angles de vue...

Point de vue africain sur des questions de la culture et de l'actualité. Petit journal des idées de l'auteur. Les rêves et l'imagination d'un homme qui a vu sourire les étoiles et qui s'est promis de sentir le parfum de toutes les matinées embaumées.

20 janvier 2008

La question sexuelle et les femmes au Maghreb et en Méditerranée

La question sexuelle et les femmes
                            
au Maghreb

 algeroise      

               Le problème de la femme au Maghreb n'est qu'un épiphénomène d'un problème plus englobant qu'est la question sexuelle. Les femmes ne sont dominées que pour pouvoir être contrôlées dans leur sexualité (tout en contrôlant  en même temps  celle des hommes), sexualité devenue fondement de la hurma, c'est-à-dire de l'honneur féminin. La sexualité est prise en otage dans une joute sociale dont l'enjeu consiste à défendre l'honneur du groupe familial, placé d'abord dans la pudeur et la virginité féminines. Plus une Famille contrôle ses femmes, plus son capital de réputation augmente (sinon, c'est une mauvaise famille, famille de p...). Un vrai homme, qui « lève sa tête devant les gens » (je traduis des propos courants), c'est celui qui « a pouvoir sur ses femmes ». « Maîtrise tes femmes » est une insulte en collectivité.

Vieux_KabyleOr, les familles sont des institutions idéologiques tout entières orientées vers le dénigrement des autres familles rivales. Il s'ensuit une compétition symbolique pour la « respectabilité », la réputation et l'honneur. Un groupe familial qui trouve moyen pour diminuer l'honneur de son adversaire ne se fait pas prier. Or, les femmes sont le point faible, la brèche que l'ennemi présente et il faut en profiter pour le descendre. « Je lui ai niqué sa femme à celui-là » disent les hommes entre eux. Et le fait de faire l'amour avec la femme du concerné n'est pas seulement un acte de plaisir ou de tendresse avec elle, c'est surtout un acte de guerre symbolique destiné à amoindrir la réputation ou, mieux, le capital d'honneur, de son mari (ou de son frère, etc.). Faire l'amour, c'est attenter gravement (et souvent délibérément) à la réputation des familles. 

Le soi-disant intérêt des hommes à dominer les femmes n'est ni économique (une femme qui reste à la maison est une charge et un gain en moins), ni politique (le pouvoir que l'on a sur les "femelles" s'avère être une charge écrasante). C'est un intérêt d'honneur, le groupe défendant son image extérieure à travers l'image qu'il veut irréprochable de ses femmes.

Un tel système fonctionnait avec ses injustices dans une société agraire où l'on se mariait très tôt et où les groupes vivaient dans une économie relativement vivrière. Le changement social et économique a conduit à un accroissement des besoins. Un jeune homme ne se marie plus s'il n'a pas d'appartement. Une épouse accepte rarement d'être simple membre de la famille nombreuse de son mari. Mais le célibat prolongé, né des nouvelles données socio-économiques, continue à  perdurer dans l'ancien système social traditionnel caractérisé par une économie de l'honneur dont les femmes sont les dépositaires.

Les femmes étant retirées de la circulation, l'espace public est devenu de facto masculin. Mais si un jeune homme du temps du Prophète avait ses quatre épouses, si un jeune Algérien des années cinquante avait sa femme légitime, le jeune Algérien de l'an 2000 n'a plus rien pour sa sexualité (au sens large : affection, amour, sexe, etc.) car elle lui a été confisquée sans contre-partie par l'honneur de la tribu.

Il s'ensuit une séparation terrible des sexes malgré des apparences de mixité et une famine sexuelle générale, du côté des hommes, comme du côté des femmes, enfermées ou contrôlées dans leurs déplacements. La prostitution et l'homosexualité se sont  développées pour colmater une infime partie de cette demande sociale. L'état de famine générale produit des dégâts sur les enfants (pédophilie), sur les animaux (zoophilie maghrébine bien connue) et sur la santé mentale (troubles psychiatriques). chaouia1pt_1_

Cette société a pris le soin d'adopter le système religieux qui sert ses tendances profondes. C'est l'islam orthodoxe, sunnite et malékite, qui sera élu. Rien d'étonnant car l'islam chiite, bien qu'ayant des racines historiques lointaines au Maghreb (Fatimides), est éliminé, car  jugé peu ferme en matière sexuelle : il tolère le mariage de joie, c'est à dire il légitime la sexualité entre jeunes gens, chose que la logique de l'honneur ne peut admettre. Le sunnisme lui-même est expurgé de ses points jugés incompatibles : le prophète n'a-t-il pas dans un hadith célèbre et certifié autorisé ses combattants à faire l'amour avec les prisonnières, dressant par là une exception en cas d'impérieux  besoins. Ce sont des côtés soigneusement oblitérés. Bref, la  religion s'est trouvée ainsi  instrumentée à des fins de répression sexuelle. 

L'état est composé de gens issus de la société et anthropologiquement formés à l'école de l'honneur. Ils reproduisent, dans le système judiciaire, dans les institutions de l'état et dans le fonctionnement des divers appareils, les impératifs de l'honneur. C'est ainsi que les couples non mariés sont jugés et condamnés, la présidence de la République algérienne ordonne la chasse aux couples et la justice se montre infiniment complaisante avec les criminels de l'honneur (l'idée de tuer un intrus qui a pénétré à l'intérieur de la maison, la nuit, (entendre : un homme qui a  intentionnellement  voulu attenter à l'honneur du groupe) est passée dans  la croyance populaire comme étant un droit légitime. 

Un intellectuel a peur de parler de problème sexuel parce qu'en le faisant, il donne aussi par la même occasion le droit à sa soeur de coucher avec un étranger, ce qui équivaut à ouvrir une brèche dans son honneur social et à saper sa réputation.  Les groupes rivaux se surveillent en effet et chacun n'hésite pas à entamer la réputation de l'adversaire à la moindre occasion. L'intellectuel parle alors de façon voilée de condition des femmes, mais aussi de façon euphémique, limitée et surtout politiquement correcte : personne ne pourra attaquer sa réputation avec cela. Et, bien entendu, ce n'est pas avec des euphémismes que l'on provoque les vrais changements ou les vrais débats. eros3_1_

Au bout du compte, à qui profite le système ? Aux hommes? Je ne le crois pas. Ils se  débattent dans une affreuse misère affective parce que les femmes auprès desquelles ils devaient prendre satisfaction sont préalablement enfermées ou limitées de déplacement et de liberté. Les femmes, et parmi elles se trouvent de grandes militantes du système traditionnel,  se rabattent sur les animaux domestiques et l'homosexualité. Dans certaines cités universitaires en Algérie, les étudiantes achetaient des sacs de lait et se les faisaient déverser sur leurs poitrines avant d'appeler les chats. Je ne sais pas ce que ça fait comme sensation d'être léchée par un chat à cet endroit, mais je suis certain qu'un tel comportement est celui d'un être  lésé dans ses droits humains  fondamentaux, celui d'utiliser comme il l'entend son propre corps. Je ne parle pas de l'hystérie nocturne du ciel algérois, qui voit fuser jusqu'aux étoiles les youyous de la frustration féminine émanant des cités universitaires non mixtes.

Je pense que c'est un système qui ne sert personne. Il est tout simplement devenu caduc et malade, car les conditions pour lesquelles il était engendré ont presque  disparu. Il continue à fonctionner dans un autre contexte, de façon anachronique, en générant énormément de souffrance, comme un  moteur d'une deux chevaux qu'on met pour un bus de voyageurs futuriste.

Maintenant, supposons que le problème de la sexualité soit réglé, que l'honneur n'ait plus comme siège la virginité des femmes, que les groupes cessent de s'attaquer sur cette question, que les gens consentants soient publiquement tolérés et légitimés dans leur sexualité. Pensez-vous que les femmes seraient interdites/limitées de déplacements, de travail, de liberté, etc. ???. 

Je ne le crois pas. Ce sera l'avènement d'une autre société, avec sûrement d'autres inégalités, d'autres combats à faire, mais pas celui-là. Il y aura le chômage, la lutte pour l'emploi, etc. mais jamais d'enfermement, de limitation de déplacement ou de liberté.

En définitive, cette condition n'est que la conséquence pratique de la question sexuelle. Alors, il faut arrêter de dire que les hommes dominent les femmes pour profiter de je ne sais quels privilèges. Que les hommes ont tout et les femmes rien.  Qu'est ce qu'ils ont et qu'ils n'auraient pas sans cette domination ? Arrêter de faire de miséreux affectifs et sexuels des sultans divinement privilégiés, à la faveur d'un imaginaire grossièrement orientaliste. Car les femmes ne sont jamais mieux  dominées que par d'autres femmes (Voir le rapport mères/filles par exemple). Mais surtout parce que si les femmes sont enfermées, c'est à cause de ce quelque chose qu'elles portent entre leurs jambes ! La société maghrébine a eu l'idée la plus saugrenue sur la terre qui consiste à placer son honneur justement là ou il ne fallait pas. La femme n'est donc partout sanctionnée qu'en tant que porteuse de sexe (et source de déshonneur possible pour tout le groupe). Pas en tant que femme. Mais cette sanction, déteint sur l'homme, ce qu'on oublie de souligner. En l'absence de femmes, il n'aime pas, il ne travaille pas,  il ne baise pas, il souffre, il devient agressif et prêt à être enrôlé dans les fanatismes les plus sanguinaires.

Naravas

 

Posté par Naravas à 17:49 - NOUVELLES DU MAGHREB - Commentaires [20] - Permalien [#]

Commentaires

    Ce n'est pas aussi simple que cela malheureusement, la question d'honneur, de virginité, de préservation de la femme ont été quasi-totalement récupérés par la religion pour s'en débarasser il faut pouvoir se détacher de la religion à la manière des italiens par exemple où ça ne pose aucun problème de s'habiller sexy dans la vie de tous les jours, tout en étant une croyante fervente. L'un n'empêche pas l'autre, et le clergé par son discours a laissé faire la mode.
    Chez nous ce n'est pas le cas, notre "clergé" a trouvé dans la pressurisation de la sexualité une manière d'asseoir son pouvoir. (on le consulte pour tous les petits points de sa vie sexuelle et maritale et on ne s'en sort pas avec 3 pater et 2ave)quand on pense à tous les bouquins édités par les penseurs de l'islam intitulés "la femme", "la sexualité dans l'islam" "la femme dans l'islam" et etc.Quelle perte d'énergie et de papier sur ce seul sujet!

    Le fait est que la population maghrébine (pour ne citer qu'elle)a besoin de faire souffler la soupape quand on voit la misère dans laquelle elle vie (elle étudie toute sa vie pour ne pas avoir de boulot , elle bosse comme un forcené pour un salaire de misère et aucune perspective de carrière, elle passe des concours où toutes les places sont déjà réservés pour quelques élus , elle paie en résumé pour les privilégiés qui ont les moyens de payer et elle doit la fermer)
    Dieu et la religion sont sa seule échappatoire quand elle n'a pas assez de courage laissé en réserve pour se révolter. Quand les hommes ne trouvent plus comment exercer leur pouvoir ils l'exercent sur leur soeur , leur femme , leur fille. Et quand les femmes ne trouvent plus d'échappatoire elles font la grève du sexe : c'est à dire qu'elles jouent les saintes jusqu'au mariage ou exercent leur pouvoir sur leur fils leur fille , leur belle fille et accessoirement leur mari en le tenant parcequ'il chérit le plus son estomac et ses c...
    Bon c'est caricatural ce que j'ai dit , mais il y a du vrai.

    Posté par trainspotting, 21 janvier 2008 à 09:41
  • Excellent post !

    Et pour approfondir un point que tu as évoqué, voilà un autre post excellent sur le lien entre l'honneur et le vagin : http://nawafco.blogspot.com/2007/06/blog-post.html

    Au plaisir !

    Posté par Mani, 21 janvier 2008 à 10:00
  • Je confirme

    Excellenr post ami !
    Néanmoins le sujet de sexualité est rarement évoqué par les femmes autour de moi.
    Etant restée vierge jusqu'au mariage alors que je connaissais mon homme et nous nous aimions depuis presque une année, la pensée qui avait traversé mon esprit après ma nuit de noce était : "QUEL GACHIS" pour tout ce temps perdu sans sexualité avec Amour bien sûr... !!!

    Posté par bakhta, 21 janvier 2008 à 11:52
  • Religion et honneur

    Salut Trainspotting,

    Je voudrais d'abord te dire que j'aime beaucoup te lire

    Tu soulèves un débat important, qui a retenu nombre de sociologues qui travaillent sur le Maghreb. Le problème dont on parle pourrait à mon avis se formuler de la façon suivante : au Maghreb, est-ce la religion qui a "récupéré" (pour utiliser ton mot) tous les secteurs de la culture, sexualité et honneur compris; ou est-ce la culture maghrébine qui s'est taillée une "religion" à la mesure de ses tabous et de son système de l'honneur ?

    Personnellement, je ne tiens pas la religion pour superficielle mais je penche vers la deuxième hypothèse. La culture locale, profondément berbère, quelque soit par ailleurs la langue dans laquelle elle s'exprime (arabe dialectal, dialectes berbères ou arabe littéraire), s'est montrée d'une constance admirable en matière de répression des plaisirs (cf. Tertullien par exemple).

    On peut se poser la question de savoir pourquoi, dans la diversité des islams existants, le Maghreb a choisi précisément le pire en matière de femmes et de sexualité : un malékisme conservateur et intégral. Il aurait pu être soufi ou chiite (les Fatimides), le Maghreb ? Le soufi débite des poèmes par sa bouche, caresse les cheveux de sa bien-aimée par l'une de ses mains et déguste le bon sirop de raisins de l'autre.

    Mais pourquoi justement c'est dans la répression de la sexualité et non ailleurs que le clergé trouve le moyen d'asseoir son pouvoir ? Je ne vois qu'une réponse : parce que la majorité des Maghrébins sont acquis aux idées du clergé sur cette question. En d'autres termes, parce que la culture locale et populaire condamnait elle-même, bien avant le discours des religieux islamistes ou conservateurs, l'usage libre du corps sexué. Et pourquoi le condamnait elle ? parce qu'à mon avis elle en a fait un enjeu d'honneur et de guerre symbolique.

    La religion n'a fait que suivre la culture locale. Elle ne fait que la traduire dans les termes de la théologie du Moyen Age. Et tu as raison, le résultat est une sacralisation des tabous culturels, qui sont transmués en commandements de Dieu et non plus en règles de fabrication humaine.
    Je reste donc d'accord quant à la solution que tu sembles envisager, désacraliser d'abord les principes culturels qui président à la répression des plaisirs, pour ensuite pouvoir les critiquer en tant que principes humains...

    En revanche, l'image médiatique d'un homme qui domine les femelles de sa maisonnée, bien qu'elle correspondent parfois à la réalité, me semble devoir être nuancée : dans ce cas, l'homme est affreusement dominé par sa domination. Au final, personne ne sort indemne de ce système, surtout pas l'homme à qui il semble pourtant profiter.

    Posté par Naravas, 21 janvier 2008 à 23:37
  • Le crime d'honneur

    Salut Mani,

    Tu me donnes de la lecture lol !
    Jai lu le post en question, il est très intéressant. Ca fait plaisir de trouver une telle littérature en arabe, qui ne manque ni d'esprit, ni d'esprit critique

    "J'ai posté à l'auteur les objections suivantes, en espérant qu'il pourra les lire en français.

    اما الإختلاف الثاني هو ان الضحية دائما امرأة و القاتل دائما رجل.
    Non, je ne le crois pas. Dans la société traditionnelle, il y a obligation de tuer aussi, pour les mêmes motifs d'honneur, un voisin ou un étranger qui attente à la réputation de sa femme ou de sa soeur. La victime peut donc aussi être un homme et l'est souvent. Le cycle des vendettas que décrit un Maupassant n'est pas loin de ce cas de figure.

    لكن لماذا يختص المسلمون بهذا النوع من الجرائم دون غيرهم؟
    Non, ce n'est pas une spécialité musulmane. Elle concerne les trois monothéisme et bien plus (Cf. Germaine Tillion, Le harem et les cousins). C'est un crime qui se pratique/pratiquait dans tout le pourtour méditerranéen, dans le sud de la France par exemple, chez les Corses, les Juifs, au Moyen Orient et jusqu'au Japon. L'aire géographique est très étendue mais son épicentre reste la Méditerranée, musulmane et non musulmane.

    السمة الواضحة طبعا ان الضالعين في الجريمة مسلمين، ماذا بعد؟ مسلمون يعيشون في المدن. همم، هل نرى نمط هنا؟
    Très bon questionnement. Tillion explique justement ce phénomène d'une autre manière, en se référant à une société traditionnelle qui se sent menacée par les nouveaux standards urbains qu'elle s'apprète à adopter.

    بقاء القبيلة يعتمد على قوة الأواصر بين افرادها الذي يجمع بينهم رابط الدم
    Rien n'est moins sur ! Les tribus, à supposer que ce concept tienne la route, sont en général composées d'éléments hétérogènes que réunissent non pas les liens de sang mais des alliances historiques et une mythologie partagée."

    merci à toi Mani et à bientôt j'espère

    NVS

    Posté par Naravas, 22 janvier 2008 à 00:21
  • L'Europe et la virginité

    @ Bakhta,

    Vous êtes des millions de femmes dans cette situation ! Dans l'ancien monde, c'était la règle, de Gibraltar jusqu'au Japon lol ! Mais biensur, l'Europe des média cache aujourd'hui ce passé et en fait un tabou : il faut surtout pas dire que nos grands-mères, voire nos mères, restaient vierges jusqu'au mariage ! Autres temps, autres moeurs...

    Posté par Naravas, 22 janvier 2008 à 00:25
  • Question

    Dis moi Naravas, dans l'islam y a t-il des versets ou bien des hadiths qui parlent de l'épanouissement du couple (de l'individu)dans la sexualité. Si l'acte sexuel n'existe que pour enfanter doivent les femmes ménopausées s'abstenir de faire l'amour ?
    C'est très "terre à terre" mais j'aime bien poser ces questions !

    Posté par bakhta, 22 janvier 2008 à 11:51
  • @Naravas:

    D'abord merci et c'est réciproque j'ai beaucoup de plaisir à te lire également

    Tu as donné deux options : "est-ce la religion qui a "récupéré" (pour utiliser ton mot) tous les secteurs de la culture, sexualité et honneur compris; ou est-ce la culture maghrébine qui s'est taillée une "religion" à la mesure de ses tabous et de son système de l'honneur ?"

    Moi je dirai est ce que c'est pas un peu les deux:
    En effet, à l'arrivée des arabes au Maghreb. Les maghrébins ont mixé la nouvelle religion avec les croyances ancestrales (à témoin les poissons les khomsa ...) d'où aussi la sacralisation de la question tribale d'honneur.Mais aujourd'hui on assiste à une nouvelle sacralisation venu d'ailleurs et plus précisément de la prédicateurs sur les nouvelles chaines arabes que des milliers de jeunes tunisiens (pour ne citer qu'eux) écoutent avidement, et dans ces chaines la question de la femme de son corps de sa virginité sont récurrentes, on croirait entendre un disque rayé. Le tabou sur la sexualité a donc été totalement récupéré par les religieux. Mais il faut dire que les deux ne sont pas tellement étrangers l'un à l'autre, ce sont de vieux camarades, si la récupération a été facile c'est bien parce que dans les préceptes du coran s'y rapportent: pas de sexe sans mariage, la femme doit cacher ses ornements, etc.

    Concernant l'image de l'homme dominateur, je l'ai moi aussi nuancé puisque dominateur il est aussi dominé. C'est tout un système en fait avec des relations inextricables:
    - du point de vue de la société : un mec peut coucher avec qui il veut seulement il trouve pas facilement avec qui coucher puisqu'il est prisonnier du même système qu'il a alimenté pour protéger son propre "honneur" qui est dépendant de la sexualité de sa soeur de sa mère etc. d'où frustrations, d'où le fait aussi qu'il regarde les femmes étrangères à son clan comme de potentielles proies soient elles se refusent radicalement et elles deviennent des saintes candidates pour le mariage, soient elles montrent ce qu'ils interprètent comme signe de désir (dans leurs paroles leurs vêtements leur démarche) qu'il le soit ou non n'est pas un problème , et elles sont cataloguées putes consommables
    Pour la femme ce n'est guère plus reluisant , tout le monde de sa mère à son frère à ses amis la poussent à rester vierge et à se pressuriser en silence, en même temps elle doit être féminine pour attirer son futur mari (il faut
    saisir la nuance) et jouer le rôle de la pub malboro: où une main te tend le paquet mais tu ne peux pas le prendre en réalité , ça te donne tellement envie que tu finis par acheter le malboro et épouser la fille.
    Cette même jeune fille deviendra mère et éduquera ses filles à souffrir en silence comme elle et à se vendre comme un paquet de malboro à son futur mari.

    - la religion a grosso modo repris le même système sauf qu'en plus vous avez pas le droit de vous masturber et vous devez cacher vos ornements baisser les yeux etc.

    Si on suit à la lettre les deux préceptes, on aura des mecs qui savent même pas comment faire plaisir à leur femme qui est encore plus analphabète du sexe que lui, et qui après s'être privée pendant des années de tout plaisir apprend qu'elle va s'en priver jusqu'à sa mort à cause de cette même morale qui lui promettait bonheur et merveilles une fois mariée.
    Vu de loin on se dit mais quelle comédie ils se jouent les un les autres tout cela pour finir par coucher ensemble in fine. quand on veut se compliquer la vie , ..he ben on y arrive
    . Je vais répéter mon explication favorite nous n'avons pas eu une véritable révolution 68 l'amour libre et tout le tatouin qui ont totalement secoué les valeurs de la société bourgoise de l'époque et qui malgrè la mort du hippie a laissé en héritage la liberté sexuelle à ses enfants.
    Mais ça c'est en Europe, nous nous étions une société trop jeune pour retenir autre chose qu'un peu de marxisme et la peur de l'islamisme. Nous avons raté le coche et la liberté sexuelle a glissé sur nous sans laisser de trace ou peu s'en faut.
    J'ai conscience d'être parti dans un raisonnement un peu délirant mais au moins une partie reste vraie

    Posté par trainspotting, 22 janvier 2008 à 18:37
  • Grosso modo

    @ Bakhta,

    Je ne connais pas tous les versets et hadiths mais il me souvient de quelques uns qui présentent sous un jour nouveau la question du plaisir. Mais, encore une fois, on peut faire dire à ces textes une chose et son contraire comme l'a noté Maxime Rodinson. Et les controverses interprétatives reprennent de plus belles.

    Exemple, "atou harthakoum ayna ma chietoum" (littéralement et en mauvais français : "prenez votre labour par où vous le désirez" peut signifier que le Prophète donne par là la liberté totale quant à l'usage du corps à des fins de plaisir (au sein du couple hétérosexuel évidemment). Mais tu auras toujours une interprétation rigoriste et moyennageuse d'un Tabari qui te dira : non, la femme est comparée à un champ à labourer car, comme le champ donne une récolte, la femme aussi donne des enfants. Il s'ensuit qu'on ne peut prendre la femme que par là elle donne des enfants. Ce qui veut dire pour Tabari que tout rapport non procréatif est réprouvé. On a ainsi deux tendances, les modernistes qui insistent sur le mot aynama chietoum (où vous voulez) pour fonder la liberté sexuelle dans le couple et les rigoristes qui insistent sur la métaphore du champ pour prohiber les rapports non procréatifs.

    Autre exemple : un hadith compare le plaisir donné par les femmes à la prière, ce qui est très beau. Un autre stipule que le sexe participe même de la foi en Dieu, ce qui est merveilleux. Un troisième donne la piorité au plaisir en tout lieu, dans le sens où les époux sont conviés à l'amour selon leurs désirs même dans les situations les plus gênantes (accepter les avances de son mari pour une femme, fut-elle sur un chameau [c'est un hadith qui stipule par ailleurs selon une autre interprétation une obéissance sexuelle inadmissible]. Mais juste après tu as une série de choses inacceptables pour un esprit non-moyennageux, des hadiths du genre qui souligne la nature maléfique de la femme (je n'ai pas laissé après moi d'autre [motif de] discorde plus nuisible que les femmes; les femmes constituent la majorité des habitants de l'enfer; on peut les frapper quand elles ne veulent pas faire l'amour avec nous (après avoir essayé al maw'dha (le conseil) et en évitant le visage), et j'en passe...

    Tu pourras trouver une partie de ces hadith dans 'ichrata annissa du traditionniste Al Nissa'i (un petit livre).

    Alors, les hadiths et les versets, bien que tranchant dans beaucoup de situations, bien que présentant parfois des assertions claires et inacceptables, sont souvent comme ces dessins des Gestaltistes : dans une position, tu vois le visage grimaçant d'une vieille femme laide et quand tu changes de position tu vois une ravissante jeune fille fille qui sourit. Et selon que tu es d'un bord ou d'un autre, tu projettes en la forme un contenu qui est préalablement en toi...
    Oui, je schématise à l'excès

    Posté par Naravas, 23 janvier 2008 à 19:17
  • @trainspotting :

    Je dirais pour ma part que les fonctions sociales (discours, actes, législation, etc.) ayant trait à la répression sexuelle sont massivement investies par les religieux. Chez un islamiste maghrébin, on ne sait pas vraiment de la foi rigoriste (religion) ou de la foi culturelle (culture maghrébine) ce qui prévaut.

    Tu as complètement raison de dire que la société maghrébine demande à ses femmes des choses contradictoires. Je me souviens de l'histoire d'un père fécond qui empêchait ses filles de sortir et qui les culpabilisait en même temps de ne s'être pas mariées comme les autres. Où pouvaient-elles rencontrer un mari ? Dans la cuisine ? Sans compter les contradictions des hommes : qu'elles soient vierges au mariage tout en sachant parfaitement faire l'amour, qu'elles soient belles et séduisantes tout en n'ayant pas d'effet sur les éventuels "agresseurs symboliques", qu'elles soient "ouvertes" tout en ménageant l'hyperjalousie masculine, qu'elles soient cultivées tout en ayant une culture du consentement et en laissant une avance au mari, etc. Sans compter les contradictions des femmes elles-mêmes, appelées souvent à concilier l'inconciliable (un homme tendre attentionné et affectueux mais viril en même temps, dressées à repousser le plaisir elles se retrouvent en fin de compte avec la mission de l'accomplir, etc.)

    Tout à fait d'accord avec ce qu'une amie appelle le syndrome de la pute et de la maman. Du point de vues des hommes, ce qui fausse gravement la perception des questions sexuelles est le culte de la virilité, fondement berbère et mythologique des cultures maghrébines. Un homme qui se trouve sans aucune expérience en face d'une femme (c'est le cas du grand nombre) se conforme au principes implicites qui structurent ses autres pratiques, à savoir ne pas perdre la face devant les autres, accomplir l'acte selon le vade-mecum culturel masculin et implicite, valoriser et mettre en pratique un certain héroïsme guerrier, etc. (j'explique sans doute mal). Au final, l'acte sexuel est loin d'être un rapport intime entre deux personnes formant un couple, mais une relation sociales aux enjeux d'honneur considérables.

    Enfin, il y a des sociétés où Mai 68 n'est pas passé mais où les choses sexuelles se passent beaucoup mieux.

    Bien à toi,

    NVS

    Posté par Naravas, 23 janvier 2008 à 19:51
  • L'islam version féministe

    J'ai parcouru la rubrique religion sur le magasine "Le courrier de l'ATLAS" de janvier 2008 et ce que j'ai lu m'a émerveillée et agréablement surpris vraiment. J'ai partagé tout ce qui a été dit par ces femmes pas n'importe lesquelles venant du quatre coins du monde. C'est vraiment à lire et je ne vous livre ici que celà : "en étudiant le Coran et la tradition, elles vont prouver que ce n'est pas l'islam qui opprime les femmes mais la lecture machiste qui en est faite.""Est-ce bien le religieux qui opprime ou bien une réalité sociale collective qui se réapproprie le religieux et le reformule selon une représentation idéologique qui lui convient pour affirmer ses pouvoirs ?"", écrit ainsi Asmae Lamrabet, médecin hématologiste à l'hôpital d'enfants de Rabat et intellectuelle engagée dans la réflexion sur la place de la femme en islam."
    "Pour elle, la réponse est claire : l'islam authentique contient des éléments importants de libération, mais il y a eu avec le temps une dégradation de la tradition islamique originelle. La loi islamique n'est pas, selon elle, "la loi de Dieu", mais une création humaine codifiée il y a des siècles dans des sociétés où la femme était considérée comme la propriété de l'homme et où le discours religieux était l'apanage exclusif des hommes. Une fausse interprétation du message coranique s'est donc imposée et a été sacralisée, devenant intouchable et incontestable."
    Etc.
    Enfin l'auteur de l'article dit : " Echapper aux machistes pour tomber dans les mains des islamistes : ce n'est pas le chemin que l'on souhaite aux féministes musulmanes."

    J'ai sincèrement bien aimé.

    Posté par bakhta, 23 janvier 2008 à 23:33
  • féministes

    @Bakhta
    Oui, c'est un effort louable qui est fait par les féministes musulmanes pour produire des interprétations du Coran adaptées à notre temps. Il faut cependant admettre, à mon sens, que parfois c'est tiré par les cheveux...
    Dans le même ordre d'idées, je ferai peut-être un post sur votre compatriote Meddeb

    Posté par Naravas, 25 janvier 2008 à 07:58
  • Je n'ai pas compris ce qui est tiré par les cheveux. Je n'ai pas beaucoup lu sur ce que les féministes avaient écrit pour avoir une idée précise ; je pense aussi qu'il n'y a pas encore suffisamment de recul pour juger de la véracité des études historiques faites par les féministes musulmanes...

    Posté par bakhta, 25 janvier 2008 à 11:36
  • L'historien etla féministe

    @ Bakhta,

    Oui, c'est ce que je voulais dire. On fait de sérieux efforts pour produire un islam (une interprétation des textes) conforme à notre temps, moderne, ouvert, etc. mais cela ne va à mon avis pas sans poser quelques problèmes. Les historiens seront-ils d'accord ? N'y a-t-il pas risque d'anachronisme, de projection du présent ("occidentalisé") sur le passé (doté d'une toute autre civilisation) ? La féministe et l'historien sauront-ils s'entendre ?

    Posté par Naravas, 26 janvier 2008 à 07:17
  • Sicile ... et urbi et orbi

    Très bel article (mais posts ne passaient pas, allez savoir pourquoi ...)

    Le bon de rappeler, comme tu le fais cher ami, que c'est une disposition anthropologique millénaire qui fait parler telle ou telle religion ou idéologie.

    ...jusqu'au aux années 1980, le crime d'honneur était légalement couvert ... en Sicile.

    Posté par Abd El Maakir, 26 janvier 2008 à 11:19
  • Asharq Al Awsat

    Ceux qui le lisent savent déjà: ils s'agit de la rubrique Afaaq Islaamiya (Horizons islamiques)du fameux journal Asharq Al Awsat (Le Moyen-Orient).

    La rubrique s'interroge sur la "légalité" juridique des divorces ... par SMS; ou encore, si une femme diplômé en droit peut faire "greffier" (ou comme clerc de notaire) pour l'acte de mariage !

    Pour ces news médiévales en version électronique, voici le lien: http://www.asharqalawsat.com/sections.asp?section=17&issue=10649

    Posté par Abd El Maakir, 26 janvier 2008 à 11:31
  • Musulmanes voilées ... sinon violées

    La chronique de Leila Babes du 16 janvier 2008 est à vous couper le souffle:

    Au Canada, en Australie, en Arabie Saoudite, en Suède et en France, certains imams guidant les consciences des communautés qu'ils ciblent incitent à la haine envers les femmes, justifient les viols des "mutabarijaat" (les dénudées).

    L'inégalité sexuelle qui frappe les Européens ayant pour référent culturel l'islam ne porte-t-elle pas, sous certaines conditions sociales- à l'imposition d'une ascèse politisée généralisée à toutes et à tous ?

    La chronique de Babes est à retenir ne serait-ce que pour le rappel des faits: http://www.medi1.com/infos/point_vue.php (cf. 16/01/200

    Posté par Abd El Maakir, 26 janvier 2008 à 16:11
  • les religions;

    salutation toute les religions venant de dieu.sont bonne,les ancienne civilisation;on tout, detourner a leure profit,alors c a nous de tourner la page:le coran ainsi ke la bible et la thora c la meme chose.le message et 1 message de paix d amoure de fraterniter.

    Posté par tahar, 04 juillet 2008 à 17:53
  • Les stéréotypes

    " Et qui est plus égaré que celui qui suit sa passion sans une guidée d'Allah ?"

    J'ai croisé ce forum des commentaires par hasard, faute de temps, je me contenterai de rappeler quelques versets du Coran, "et qui est véridque en parole de Dieu" :


    1-

    « Est-ce que les gens pensent qu'on les laissera dire : “Nous croyons ! ” sans les éprouver ? » Sourate 29, V : 1

    2-

    « Et vous serez certes, interrogés sur ce que vous faisiez. » Sourate 16, V : 93

    3-

    « Le jour où chaque âme se trouvera confrontée avec ce qu'elle aura fait de bien et ce qu'elle aura fait de mal; elle souhaitera qu'il y ait entre elle et ce mal une longue distance ! Allah vous met en garde à l'égard de Lui-même. Allah est Compatissant envers [Ses] serviteurs. » Sourate 3, V :30

    4-

    « Celui qui sait que ce qui t'est révélé de la part de ton Seigneur est la vérité, est-il semblable à l'aveugle ? Seuls les gens doués d'intelligence réfléchissent bien, » Sourate 13,V :19

    5-

    « Ceux qui commettent des mauvaises actions comptent-ils que Nous allons les traiter comme ceux qui croient et accomplissent les bonnes oeuvres, dans leur vie et dans leur mort ? Comme ils jugent mal ! » Sourate 45, V : 21

    6-

    « Mais s'ils ne te répondent pas, sache alors que c'est seulement leurs passions qu'ils suivent. Et qui est plus égaré que celui qui suit sa passion sans une guidée d'Allah ? Allah vraiment, ne guide pas les gens injustes. » Sourate 28, Verset 50.

    7- Et pour conclure :

    « Est-ce que celui qui se base sur une preuve claire venant de son Seigneur est comparable à ceux dont on a embelli les mauvaises actions et qui ont suivi leurs propres passions. »

    Assez de vous laissez duper par des palabres sataniques et contentez vous de vous soumettre à votre foi et à votre créateur ? Ne laissea pas votre raison vous conduire hors des limites, et comencez par une lecture personnelle et analytique du Coran au lieu de laissez les autres vous conduire vers l'erreur.

    Posté par Mounir, 25 août 2008 à 17:13
  • Compilation

    @ Mounir :
    Bon, je ne vous cache pas que ce genre d'argumentation reste sans écho à mon niveau. Lesversets que vous citez, nous les avons tous lus et il suffit d'un Coran numérisé interrogeable informatiquement pour les mettre en évidence et les aligner sur une page texte. Mais cela ne s'appelle pas réfléchir...
    Et surtout, la vocation du Coran n'a jamais été de se substituer à la réflexion profane.
    NVS

    Posté par Naravas, 04 septembre 2008 à 20:49

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