, 1999


Entretiens et vidéos :
Laroui___Islam_et_modernit_
 
 « L’histoire vue d’ailleurs », conférence, Canal-U. [en vidéo] (2000)
 « C'est au citoyen de prendre la parole», entretien accordé au journal marocain Le Matin (2005).
« Autobiographie et philosophie du secret », entretien accordé à la revue Revista de Estudios Internacionales Mediterráneos (2007)
Abdallah Laroui, entretien avec Fadma Aït Mouss et Driss Ksikes, revue Economica n° 4, Octobre 2008-janvier 2009. [télécharger ici]

 

بالعربية


أولا: دراسات فلسفيةLaroui___Mafhoum_al__Aql

 الإيديولوجيا العربية المعاصرة، تعريب محمد عيتاني، وتقديم مكسيم رودنسون، بيروت، دار الحقيقة للطباعة والنشر، 1970.

 العرب والفكر التاريخي, بيروت, دار الحقيقة، 1973. (4ط)

 أزمة المثقفين العرب، 1974.

 أصول الوطنية المغربية، 1977.

 مفهوم الإيديولوجيا، بيروت، دار الفارابي، 1980.

 مفهوم الحرية, بيروت, دار الفارابي، 1981. (4ط)

 مفهوم الدولة, بيروت, دار الفارابي، 1981. (4ط)

 ثقافتنا في منظور التاريخ, بيروت, دار التنوير, 1983. (3ط)

 مجمل تاريخ العرب, الرباط, مطبعة المعرف الجديدة, 1984, 174 ص, (3ط) .

 ابن خلدون وماكيافيللي، دار الساقي، 1990.

 مقاربات تاريخية، 1992.

 مفهوم التاريخ, جزءان, الدار البيضاء, المركز الثقافي العربي, 1992. Laroui___Essuna_wa_Al_islah

 مفهوم العقل، الدار البيضاء، المركز الثقافي العربي، 1996.

 عوائق التحديث، محاضرة ألقيت في 15/12/2005، نشرت مع تعليقات، منشورات اتحاد كتاب المغرب، 2008.

ثانيا: أعمال أدبية

 الغربة: رواية, الدار البيضاء, دار النشر المغربية, 1971. (3 ط)

 اليتيم: رواية, الدار البيضاء, دار النشر المغربية, 1978. (3ط)

 الفريق: رواية, الدار البيضاء, المركز الثقافي العربي, 1986.

 غيلة: رواية, الدار البيضاء, المركز الثقافي العربي، 1998.


           ثالثا: سيرة ذاتيةKhawatir_Essabah___Laroui

    • أوراق: سيرة ذاتية, الدار البيضاء, المركز الثقافي العربي, 1989.

   • خواطر الصباح - يوميات، الدار البيضاء، المركز الثقافي العربي، 2001.


رابعا: حوارات
•  حوار مع المفكر المغربي عبد الله العروي- بديعة الراضي، صحيفة العالمية 18 فبراير 2007.
 حوار مع عبد الله العروي- عبد اللَّـه سـاعـف، آفاق (الرباط) عدد 4/3، 1992، ص 147 إلى 190.
  محاورة "عبدالله العروي" في "من التاريخ الى الحب": الرواية، النقد

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25 décembre 2009

Tariq Ramadan, prédicateur ou le télé-islamisme de France Télévision

Tariq Ramadan, prédicateur
 
ou le télé-islamisme de France Télévision


          Tariq_Ramadan_2Faut-il vraiment faire une enquête pour découvrir que Tariq Ramadan est adepte d'un islam fondamentaliste, proche de celui des Frères Musulmans ? C'est à cet exercice que s'est livrée Caroline Fourest, journaliste à Charlie Hébdo, dans une émission diffusée sur France Culture. Vu du monde arabe, et particulièrement du Maghreb, ces débats nous paraissent surréalistes...

Tariq Ramadan n'est pas professeur d'université nous dit Fourest. On téléphone à Oxford pour le prouver et on découvre que le concerné ne dispose pas de chaire dans cette université. Il est plutôt rattaché à un centre associé, subventionné par l'émir du Qatar.

Mais où a-t-on vu un professeur d'université enregistrer ses discours sur cassettes audio et les diffuser à travers les circuits d'une librairie religieuse (Tawhîd, « L’Unicité divine »), aux côtés de livres classiques du salafisme et dans un environnement sentant le mesk et vendant le khol ? A-t-on jamais entendu dire que Mohammed Arkoun, Régis Blachère ou Jacques Berque se faisaient écouter dans les taxis et les voitures parisiens ? Connaît-on un seul islamologue sérieux qui distribue (ou fait distribuer) ses cassettes à la sortie des mosquées ?
En revanche, nous savons très bien dans le monde arabe que la cassette (bande magnétique) est le vecteur de diffusion des prêches islamistes, que les discours d'Ali Benhadj et d'Abassi Madani par exemple étaient édités, distribués et propagés par le même moyen... Le canal de diffusion est dans ce cas un indice probant sur la nature même du discours envisagé.
 
Stories_of_the_Prophets__Dr_Tareq_SuwaidanOn nous dit que, finalement, Tariq Ramadhan est un prédicateur, qu'il proposait en Martinique la constitution de « piscines islamiques ». Mais vu du monde arabe, nous réalisons très bien que M. Ramadan n'a rien d'original : des centaines de prédicateurs comme lui sont financés à coups de pétrodollars, leurs discours diffusés sur Internet et par des chaînes satellitaires (Iqraa, Al Rissala, Al Jazeera, etc.), comme Amr Khâlid, Ghazi El Chamri, Tareq Suwaidan, le très officiel Youssef Al Qaradhaoui et d’autres. Le simple fait que Ramadan parle français ou vive en Suisse le rendrait-il plus moderne ou plus « européen » que Amr Khâlid ? (qui, au passage, vit lui aussi au Royaume Uni). Le fait qu'il écrive des livres signifie-t-il qu'il soit un penseur moderniste ? (Tareq Suwaïdan en fait aussi, et en anglais)
La proposition des « piscines islamiques » n'a rien d'insolite pour nous, elle trouve un écho direct dans les faits récents qui ont ébranlé l'Algérie : le FIS (Front Islamique du Salut), dés le début de sa prédication, islamisait progressivement les espaces publics de la même façon : « mairie islamique », « marché islamique », « boucherie islamique » et même... « toilettes islamiques » ! Qu'est ce qu'il y aurait d'étonnant qu'un prédicateur francophone vous parle un jour « d'hôpital islamique » ou de « crèche islamique » (non mixte bien sur) ?
 
Mais la meilleure, c'est qu'on nous démontre que le grand-père de Tariq Ramadan (qui est aussi son modèle) , Hassan El Banna, fondateur de la secte des frères musulmans, Caroline_Fourestn'est pas un réformiste comme Mohammed 'Abdou ou Djamal Eddine El Afghâni. Mais à qui vous le dites ? Hassan El Banna est connu par tous les esprits libres du monde musulman comme le ravageur de l'Egypte, l'instigateur de la clôture intégriste et le précurseur de la violence politico-religieuse qui menace aujourd'hui presque tous nos pays. Démontrer que Hassan El Banna est un fondamentaliste, c'est enfoncer des portes ouvertes. C'est autant démontrer que Mussolini n'est pas un démocrate.
 
On nous dit que Tariq Ramadan a soutenu, grosso modo, une thèse douteuse, rejetée par un premier jury, avant d'être passablement acceptée (et encore) par un deuxième jury de complaisance. Mais comment peut-on ne pas douter du travail de quelqu'un qui fait une thèse pour démontrer que son grand père est le meilleur ? (Car c'est bien de cela qu'il s'agit). La célèbre astrologue Elisabeth Teissier n'a-t-elle pas soutenu une thèse de...sociologie à l'université René Descartes, devant un jury présidé par un grand psychosociologue (Serge Moscovici), qui la déclarait Docteure en sociologie ? Ces douctours sont tellement fréquents chez nous que personne ne s'en offusque vraiment...
 
Amr_KhaledEnfin, on nous démontre que Ramadan est contre la mixité, opposé à la sexualité avant le mariage et à l'homosexualité, promoteur d'un "féminisme" réactionnaire, du voile et de la virginité, et j'en passe. Eh bien, dites-moi ce qui resterait d'islamiste chez un prédicateur qui serait pour la liberté sexuelle, qui inciterait les femmes à abandonner le précepte non coranique du voile, qui tolérerait les homosexuels et les apostats, qui encouragerait les femmes à lutter pour leurs droits sociaux, qui renoncerait à la politique et pratiquerait sa foi dans la sphère privée ? Je veux dire qu’il n’est pas possible de poser ces traits, sans que le portrait du prédicateur islamiste qu’ils constituent ne soit posé en même temps, et inversement.
Replacé dans son contexte large, celui de la nouvelle prédication islamiste qui souffle sur le monde islamique (même chez les Turcs, avec un Harun Yahya par exemple), Ramadan ne serait rien d’autre qu’un prétendant parmi beaucoup d’autres, qui veut avoir sa part (francophone) du grand gâteau de l’audimat musulman.

 
Au final, ce n'est pas l'argumentation de Caroline Fourest qui m'inquiète, mais le monde médiatique français (et l’opinion qu’il influence), qui a rendu nécessaire cette démonstration. En répercutant leur ignorance sur leurs téléspectateurs, les médias français, toujours à la recherche du spectacle (cirque des temps modernes) et de l'audimat, jouent le même rôle sur cette question que les médias arabes qui diffusent les prêches des prédicateurs islamistes. France Télévision a son prédicateur vedette, exactement comme Al Jazeera ou Al Rissala a le sien.
Les immigrés, après avoir été abandonnés par les politiques de l'état et discriminés par un racisme social et institutionnel qui ne dit pas son nom, sont à présent rejetés dans les bras de l'islamisme télévisuel. La société marginale qu’ils constituent a été travaillée par le FIS algérien et les marchands d'identité  islamique au moins depuis 1992. Quand la rage des dominés rencontre les aspirations religieuses des prédicateurs, gare aux conséquences. Nous les avons bien expérimentées au Maghreb, dans l'Algérie récente (années 1990) , mais aussi dans le donatisme de l'Afrique chrétienne...


Naravas

 

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16 décembre 2009

les lettres de Djamila Bouhired : le régime laisse mourir nos héros

Le régime laisse mourir nos héros
 
Les lettres de Djamila Bouhired


 djamila_bouhiredAprès leur assassinat physique pendant les années 1970, les héros de la guerre de libération algérienne sont à présent écartés par le régime et confinés dans un isolement mortel. Djamila Bouhired,  aujourd'hui âgée de près de 75 ans, symbole international de l’émancipation des peuples colonisés, lance un appel aux Algériens pour…accéder à des soins hospitaliers. Honte à vous les hauts gradés de l’armée, honte à vous Monsieur le Président, vous avez laissé mourir nos héros ! Qu’est ce que c’est que cette Algérie que vous nous avez fabriquée ? Un pays où les corrompus s’empiffrent et se vautrent et les héros crèvent de faim ?
 

Naravas

Les Lettres de Djamila Bouhired, parues dans la presse algérienne :

A Monsieur le Président d’une Algérie que j’ai voulue indépendante
 
djamila_Bouhired_3Monsieur,
 
Je me permets d’attirer votre attention sur ma situation critique. Ma retraite et la petite pension de guerre que je perçois ne me permettent pas de vivre convenablement. D’ailleurs, mon épicier, mon boucher, ma supérette pourront témoigner des crédits qu’ils m’accordent.

Il ne m’est jamais venu à l’esprit de compléter mes revenus par des apports frauduleux qui, malheureusement, sont très fréquents dans mon pays. Je sais que certains authentiques moudjahidine et moudjahidate sont dans la même situation, probablement plus critique. Je n’ai pas la prétention de les représenter ici, mais au poste où vous êtes, vous ne pouvez ni ne voulez connaître leur dénuement.

Ces frères et soeurs, dont l’intégrité est connue, n’ont bénéficié d’aucun avantage. La somme qui leur serait allouée ne pourrait dépasser les honoraires généreux attribués aux députés et sénateurs, ainsi qu’à vous-même et à tous les alimentaires qui vous entourent. Ainsi, je vous demanderais de ne plus nous humilier et de revaloriser notre dérisoire pension de guerre afin de vivre dans un minimum de dignité le peu de temps qui nous reste à vivre.

Avec mes sentiment patriotiques.

Djamila Bouhired
Le 9 décembre 2009

_________

 
Lettre de Djamila Bouhired au peuple algérien :
 
Si je m’adresse à vous, c’est parce que, pour moi vous représentez ce peuple multiple, chaleureux et généreux que j’ai toujours aimé. Aujourd’hui, je me vois dans l’obligation de faire appel à vous.
 
djamila_Bouhired_2Permettez-moi tout d’abord de me présenter. Je suis Djamila Bouhired, condamnée à mort en 1957 par le tribunal militaire d’Alger.
Je me trouve actuellement dans une situation critique. Malade, les médecins m’ont conseillé trois interventions chirurgicales lourdes et coûteuses auxquelles je ne peux faire face : l’hospitalisation, les interventions chirurgicales, les soins, les médicaments et l’hébergement dans un hôtel, ne peuvent pas être couverts par ma retraite et la petite pension de guerre. Aussi, je vous demanderais de bien vouloir m’aider dans la mesure de vos possibilités.
 
Avant de terminer, je voudrais remercier chaleureusement certains amis des pays du Golfe que je considère comme frères pour leur générosité et leur compréhension, offre généreuses et spontanée à vouloir me prendre en charge, offre que j’ai dû refuser.
 
Avec tous mes remerciements aux sœurs et frères algériens et ma fraternelle affection.

 

Djamila Bouhired
Le 9 décembre 2009

 

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08 décembre 2009

Sacré Dilem !

Sacré Dilem !


Ali_Dilem_3        Il est sans doute le plus grand, le plus caustique et le plus téméraire. Ce caricaturiste algérien est issu du sursaut populaire d’Alger de 1988 comme son vaillant prédécesseur, l’intraitable Kateb Yacine, est issu des massacres coloniaux de mai 1945.
Dilem, c’est la voix des dominés, exprimée non dans le langage ciselé des genres nobles, mais dans le « sous-genre » de la caricature, celui que les classes modestes comprennent et affectionnent.
Ce billet est une pensée pour le crayon intelligent d’un homme engagé, d’un contestataire inclassable, dont les dessins ont fait trembler tous les amateurs de dictature en Algérie : les généraux, les corrompus, les caciques du régime, les dignitaires qui ont remplacé les colons, les responsables du naufrage national et tous ceux qui ont la phobie des attroupements plébéiens et dont le cœur est rempli de dédain envers ceux qu’ils ont avilis.

En portant son art à la perfection, Dilem enchaîne les prix internationaux en même temps que les procès dans son pays : pour « offense au chef de l’état », « outrage à institution », « diffamation », atteinte à l’islam, etc. Condamné par le pouvoir d’Alger à un cumul de près de 9 ans de prison ferme, il l’est aussi par les fondamentalistes islamistes qui ont édicté une fatwa de mort à son encontre. Mais avec un courage exemplaire, le caricaturiste, exilé à Paris, continue à répondre aux menaces de mort et au harcèlement judiciaire par le dessin corrosif. Depuis plus de dix ans, Bassît, le citoyen ordinaire, lambda des lambdas, en ouvrant son journal, rigole chaque matin de la bêtise de ses gouvernants. Et cela, il le doit à Ali Dilem. Un jalon, avec ses amis journalistes, d’une presse en mouvement de libération...

Naravas

Plus de caricatures de Dilem sur ce site
Biographie de Dilem sur Wikipedia


   

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Posté par Naravas à 22:07 - NOUVELLES DU MAGHREB - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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