angles de vue...

Point de vue africain sur des questions de la culture et de l'actualité. Petit journal des idées de l'auteur. Les rêves et l'imagination d'un homme qui a vu sourire les étoiles et qui s'est promis de sentir le parfum de toutes les matinées embaumées.

09 avril 2010

Le parfum de l'existence divine (Chidyaq)

Le parfum de l'existence divine
 
Selon Chidyaq

 calligraphie_arabe_3Voici l’un des textes les plus saisissants qu’il m’est donné de savourer ces dernières semaines. Il est signé par l’une des plus belles plumes de la littérature arabe du XIXe siècle, le majestueux Fâris [Al] Chidyaq, critique impitoyable de la « bien-pensance » de son époque. Poète et auteur d’un roman insolite racontant les aventures de son héros Faryaq (contraction du nom de l’auteur),  Chidyaq (1804-1887) vécut au Liban, en Europe puis auprès du sultan d’Istanbul, où il connut une gloire et une reconnaissance méritées. Né chrétien maronite, il se convertit à l’islam vers la fin de sa vie. Penseur éclairé et véritable artisan d’une Renaissance littéraire, son œuvre fut bien sûr oubliée, comme le fut celle de Boutrous Boustâni et autres Nassîf al Yazidji. Un autre type de littérature allait saturer le monde islamique, celle qui a son origine dans les misérables écrits de Hassane El Banna et autres Mawdudi. Mais cela n’empêchera pas, de temps en temps, le lecteur curieux de tomber sur un morceau de dessert miellé comme le suivant :

 

Chidyaq_Faris« Je n’hésite pas à dire que la femme est encore le parfum de l’existence divine, car l’homme ne regarde jamais une belle sans louer Celui qui l’a créé telle. Parlez des femmes et votre langue deviendra plus agile ; agissez pour elles et vous verrez plus véloces vos pieds. En leur nom sont vaillamment supportés les pires fâcheux, et entreprises légèrement les pires corvées. Le difficile devient facile, le fiel hydromel et le mal aisé à endurer. On voit pour leur plaire le grand se faire humble, les trésors se dilapider, et l’objet d’une vigilance à tout instant se disperser soudain à tout vent. Sans elles, le lot de bonheur qui vous échoit est privation, la victoire est défaite, le bien-être un malaise de chaque instant ; sans elles, le boute-en-train est un ermite, le rassasié un affamé, l’ivre de boisson un asséché perpétuel, le dormeur un insomniaque, et le bien portant un infirme. Sans elles, le plus mûrs des cédrats a l’amertume de l’Enfer, et le nectar le goût de la sanie » (Fâris Chidyaq, La Jambe sur la jambe, Paris, Editions Phébus, 1991, p. 38)

 

Je vous laisse deviner, vous, lectrice/eur assidu(e)s de ce blog, le nom du traducteur…

Naravas

PS/
hydromel : boisson faite d’eau et de miel
cédrat : fruit du cédratier, une espèce de citronnier.
boute-en-train : Personne qui sait amuser, qui a le don d’animer un groupe, une assemblée.
sanie : mélange de pus et de sang.


Posté par Naravas à 04:58 - LU, VU, ENTENDU - Commentaires [7] - Permalien [#]

Commentaires

    Pub

    Salut,
    Les meufs et l'Islam. La poésie libertine en pays musulman... Je me permet de mettre une petite pub pour mon blog car j'ai entamé une mégabibliographie concernant les meufs, le prophète et l'Islam. Peut être cela interessera ?
    Bien à vous.
    MALI

    Posté par MALI, 09 avril 2010 à 13:34
  • Liens

    @ Mali :
    N'hésite pas à balancer le lien. Je croyais que ton blog était dans ma liste à gauche, je me trompais. Indélicatesse réparée
    Oui, cela m'intéresse beaucoup. Je passerai lire ce que tu écris là-dessus.
    A bientôt !

    NVS

    Posté par Naravas, 10 avril 2010 à 05:31
  • Qui est le traducteur ?

    Posté par kafkacoma, 11 avril 2010 à 14:12
  • Khawam

    @ kafkacoma :

    Il s'agit de René R. Khawam [R. pour Rizqullah], un érudit d'origine syrienne qui a traduit une grande partie des oeuvres rares ou censurées de la littérature arabe en se fondant sur des manuscrits originaux. Il a traduit les Mille et une nuits et le Coran, comme tout traducteur d'envergure, mais surtout des auteurs comme Tifâchi, Nafzawi, Harîri, Râzi, Abdelkader, et j'en passe.
    Ses traductions sont d'une qualité inédite, je les conseille à tout amateur de la littérature arabe.

    Posté par Naravas, 11 avril 2010 à 17:24
  • merci pour les précisions.. pour revenir au texte de Chidyaq, dommage que l'usure du couple et les contraintes du quotidien émoussent un peu ces élans lyriques qui survivent de nos jours rarement à l'âge adulte..

    Posté par kafkacoma, 12 avril 2010 à 14:02
  • Usures

    @kafkacoma :

    Oui, l'usure du couple (je comptais faire un post sur cela...), c'est l'un des thèmes majeurs de notre vie moderne. Certains diraient qu'il faudrait recourir à des "modèles alternatifs" aux antipodes du mariage...
    Mais bien sûr, ce qui est en crise, c'est l'institution du mariage, du moins telle qu'elle est mise en oeuvre, pas les femmes, heureusement

    Posté par Naravas, 13 avril 2010 à 03:26
  • * BOUT EN TRAIN est aussi le pauvre cheval qui va exciter la jument sans pouvoir s’accoupler. Il sera au dernier moment remplacé par l’Étalon qui donnera de meilleurs fruits.
    C'est ainsi que se passe à l' ancienne la sélection qualitative de l’espèce pour les qualités nécessaires à l'emploi de l'animal , pour répondre aux critères esthétiques des concours .

    Posté par daugenn, 31 juillet 2016 à 18:08

Poster un commentaire