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Point de vue africain sur des questions de la culture et de l'actualité. Petit journal des idées de l'auteur. Les rêves et l'imagination d'un homme qui a vu sourire les étoiles et qui s'est promis de sentir le parfum de toutes les matinées embaumées.

14 mars 2009

Jan Švankmajer : exploration mouvementée de la vie de certains désirs

Jan Švankmajer,

 

exploration mouvementée de la vie de certains désirs



B_Dimension_of_Dialogue

           Le film du réalisateur tchèque Jan Švankmajer, Les conspirateurs du plaisir (1996, 1h15) est le plus beau film que j'ai vu depuis deux ans. Il est bien entendu difficile à raconter, sans doute parce que le côté narratif ne prime pas et parce que l’essentiel est plutôt livré dans les brèches qui donnent à voir la vie intérieure et complexe des personnages, comme pour explorer ce qu’il y a de plus étonnant dans l’imperfection humaine contemporaine.

Il s'agit d'une exploration sans parole (le film n'est pas muet puisque les bruits et les musiques sont là) des styles de vie érotique de six personnages, de condition différente, mais vivant tous dans le monde moderne d'après la révolution de velours de 1989. La divulgation au compte goutte de l'intimité la plus profonde de chacun d'eux crée un suspens irrésistible. La quête du plaisir est représentée par une série d’actions concrète qui s’apparentent à un bricolage dont on ne comprend d’abord pas les tenants et les aboutissants. Chacun des personnages est en effet en quête de divers objets matériels qu’il se procure de toutes les manières possibles et qu’il assemble à sa guise. Au terme d’un travail manuel méticuleux, les différents objets se révèlent être des « machine à plaisir » dont l’utilisation, dans un délire surréaliste, traduit l’épaisseur d’une vie intérieure riche en manies et en fantasmes.  Si dans tout cela rien ne transparaît qui soit racontable, c'est parce que justement, pour l'une des rares fois, le langage de l'image est porté à son point culminant, ce qui le rend peu traduisible en mots.Jan_Svankmajer
 
Cette œuvre évoque pour moi la corruption de la vraie communication entre les êtres que les moyens techniques de la civilisation capitaliste ont induite. Plus que l'illustration de recherches artistiques ou d'une sensibilité surréaliste, ce film met en scène l'extraordinaire gâchis du plaisir humain au sein de la broyeuse machine économique moderne.



Filmographie

Parmi ses réalisations, on peut citer :

 

- Les Fous, 2005, — 118 mn
- Little Otik , 2000 — 125 mn
- Les Conspirateurs du plaisir, 1996 — 75 mn
- La Leçon Faust ,1994 — 95 mn
- La Fin du stalinisme en Bohême, 1990 — 14 mn
- Obscurité, Lumière, Obscurité ,1989 — 8 mn
- Jeux virils, 1988 — 12 mn
- Alice, 1988, — 84 mn
- Possibilités du dialogue, 1982 — 12 mn
- Don Juan, 1970 — 31 mn
- Et caeterea, 1966 — 8 mn

alice_de_jan_svankmajer

Posté par Naravas à 12:14 - LU, VU, ENTENDU - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

    Je ne cesse d'encourager mon entourage à revisiter l'extraordinaire créativité des artistes tchèques, c'est donc avec grand plaisir que je découvre ce billet.

    Ps: je devrais remercier malak de vous avoir mis en lien sur son blog.

    Posté par mohamed, 07 avril 2009 à 11:00
  • :-)

    Merci à toi mohammed !
    Bienvenue ici

    Nvs

    Posté par Naravas, 07 avril 2009 à 22:06
  • Intégrale Jan Svankmajer

    Bonjour,

    Dans le cadre de la 9è fête du cinéma d'animation, le Forum des images organise une rétrospective de l'oeuvre cinématographique du maître pragois de l'animation Jan Svankmajer,
    du 26 au 31 octobre 2010

    Volet d’une création polymorphe sarcastique, dérangeante, inventive, intransigeante, l’œuvre filmique de Jan Švankmajer et d’Eva Švankmajerova – représentants majeurs du cinéma tchèque d’aujourd’hui - vaut d’abord pour sa fécondité disséminatrice, sa férocité et sa capacité à subvertir les codes de représentation cinématographiques.
    Sa diffusion rétrospective complète (1964 - 2010), pour la première fois en France et en présence du réalisateur, constitue un événement exceptionnel.

    Parmi les films de la rétrospective, La Fabrique de petits cercueils (1966) est probablement un condensé de ces attirances magnétiques, l’amorce de son rôle de dissident surréaliste, et l’annonce de l’évolution future… Mon rêve, disait Švankmajer en 1999, « serait de prendre un jour tous mes films […], puis de les regrouper dans un film de plusieurs heures, afin de suivre comment reviennent des personnages particuliers, des milieux, des motifs et de voir comment cela forme une unité de création, de pensée, d’observation ».

    Rêve approché par cette programmation, constituée, à la manière du jeu surréaliste, à partir de différents thèmes de réflexion collective du groupe pragois (peur, morphologie mentale, humour, etc.). Nul doute que l’effet Švankmajer dans la cinématographie contemporaine – notamment dans celles de Tim Burton et des frères Quay – n’apparaisse en pleine lumière. Nul doute non plus que cette découverte condensée, lors des échanges et de la table ronde qui accompagnent cette rétrospective, n’enrichisse les interprétations de cette filmographie immense, aux facettes multiples.

    Posté par Forumdesimages, 22 septembre 2010 à 11:46

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