angles de vue...

Point de vue africain sur des questions de la culture et de l'actualité. Petit journal des idées de l'auteur. Les rêves et l'imagination d'un homme qui a vu sourire les étoiles et qui s'est promis de sentir le parfum de toutes les matinées embaumées.

20 août 2009

L’extermination de l’intelligentsia algérienne (1993-1998)

L’extermination de l’intelligentsia algérienne

Sur le massacre des intellectuels (1993-1998)
par les islamistes armé
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           Genocide_2
       On peut considérer par convention que la guérilla des islamistes algériens commence effectivement le 13 février 1992, date de l’attentat de la rue Bouzrina (Casbah, Alger), qui a coûté la vie à six policiers, attirés dans une embuscade. C’est exactement une année et un mois plus tard, soit le 14 mars 1993, que tombe le premier intellectuel (Hafid Sanhadri, cadre du ministère de l’emploi) sous les balles assassines des fondamentalistes armés. Et depuis, les meurtres d’artistes et d’intellectuels se poursuivent jusqu’en 1998, parfois au rythme de plusieurs par mois. C’est ce qui indique l’existence d’un plan préétabli, avec des listes attestées d’intellectuels à abattre, triés en raison de leur disposition critique face à l’idéologie islamiste…


         On assiste entre 1993 et 1998 à la mise en exécution d’un véritable projet d’extermination des intellectuels algériens par les islamistes armés, toutes tendances confondues. C’était un « génocide programmé ». On ne s’attaquait pas seulement aux intellectuels francophones, considérés par eux comme une continuation maléfique de la présence française, mais même aux arabophones qui faisaient entendre un son de cloche différent. Un terme d’origine afghane, chargé en valeurs négatives, servait à désigner les membres de l’intelligentsia non islamiste : ce sont des « communistes » (chouyou’iyoune)! Dans l’idéologie islamiste, un « communiste » représente l’ennemi par excellence, un ennemi à la fois puissant et injuste, comme l’étaient les Russes (communistes) pour les Afghans musulmans. Mais c’est aussi un « athée », un « laïque » ou un « apostat », ce qui signifie indistinctement à leurs yeux kâfir (mécréant), méritant d’être exécuté pour délit de mécréance. En plus d’être injustes, apostats et ennemis de la religion (‘adouw allah), ces intellectuels constituent aussi aux yeux des islamistes les « suppôts » les plus objectifs du Tâghout, le pouvoir désigné par le terme de « Tyran ». On se rappelle que la déclaration de djihad d’Ikhlef Cherati ciblait non seulement le pouvoir mais aussi « ses soutiens » et les « partisans de l’occidentalisation » en général. On se rappelle aussi les paroles d’Ali Benhadj, répercutées dans les organes du FIS, qualifiant les journalistes de « judéo-sionistes ».

Ces convictions sont partagées du reste par toutes les tendances du maquis. L’un des premiers émirs du GIA, Jaafar al Afghâni (septembre 1993 - février 1994), prononce une terrible sentence dans un entretien accordé à un journal arabe : « les journalistes qui combattent l’islam par la plume périront par la lame » (Zerrouky, p. 127). Combattre l’islam, c’était refuser l’ordre que les fondamentalistes voulaient imposer. Or, la presse indépendante et les intellectuels critiques, qui ont eu accès à une grande liberté d’expression (surtout écrite) après 1989, sont majoritairement opposés au projet de constitution d’un état théocratique en Algérie. Ils l’ont exprimé à travers leurs publications et leurs prises de position, et c’est ce qui les a directement désigné à la vindicte islamiste. En Janvier 1993, des feuilles de Minbar al Djoumou’a, une publication clandestine du FIS, accrochées à l’entrée de la mosquée « Le Plateau » à Alger, dressaient une liste d’intellectuels et de journalistes à assassiner. La littérature du GIA appelait à liquider la « presse mercenaire » qu’elle accusait d’altérer la réalité de la lutte armée et de mener « une guerre médiatique contre le djihad ».

Les premières personnalités ciblées sont les intellectuels du CNSA (Comité National de Sauvegarde de la République), qui avait appelé, rappelons-le, à l’interruption du processus électoral après la victoire du FIS au premier tour des élections législative du 24 décembre 1991. Le 14 mars 1993, à la cité Garidi (Alger), tombe Hafidh Sanhadri, cadre du ministère de l’emploi, porte-parole du CNSA, assassiné près de chez lui.
Djilali_Liabes__sociologueDeux jours plus tard, le 16 mars, est assassiné le sociologue Djilali Lyabès, ancien ministre sous le président Boudiaf. Le 17 mars, le Dr Lhadi Flici, pédiatre, est à son tour abattu dans son cabinet de la Casbah.
Tous les partis politiques condamnent ces assassinats, mis à part les islamistes dits « modérés », qui n’avaient pas pris les armes, comme le parti Hamas de Mahfoud Nahnah et le parti Nahdha de Djaballah. Au lieu de prendre des mesures urgentes, le chef du gouvernement de l’époque, Bélaïd Abdesselam, se lance dans une attaque en règle contre les « laïco-assimilationnistes », étiquette insultante par laquelle il désignait les membres des partis démocrates et les intellectuels.

Le 22 mars 1993, le chef du puissant syndicat étatique UGTA, Boualam Benhamouda, qui avait échappé à un attentat, appelle à une marche de protestation contre ces assassinats et le terrorisme en général. 500 milles personnes ont courageusement défilé à Alger, en scandant des slogans demandant à juger les assassins.

La mobilisation populaire n’a pourtant pas freiné les exécutants du projet d’extermination des gens de plume. Une Omar_Belhoucher__directeur_d_Al_Watanfemme, Karima Belhadj, cadre de l’administration de la police, est assassinée le 3 avril et le 10 avril ; El Hachemi Cherif, ancien colonel de l’ALN, chef du parti de gauche Ettahadi [le Défi], échappe miraculeusement à un attentat. Les communistes (les vrais cette fois) et les hommes politiques soupçonnés d’être « de gauche » sont particulièrement ciblés, car assimilés aux Russes mécréants. Le 17 mai, le directeur du journal Al Watan, Omar Belhouchet, personnage symbole de la presse libre en Algérie, échappe à une tentative d’assassinat à Bab Ezzouar (Alger), devant son fils, alors qu’il conduisait celui-ci à son école. Le même jour, des terroristes rôdaient autour du siège du journal Le Matin, munis de photos agrandies de journalistes à tuer. Alertée, la police les a éliminés, non sans peine.

Tahar_Djaout___crivainL’assassinat qui a provoqué un profond émoi fut celui de l’un des plus grands écrivains de l’Algérie indépendante, Tahar Djaout, sans doute parce qu’il ravive dans la mémoire populaire le souvenir de l’assassinat d’un autre écrivain, Mouloud Feraoun, par l’OAS en 1962. Ancien professeur de mathématiques à l’université de Bab Ezzouar, poète, journaliste et écrivain de notoriété internationale, Djaout (auteur entre autres de : Les vigiles, L’invention du désert, Les Chercheurs d’os, L’exproprié, Le dernier été de la raison; cf. bibliographie) avait pris auparavant des positions dures contre l’intégrisme, qu’il qualifiait de « fascisme théocratique ». Il avait écrit dans l’une de ses chroniques une phrase prémonitoire devenue le slogan de la presse indépendante en Algérie : « si tu parles, tu meurs, si tu te tais, tu meurs, alors écris et meurs ! ». Le 26 mai 1993, deux jeunes qui l’attendaient dans l’escalier de son immeuble lui tirent deux balles dans la tête avant de prendre la fuite. Le malheureux succombe à ces coups quelques jours plus tard. Ses funérailles en Kabylie furent émouvantes et grandioses.

Mahfoud_Boucebci__p_re_de_la_psychiatrie_alg_rieenneLe 15 juin 1993, à 9h30, Mahfoud Boucebci, figure emblématique de la psychiatrie algérienne, président de la Société Algérienne de Psychiatrie, vice-président de l’Association Internationale de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent (auteur notamment de Psychiatrie, société et développement et de Maladie mentale et handicap mental), connu pour son opposition à l’islamisme, est poignardé à l’entrée de l’hôpital Drid Mohamed où il exerçait ses fonctions. Une semaine plus tard, le 22 juin, le sociologue Mhamed Boukhobza, qui avait travaillé avec Pierre Bourdieu, réputé pour ses recherches sur la disparition de la société pastorale en Algérie, est ligoté ainsi que le reste de sa famille dans son domicile du Télemly (Alger). Isolé dans une pièce de son appartement, il fut égorgé comme un mouton puis poignardé. « Une à une, les têtes pensantes de l’Algérie sont froidement liquidées » (Hassane Zerrouky, p. 132).

Les assassinats continuent pendant l’année 1994, avec le meurtre le 5 mars du directeur de l’école des beaux arts d’Alger, Ahmed Asselah et de son fils unique, Rabah. Cet homme avait fait de son école l’une des meilleures d’Afrique. Un peu plus d’un mois auparavant, le 30 janvier est tué Rachid Tigziri, dirigeant du parti Abdelkader_Alloula__dramaturgedémocrate le RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie, considéré comme « impie » car prônant la laïcité). Le 1er février, Olivier Quemeur, caméraman de la chaîne ABC, est criblé de balles à la Casbah, tandis que ses collègues, Yves Ménari et l’australien Scott Allan White, sont grièvement blessés. L’aversion des islamistes armés pour l’art se poursuit avec l’assassinat le 10 mars à Oran d’Abdelkader Alloua, le plus grand dramaturge algérien, animateur pendant plus de 30 ans d’un théâtre en arabe populaire (il avait mis en scène El Ghoula de Rouiched, Le sultan embarrassé de Tewfik al Hakim, Numance de Cervantès, etc. il a joué aussi comme acteur dans plusieurs autres pièces et films et a adapté en arabe algérien Gogol et de Gorki, avec son ami Medjoubi).

Le journal indépendant Hebdo Libéré, farouchement anti-islamiste, fut ciblé le 21 mars par une attaque terroriste se soldant par la mort de deux journalistes et d’un chauffeur. Le professeur Salah Djebaïli, célèbre chercheur en écologie, spécialiste des régions désertiques et recteur de l’université de Bab Ezzouar (Alger), fut abattu le 31 mai. Il refusait d’ouvrir des salles de prière à l’intérieur de son établissement. Ferhat Cherki, journaliste, et Youcef Fathallah, président de la LADH (Ligue Algérienne des Droits de l’Homme), furent respectivement assassinés le 7 et le 18 juin. Le directeur de l’Ecole Vétérinaire d’Alger (ENV), Mohamed Bekkouche, est tué le 10 juillet à l’intérieur de son école, située dans la banlieue est d’Alger. L’islamologue et professeur de sociologie Rabah Stambouli, promoteur d’un islam tolérant et progressiste, est abattu le 23 août à la sortie de l’université de Sa_d_Mekbel__Directeur_du_quotidien__Matin__assassin_Tizi-Ouzou. Antar Zouabri tue avec son groupe les journalistes Ahmed Issaad et Lakhal Yasser le 31 novembre 1994. Saïd Mekbel, directeur du quotidien indépendant Le Matin, auteur d’une chronique corrosive contre le pouvoir et les islamistes, est assassiné le 4 décembre alors qu’il s’attablait dans une pizzeria située non loin des bureaux de son journal. Il laisse derrière lui notamment un court et beau texte, écrit le jour de sa mort et intitulé « ce voleur qui… » (*), un billet qui résume à lui seul l’état de la corporation journalistique, prise en étau entre la répression du régime et les armes des barbus. Le cinéaste et réalisateur Djamel Fezzaz [qui a réalisé notamment La grande tentative, L’affiche – qui met en scène l’acteur Rouiched –, Lahn al amal (La mélodie de l’espoir), El Waciyya (le Testament), etc.] est blessé par balles à Bab El Oued le 8 février 1995. Azzedine Medjoubi, directeur du Théâtre national algérien [a adapté Le journal d’un fou de Gogol sous le titre Hissaristân, Les bas-fonds de Gorki, La bonne âme de Se-Thouan de Brecht, etc. ; a monté Aalam el Baaouche (Le monde des insectes), El Houinta (La boutique) ; et a joué dans un grand nombre de pièces comme Hafila tassîr (Un bus en mouvement), Bâb El Foutouh, etc.] est tué devant son établissement le 13 février. Le 15 février tombe à Nabila_Djahnine__f_ministeTizi-Ouzou une militante démocrate, Nabila Djahnine, architecte, féministe responsable de l’association « Cris de femmes » (Thighri Netmettuth). Ces féministes « débauchées » (moutabaridjat, terme presque intraduisible) constituent de graves menaces contre les mœurs et la société islamiques, selon les fondamentalistes.
A Oran, est assassiné le 17 février un grand nom de l’histoire du Raï, Rachid Baba Ahmed producteur de musique et impresario de plusieurs vedettes de cette musique jugée « satanique » par les islamistes, [c’’est lui qui a fait connaître Cheb Khaled, qui a lancé Chebba Fadela, Cheb Sahraoui et Cheb Anouar]. Djamal Zaïter, un journaliste qui se recueillait sur la tombe de sa mère, fut surpris et assassiné en plein cimetière.
Cheb_Hasni__idole_du_Rai
Les assassinats, que nous ne pourrons pas tous citer (cf. une liste de 100 journalistes assassinés entre 1993 et 1997), se poursuivent avec les attentats contre des personnalités publiques, des vedettes de la chanson et contre n’importe qui exprimant une opinion anti-islamiste ou ayant une activité jugée subversive ou non conforme aux canons fondamentalistes. Le 8 septembre 1994, Abderrahmane Rebiha, professeur d’agronomie à l’université de Blida, meurt sous les balles du GIA. Le 13 septembre vient le tour d’Abderrahmane Ferhdeheb, universitaire, économiste, auteur de plusieurs livres. Le chercheur se savait menacé et tentait d’obtenir un visa pour la France, ce qui lui fut refusé à trois reprises. Le 29 septembre 1994 est assassiné une idole de la musique raï. Après l’avoir sommé plusieurs fois d’arrêter sa musique « démoniaque » et « débauchée », Cheb Hasni, un chanteur prolifique et adulé, est assassiné devant le Matoub_Lounes__assassine_en_1998domicile de ses parents, dans le quartier « Gambetta » d’Oran, malgré son immense popularité. Ses funérailles rassemblèrent d’immenses foules et bouleversèrent la jeunesse algérienne. Au même moment, en Kabylie, le poète et chantre de la cause berbère, Matoub Lounès, est enlevé le 25 septembre et séquestré par un groupe armé dirigé par l’émir du GIA Aït Ziane. Le poète fut jugé par un «tribunal islamique » du maquis et finalement « acquitté » et libéré grâce à la pression d’une formidable mobilisation populaire. Mais le répit fut court, puisqu’il sera criblé de balles le 25 juin 1998, dans des circonstances non élucidées, alors qu’il était de retour chez lui après un long exil en France.


Un climat de terreur est instauré par les islamistes chez les intellectuels. A chaque retour d’enterrement, ces derniers se demandent à qui sera le prochain tour. Les lettres de menace parviennent par centaines aux rédactions de journaux et aux domiciles des concernés. La peur s’installe et les gens apprennent à se tenir laRachid_Mimouni_3 langue pour ne pas subir un sort funeste, d’autant plus que les sympathisants des islamistes armés étaient partout. Les murs avaient des oreilles. Les groupes armés pouvaient en effet compter sur tout un petit peuple de partisans, employés comme informateurs, comme « délateurs » ou sollicités pour assurer la logistique du djihad. Certains artistes et intellectuels changent d’appartement, d’autres déménagent. Nombre d’entre eux modifient leurs itinéraires et leurs habitudes ou se déguisent complètement pour sortir de chez eux. Certains, comme Rachid Mimouni, écrivain qui a eu le courage d’écrire dés 1992 une analyse éclairée du phénomène intégriste (De la barbarie en général et de l’intégrisme en particulier), et Omar Belhouchet, journaliste et directeur du journal Al Watan, furent littéralement traqués, avant d’être la cible d’attentats manqués.


Le gouvernement algérien s’est montré incapable de protéger ses intellectuels et ses citoyens, quand il ne les réprimait pas par-dessus le marché. C’est dans cette ambiance d’impuissance face au crime que se produisit l’une des plus irréparables conséquences de la guérilla islamiste : des milliers d’intellectuels prennent le chemin de l’exil, sans aucun espoir de retour. Les universités se vident progressivement et les cadres du pays affluent vers la France, l’Europe et le Canada. C’est ainsi que l’Algérie est progressivement vidée de son intelligentsia. Mais l’islamisme armé, dont le but consistait à faire taire toute voix discordante, n’a pas réussi à réduire les journalistes et les penseurs algériens. La presse indépendante a continué à critiquer violemment l’islamisme tandis que les intellectuels étaient plus que jamais déterminés à dénoncer le côté « fasciste » du mouvement intégriste.
Les assassinats ont aussi ciblé d’autres personnalités publiques et des cadres de l’UGTA, syndicat officiel mais, paradoxalement, populaire parmi les travailleurs. La « centrale syndicale », comme on l’apelle en Algérie, s’est opposé frontalement à l’islamisme et a connu très tôt des affrontements avec un autre syndicat concurrent, le SIT (Syndicat Islamique du Travail, une organisation mise sur pied par Abassi Madani dont le but est d’enrégimenter les travailleurs dans la tâche de fondation de la République islamique. L’UGTA perdra près de 800 syndicalistes, assassinés par les islamistes entre 1993 et 1997.

Qui sont derrière ses assassinats ? Ceux qui les perpétuent ne s’en cachent pas, loin de là. Ils les revendiquent comme des faits d’armes pouvant assurer à leurs auteurs une place honorable dans la future RépubliqueAnouar_Haddam islamique. Dans un entretien accordé à l’AFP, Anouar Haddam, chef islamiste jouissant de l’hospitalité des Etats-Unis et de l’Angleterre, revendiquait l’assassinat de Boucebci en le qualifiant d’« exécution d’une sentence par les moudjahidine ». Etebcira, bulletin clandestin du FIS, revendique l’assassinat de Tahar Djaout et le justifie par « son communisme et sa haine viscérale de l’islam », au moment où il motive l’attentat contre Belhouchet par « sa francophonie outrancière ». Haddam reprend sa plaidoirie de justification des meurtres d’intellectuels en octobre 1993, en lançant : « Qui sont ces soi-disant intellectuels ? », « nous les connaissons un par un, ce ne sont pas des innocents ! ». Il reprochait notamment aux journalistes « leurs éditoriaux assassins » (Cités d’après Zerrouky, pp. 132-133).

Mourad_DhinaMourad Dhina, un responsable islamiste actif dans les réseaux du FIS à l’étranger, déclare des années plus tard à propos des intellectuels assassinés : « personne n'a pleuré nos morts parmi ceux là ». Il ajoute : « Certains ont choisi une voie de confrontation, une voie de provocation d'une jeunesse, et qu'ils ont payé ce prix. Que ces intellectuels de gauche aient le courage d'assumer leur action, qu'ils disent nous nous sommes engagés dans une guerre et que certains d'entre nous [l'] ont payé de leur vie. Qu'ils en fassent des martyrs pour eux ! » (Mourad Dhina, in Aoudia et Labat). Ainsi, la prise de position politique était tout simplement assimilée par les intégristes et leurs défenseurs politico-médiatiques à l’engagement militaire dans une guerre, sans aucune gêne quant au sophisme démagogique que comporte leur formule. En d’autres termes, on vous tue parce que vous n’avez pas pris notre parti…Voilà qui nous renseigne sur ce qu’est la liberté d’expression et d’opinion dans une République Islamique.
Durant la rencontre de Rome (1995), Ali Yahia Abdenour, avocat du FIS et président de la LADH, dira : « on tue les journalistes et les intellectuels qui ont une position et une opinion » ; il ajoutera : « nous sommes contre les meurtres de journalistes, de militaires et de policiers qui ne sont pas engagés dans la lutte » (El Watan, 12 janvier 1995) [remarquons l’amalgame entre prise de position intellectuelle ou politique et engagement militaire, entre la plume et les armes].
 

Le Front Islamique du Djihad Armé (FIDA)

Tous les djihadistes sont d’accord sur le principe de l’assassinat des intellectuels, assimilés aux « communistes » et aux « apostats ». Des
listes de gens à abattre, confectionnées par des commanditaires informés, circulent dans les maquis. Les exécutants, eux, ignorent parfois jusqu’à l’identité de leurs victimes. Ils tuent un « soutien du Taghout » parce que son nom était apparu sur une liste. Cette répartition des tâches dans le travail criminel permettait aux commanditaires d’avoir les mains propres et aux exécutants d’avoir la conscience tranquille.

Certains de ces meurtres sont commis par le GIA. La majorité reste cependant le fait d’une organisation particulière, à implantation urbaine, spécialisée dans l’assassinat des opposants aux islamistes, des intellectuels, des journalistes et des personnalités publiques. Il s’agit du FIDA, Front Islamique du Djihad Armé. C’est un groupe qui a été fondé par des membres djazaristes du FIS, conduits par Mohamed Saïd. Il recrute essentiellement parmi les étudiants et les enseignants islamistes. Très actif au niveau des universités d’Alger, de Blida et de Constantine, il puisait notamment dans les anciens militants du Mouvement Universitaire pour la Défense du Choix du Peuple (MUDCP). Rien de surprenant de trouver à sa tête essentiellement des universitaires, comme Thâbet El Aouel, professeur de physique à l’université d’Alger, Mohammed Boudjelkha et Mustapha Brahimi, enseignants de physique à Bab Ezzouar (Alger). Le groupe opère discrètement, circule sans barbe et avec de fausses identités et prend résidence de préférence dans les beaux quartiers d’Alger, comme Hydra. « A l’étranger, écrit Hassane Zerrouky, [le FIDA] est représenté par Thabet El Aouel, Anouar Haddam, et Mourad Dhina, tous universitaires » (Zerrouky, pp. 136-137)
Les émirs de l’organisation sont les suivants :

     - Abdelwahab Lamamra (1993 - fin 1995)
     - Mustapha Brahimi, dit Abou Houmâm (1995 - 1996)
     - Mohammed Djebarra (mai 1996 - janvier 1997)
     - Abdelkader Seddouki (janvier - mars 1996)
     - Amine Haddad (mars 1997 - octobre 1998)

Le FIDA a revendiqué un certain nombre de meurtres à travers sa publication clandestine, Al Fida, dont celui de Tahar Djaout, Djilali Liabès, et Ahmed Aselah (entre autres). 
Après la tentative d'unification du mouvement armé de Mohamed Saïd, le FIDA s'est rallié au GIA en 1994. Mais Djamel Zitouni, à l’origine de l'exécution des djazaristes, élimine également l’émir du FIDA, Abdelwahab Lamamra et son acolyte, Hamid Boucha. A partir de ce moment, le FIDA s’éloigne de l'organisation de Djamel Zitouni et se tourne vers les futures AIS et LIDD (Ligue Islamique pour la Da’wa et le Djihad). Son démantèlement par les forces de sécurité les a poussés à accepter l'amnistie de Bouteflika et à déposer les armes. Ses membres bénéficièrent du pardon intégral du président.
L’implication d’une organisation à caractère universitaire dans l’assassinat d’intellectuels soupçonnés « d’occidentalisation » ou « d’apostasie » témoigne de la transposition, par une partie de l’élite islamiste algérienne, des différends qui existaient au niveau intellectuel, sur le terrain armé. Les problèmes qu’on règle ailleurs par le débat, à coups de plume et de polémiques, les universitaires islamistes les ont réglés à coup de couteaux et d’armes à feu.

Republique_islamiquePourquoi ces intellectuels ont-ils été tués ? A quelle logique répond leur mort ? (**) Le préalable à la fondation d’une République Islamique en Algérie s’est avéré être la destruction de la pensée non religieuse par l’élimination physique de ses auteurs. On comprend cette disposition quand on se souvient que pour l’idéologie islamiste il ne s’agit de retenir de la pensée universelle que l’aspect technique, supposé neutre, en rejetant l’immense production intellectuelle sur la société, l’art, la psychologie, l’anthropologie, la philosophie, etc. Ces derniers domaines sont purement abolis et remplacés par la foi religieuse et la législation dite islamique. L’assassinat des intellectuels n’est de ce point de vue que la traduction en faits concrets de cette clause idéologique : pour abolir le savoir non religieux concernant la société (au sens large), il convient en effet de supprimer physiquement ses promoteurs, écrivains, intellectuels, sociologues, psychiatres, philosophes, etc. Cet obscurantisme est directement hérité, avouons-le, des nationalismes de la post-indépendance, dont le souci fut de préserver une soi-disant « personnalité » (islamique, algérienne, etc.) contre « l’invasion culturelle occidentale » [dont cette intelligentsia était la pointe], en s’opposant aux acquis les plus décisifs de la pensée contemporaine.

L’instauration d’un ordre islamique immuable, supposé voulu par Dieu Tout-Puissant, est caractérisé par un unanimisme qui va de l’Unicité tout azimut (un seul Dieu, un seul Dogme, une seule Interprétation, etc.) à la communion dans la Foi. Le temps dans lequel voudrait évoluer la future société islamique est celui de l’abolition de l’histoire. Plus rien ne bougera, une fois l’ordre divin instauré sur terre. Les voix discordantes se situeront de facto dans le camps des hors-la-religion-de-Dieu, des traîtres à l’ordre divin, leurs porteurs deviendront des mécréants passibles d’assassinat. L’ordre intégriste ne laisse aucune place pour les marges, pour la différence, la diversité (sexuelle, intellectuelle, religieuse, sociale, etc.), la dissidence, la dissonance; c’est un centre qui aspire et broie tout sur son passage.

L’idéologie islamiste se donne le monopole de la religion vraie et s’arroge le pouvoir d’excommunier quiconque jugé non-conforme à ses desseins. Grâce à ce pouvoir takfiriste [qui lui permet de déclarer kafir, « mécréant » ou « apostat »], elle réduit ses victimes au statut de « mécréants » dont le meurtre devient licite.
Dans ces action contre l’intelligentsia, l’islamisme armé s’est aussi distingué par des méthodes particulièrement atroces, poussées jusqu’au summum de la barbarie (ex. égorger un intellectuel après l’avoir humilié et dévêtu devant sa femme et ses enfants). Ce mépris des droits humains découle lui aussi des fondements théologiques de l’idéologie intégriste. L’islamisme n’a en effet que faire de droits énoncés par des humains (bachar) quand lui se proclame être « le bras de Dieu », c'est-à-dire l’exécutant terrestre de verdicts divins. Les conceptions humaines font pâle figure devant le Commandement divin et l’homme est selon elle un usurpateur quand il se met à légiférer à la place du Tout Puissant. Or, le Dieu des islamistes n’est pas fait de clémence, mais de terreur envers ses ennemis, ceux qui ont dérogé de la Voie Droite. Ce n’est pas le Miséricordieux, mais le Vengeur (Al Mountaqim) et le Dominateur [qui écrase] (Al Qahhar). Gagner ses faveurs, c’est appliquer sans fléchir ses justes sentences contre les ennemis de la Religion, et elles sont d’autant plus justes qu’elles sont terribles.

Anouar_BenmalekLe problème de la responsabilité morale de tout le petit peuple des Algériens sympathisants de l’islamisme est autrement plus délicat. «  Le boulanger, le chômeur, l’ouvrier, l’adolescent boutonneux, le voisin de palier avec lequel vous plaisantiez le matin avant d’aller au travail, toutes personnes se concevant comme bonnes et honnêtes, écrit Anouar Benmalek, se transformaient peu à peu, à leur insu peut-être, en loups capables de tuer. Ou, du moins, capable de contribuer à tuer, par la délation à la mosquée, le soutien moral et matériel aux « djihadistes », et la complaisante – et non moins criminelle – approbation quand la tête d’un voisin journaliste sera déposée devant le domicile de ses parents : « Ah, il l’avait bien cherché, ce mécréant, à se mettre tout le temps au travers des desseins des défenseurs de la vraie foi ! ». Je n’invente rien malheureusement, j’ai entendu à maintes reprises ce crachat verbal, sous cette forme ou sous une autre, au marché, à l’université, chez l’épicier…après le meurtre d’un écrivain, d’un intellectuel, d’un chanteur » (p. 16).

 

Naravas

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Bibliographie partielle :

  •  Aoudia Malek, Labat Séverine, Algérie 1988-2000 : autopsie d’une tragédie, [DVD-ROM], Ed. Compagnie des phares et balises, 2003.
  •  Benmalek Anouar, 2003, Chroniques de l’Algérie amère, Algérie 1985-2002, Paris, Ed. Pauvert.
  •  Khelladi Aïssa, Le Fis à l’assaut du pouvoir, Alger, Ed. Marsa, 2002, Première édition sous le titre Algérie, les islamistes à l’assaut du pouvoir, Ed. L’Harmattan, 1995
  •  Labat Séverine, Les islamistes algériens entre les urnes et le maquis, Paris, Ed. du Seuil, 1995
  •  Rachid Mimouni, 1992, De la barbarie en général et de l'intégrisme en particulier, Belfond-Le Pré aux clercs.
  •  Zerrouki Hassane, La nébuleuse islamiste en France et en Algérie, Paris, Ed. Editions 1, 2002
  •  Confluences Méditerranée n° 25, Printemps 1998, « La parole aux Algériens : Violence et politique en Algérie », Ed. L’Harmattan (en ligne)  

 

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Notes

(*) Voici le dernier texte de Saïd Mekbel, "Ce voleur, qui..." :
« Ce voleur qui, clans la nuit, rase les murs pour rentrer chez lui, c'est lui. Ce père qui recommande à ses enfants de ne-pas dire dehors le méchant métier qu'il fait, c'est lui. Ce mauvais citoyen qui traîne au palais de justice, attendant de passer devant les juges, c'est lui. Cet individu, pris dans une rafle de quartier et qu'un coup de crosse propulse au fond du camion, c'est lui. C'est lui qui, le matin, quitte sa maison sans être sûr d'arriver à son travail et lui qui quitte, le soir, son travail sans être sûr d'arriver à sa maison. Ce vagabond qui ne sait plus chez qui passer la nuit, c'est lui.
C'est lui qu'on menace dans les secrets d'un cabinet officiel,le témoin qui doit ravaler ce qu'il sait, ce citoyen nu et désemparé... Cet homme qui fait le voeu de ne pas mourir égorgé, c'est lui. C'est lui qui ne sait rien faire de ses mains, rien d'autres que ses petits écrits. Lui qui espère contre tout parce que, n'est-ce pas, les rosés poussent bien sur les tas de fumier. Lui qui est tout cela et qui est seulement journaliste. » (Saïd Mekbel)

(**) Les "Qui tue quistes" essayeront d'imposer une vision parcellaire de ces assassinats, en les considérant au cas par cas, en les extirpant de l'ensemble qui leur donne sens. Ils refuseront obstinément de les envisager comme des faits formant une série cohérente, répondant à un plan d'action établi et exécuté par les islamistes armés. Ils préféreront une vision atomiste, policière, sécuritaire, dont le résultat est de dissimuler les liens qui relient les cas entre eux, les liens qui relient les crimes à leurs motivations idéologiques, et enfin les liens entre les assassinats et leurs revendications par les groupes armés dans le contexte où ils étaient commis. Les raisons qui fondent cette vision atomiste transparaissent clairement quand ces mêmes "qui tue quistes" avancent des allégations fictives et improuvables à propos de chaque assassinat : pour eux, Katia Bengana serait un "crime passionnel", un tel est tué par la sécurité militaire, un troisième s'est suicidé, etc. Quand ils parlent des intellectuels assassinés, ils précisent souvent leur couleur politique et minimisent leur importance, comme pour souligner que les victimes étaient tuées à cause de leur "engagement dans une guerre" : ce qui rejoint l'argumentaire du FIS et des groupes armés. Et bien entendu, le résultat des courses, toujours selon cette vision, consiste à endosser  tous les assassinats aux services de l'armée algérienne en recourant à des théories du complot abracadabrantes (ça devient, à un moment donné, du Gérard de Villiers politique) et, comme par hasard, à blanchir complètement les islamistes (qu'ils qualifient d' "opposition armée") de leurs crimes odieux. On reviendra, dans un prochain post, sur cette vision très favorbale à l'ex-FIS. 

 

Posté par Naravas à 21:22 - CONNAISSANCE DE L'ISLAMISME FONDAMENTALISTE - Commentaires [29] - Permalien [#]

Commentaires

    merci

    J'ai vraiment appris beaucoup de choses en vous lisant. Merci pour votre effort de rigueur. J'ai toujours autant de mal à saisir "à qui profite le crime" et la raison de cette passivité quasi ovine devant l'horreur.
    Bon jeûne et bien à vous.
    MALI

    Posté par MALI, 22 août 2009 à 19:59
  • République islamique?

    "En d’autres termes, on vous tue parce que vous n’avez pas pris notre parti…Voilà qui nous renseigne sur ce qu’est la liberté d’expression et d’opinion dans une République Islamique."

    Ce passage de votre texte Naravas me trouble parce que c'est un amalgame délibéré. Ces tueurs que vous présentez ne sont que des dictateurs et de ce fait leurs idéologies poussées à l'extrême comme leurs méthodes sont bien loin de la république de plus islamique. L'homme qui a la foi n'assassine pas il s'exprime.

    Mais j'apprends beaucoup sur le malheur algérien avec votre article néanmoins.

    Posté par Un croyant, 22 août 2009 à 23:18
  • Passivité

    @ Merci à toi Mali :

    Saha Ramdanek à toi aussi ! Bon Ramadan à tous les lecteurs/trices concerné(e)s de ce blog !

    La passivité a trois explications à mon sens : a) les gens passifs sont impuissants et se disent qu'ils ne peuvent rien changer, les islamistes armés sont plus forts que tout; 2) les gens passifs sont complices, ils se disent : "tant pis pour lui, il le mérite [d'être égorgé], le mécréant [c'était le cas de la majorité des sympathisants du FIS]; 3) Les gens sont tellement surpris par cette barbarie qu'ils ne savent pas comment réagir...
    Il faut dire aussi que réagir équivalait dans certains contextes à risquer sérieusement sa vie, ce que beaucoup n'ont pas osé faire.
    Pour l'état protéger les intellectuels n'était pas vraiment une priorité : soit il était impuissant et incompétent; soit il se disait : bon débarras, ses intellectuels ont créé beaucoup de problèmes en critiquant le gouvernement, les gens du pouvoir, etc.
    Eh oui, les intellectuels, c'était gênant pour les uns et les autres : ils étaient "coupable" du double crime de critiquer les islamistes et de dénigrer l'état et ses institutions.

    Quant aux assassinats commis par les islamistes, ils me semblent être utilisés comme moyen de terreur et de soumission de toute une population. Les islamistes voulaient montrer à ceux qui leur résistaient que l'ordre de Dieu [ou plutôt ce qu'il pensent être de Dieu] est non seulement le plus fort, mais surtout le plus terrible. C'est une extrême droite religieuse qui a pris les armes, alors il ne faut pas s'étonner qu'elle n'instaure pas l'égalité, la justice, les libertés individuelles et la démocratie.
    La base des groupes armés est formée par des "fanatisés". On lui dit d'exécuter un tel, il le fait parce que son nom était dans la liste des "ennemis de Dieu"...
    Au plaisir de te lire Mali !

    NVS

    Posté par Naravas, 22 août 2009 à 23:29
  • Etat d'esprit ?

    Chers amis bonjour,
    Au cours de la guerre pour la libération et pour l’indépendance le peuple algérien a démontré aux yeux de la planète qu’il est un peuple fier, courageux, capable de martyrs (au sens noble c'est-à-dire témoins), insoumis, sans compromission, parfois même impitoyable. Il est vrai que les souffrances de la guerre d’indépendance ont forgé un esprit de violence impitoyable chez ce peuple qui tout au long de l’histoire a toujours lutté, parfois plié mais jamais abandonné sa fierté.
    Une anecdote : à l’époque de Boumediene le ministre de l’énergie reçoit deux scientifiques européens (norvégien et français d’après mes souvenirs) qui veulent visiter les champs pétrolifères et gaziers du grand sud algérien. Le ministre décroche le téléphone et dit au Wali (préfet ?) local de « bien s’occuper d’eux ». Résultat on les a trouvés égorgés au milieu de la piste saharienne. Je ne sais s’il faut en rire ou pleurer de cette triste histoire !
    Cette histoire illustre l’état d’esprit du peuple algérien au sortir de la colonisation. Que reste t il de ces phantasmes ? Les égorgeurs des années 90 sont ils une réviviscence de cet état d’esprit ?
    Parce que, si nous considérons que les 4 pays du Maghreb sont un même peuple, on peut se demander pourquoi cette violence barbare n’a pas sévit au Maroc, Lybie et Tunisie ? Pourtant on sait que les virus traversent aisément les frontières, et quel pire et résistant virus que celui de la haine ?
    J’ai bien lu vos explications concernant la passivité de la société algérienne…mais pourquoi ces mêmes explications n’ont pas marché pendant la guerre d’Indépendance et pourquoi à l’époque le peuple algérien a résisté alors qu’il était terrorisé et pas cette fois ci ?
    J’ai côtoyé en Europe quelques intellectuels algériens ayant fuit l’enfer. Malgré leurs grandes qualités ils occupent des postes subalternes mal payés. Bien qu’avalant des couleuvres ils se taisent et tendent à se camoufler pour ne pas être vus, à ne pas faire de vagues. Jusqu’à ce jour ils se taisent. L’enfer continue t il ?
    Bien à vous et qu’Allah accepte votre jeûne.
    MALI

    Posté par MALI, 23 août 2009 à 10:46
  • Oui merci

    bon ramadan à tous...

    Posté par Un croyant, 23 août 2009 à 12:53
  • Religion/politique

    @ un croyant :

    Je comprends ta position. Tu es musulman et tu veux dissocier ces crimes de la religion qui est à tes yeux noble et sans taches. C'est l'attitude de presque la majorité des croyants, qui n'est cependant pas la meilleure à mon avis.

    Le fait est que ces crimes ont été commis au nom de Dieu et surtout de la fondation de la République islamique. On ne peut pas séparer entre les motivations idéologiques de ces islamistes armés et leurs crimes, sinon ces derniers deviendront complètement incompréhensibles.
    1) Ils ne tuent pas pour rien, ils ne tuent pas parce qu'ils sont "fous" (au sens psychiatrique), ils tuent pour un idéal, qui est de fonder la République islamique, de rétablir le Califat. A leurs yeux, c'est le régime politique ordonné par Dieu...
    2) Ils ne tuent pas n'importe qui : ils tuent des gens qui sont à leurs yeux des koufars (mécréants), qui résistent à l'avènement du règne de Dieu sur terre, parce que selon eux dans les premiers temps de l'islam on tuait les mécréants...
    3) tout ce qu'ils font, ils le justifient en se référant, certes tandancieusement, au Coran et à la Sunna.

    Je pense donc qu'il est très facile de dire que ces gens n'ont aucune attache avec la religion, quand tout dans leur comportement reflète la fanatisation. C'est un extrémisme, mais pas n'importe quel extrémisme, c'est un extrémisme religieux.

    Je préfère que tu dises : cet islam là, n'est pas le mien.
    « Dieu a fait de l'Islam une religion, les hommes en ont fait une politique.» (Saïd al Achmaoui)

    Posté par Naravas, 23 août 2009 à 13:17
  • C'est bien ça je ne dissocie pas complètement

    Oui, on voit bien que ce sont des manipulateurs "religieux" ces criminels, des menteurs sur ce qu'est l'Islam. Et je ne renie pas que ces assassins tuent au nom d'une république islamique mais le résultat, et c'est cela que je disais, ne sera en rien une république islamique mais qu'une dictature! Comme je vous disais, ce qu'ils font est en dehors de l'Islam tout court. Puis à propos de Saïd Al Achmaoui, Islam et politique n'est pas incompatible, pourvu que l'on reste dans le bien.

    Posté par Un croyant, 23 août 2009 à 13:43
  • Le destin des intellectuels

    @ Mali :

    Tu poses de bonnes questions ! Je n'ai évidemment pas les réponses. Oui, sûrement que la violence de la guerre de libértion a joué à la fois comme exemple et comme héritage historique chez les intégristes. Mais je pense qu'il ne faut pas tout faire découler de la guerre d'Algérie, comme le font certains analystes (surtout français) de la guérilla islamiste. Il y a des éléments très nouveaux dans ce phénomène, comme la connexion avec l'Afghanistan et Benladen, la "réussite" de la révolution iranienne, l'importation d'enseignants frères-musulmans d'Egypte [j'ai parlé de tout ça dans Introduction à l'histoire de l'islamisme algérien 1, ici même...

    Pour les pays arabes, je pense que l'Egypte est la plus menacée par un ras-de-marée islamiste. La Tunisie s'islamise aussi à grande vitesse, il n'y a qu'à voir les blogs, pour la majorité islamistes et favorables à ce qu'ils appellent "la solution islamique". Vous n'êtes donc pas épargnés, surtout que nous avons une histoire commune...

    Tu as raison aussi de souligner que le destin des intellectuels algériens n'a pas (toujours) été heureux, surtout en France.

    Bien à toi,
    et Saha Ftourek et Ftourkoum (aux autres)

    NVS

    Posté par Naravas, 23 août 2009 à 14:23
  • Islamisation c/ les maux

    Le problème en vérité ce n'est l'islamisation, mais les moyens mis en œuvre et on la vu ils sont horribles mais aussi le résultat, et on le voit, là aussi ce n'est que des déviances, des excès et du mal rien de plus. Alors ne dîtes pas que des sociétés s'islamisent car ce serait bien, non elles se trompent à nouveau...

    Posté par Un croyant, 24 août 2009 à 11:55
  • Et le problème est le même partout

    Et même si les méthodes peuvent être plus douces comme en Tunisie ou ailleurs, le résultat n'est pas bon non plus. Toutes ces sociétés ne s'islamisent pas, elles commettent à nouveau des erreurs en grand nombre.

    Posté par Un croyant, 24 août 2009 à 12:08
  • Cicatrisation

    Petit à petit notre ami "un croyant" est confronté à la pluralité de l'Islam qui va des siècles de lumières aux siècles d'obscurantisme. C'est bien car quand on est pluriel on est obligé de tolérer la différence. Mais pas l'horreur bien sûr. Je ne pense pas que l'amnistie soit une bonne chose...quoi qu'elle ait démontré son efficacité notamment en Afrique du Sud post apartheid. Vaut mieux faire payer les assassins...vaut mieux laisser certaines cicatrices ouvertes pour en expurger tout le pus.
    Sahha ftiroutkoum. MALI

    Posté par MALI, 24 août 2009 à 16:49
  • Bonsoir Naravas et vraiment merci pour l'article..
    Cependant, Mourad Dhina nie formellement que les meurtres d'intellectuels aient été un but pour lui... Il s'en explique dans une vidéo postée sur YouTube où il dit qu'il n'a rien contre Tahar Djaout... Il cite aussi le témoignage d'une journaliste allemande (Monika Borgman je crois) qui dit que Mekbel lui aurait confié que les meurtres étaient peut-être conduits en sous-main par le DRS algérien... Qu'en penser franchement ? je n'arrive pas à me faire une opinion sur ces meurtres...
    Dhina semblait sincère dans ses vidéos... cependant, il me semble aussi qu'il tient un peu un double discours rassurant d'un côté sur son attachement démocratique... Mais quand on voit qui sont ses "amis" idéologiques !!! (Belhadj & Co)... alors qu'en pensez-vous cher ami ???

    Posté par KFKCMA, 19 septembre 2009 à 06:59
  • Devoir de mémoire

    Bonjour!
    On est pris par le tournis quand on lit tes lignes, Navaras. Le devoir de "mémoire" que tu fais est indispensable. Je fais partie de la génération qui a vécu ces évènements à un âge très précoce pour y voir clair. Malheureusement, par manque de "questionnement" de cette sombre partie de l'histoire contemporaine de l'Algérie, beaucoup de mes condisciples, étudiants ou autres, se retrouvent enrôlés, passivement presque -quelques dizaines d'années de scolarisation dont la base fondamentaliste fait encore des ravage aux cerveaux des écoliers aidant- dans les rangs des "frères" tels qu'ils se prénomment entre eux dans les couloirs des universités.

    A quand une mise à nue générale de l'histoire de la terreur en Algérie ?

    Bien à vous tous ;
    Awtul Lexla

    Posté par Awtul Lexla, 20 septembre 2009 à 14:57
  • Qui tue qui ?

    @ KFKCMA

    Ce passage n'est bien sûr pas fait pour juger Mourad Dhina, dont j'ai vu par ailleurs les vidéos sur le net. Je n'ai fait que citer en passant des propos publics qu'il a tenus et que chacun peut évaluer. Si tu veux avoir plus d'informations sur ce personnage islamiste il faut peut-être consulter le tout-récent dictionnaire géopolitique de l'islamisme, plus riche en informations :
    http://www.decitre.fr/livres/Dictionnaire-geopolitique-de-l-islamisme.aspx/9782227478237

    En revanche, je ne peux pas être d'accord avec la thèse du DRS. Cette série de meurtres est trop cohérente, les assassinats sont trop rapprochés dans le temps, ils sont revendiqués jusqu'à présent par les islamistes armés survivants et cela répond à des mobiles trop idéologiques...

    Il faut beaucoup de temps pour expliquer d'où vient la soi-disant lettre (ou confidence) qui aurait été faite par Saïd Mekbel. Ceux qui suivent la "théorie du complot" (cf wikipedia par exemple) connaissent ce genre d'épisodes, devenus classique (la victime aurait désigné son meurtrier juste avant son assassinat).

    Pour résumer, disons qu'il existe dans les média français un groupe de pression qui s'apelle "qui tue qui" et qui comprend des avocats des droits de l'homme, des journalistes, des militants politiques, des éditeurs, etc. qui tentent pour des raisons politiques ou économiques (certains d'entre eux sont liés au pouvoir marocain, qui a un différend avec l'Algérie sur le Sahara occidental) de discréditer le pouvoir algérien à travers son armée. Et ceci, sans aucune considération pour la vérité historique. Alors, ils agissent avec des "coups" médiatiques : l'affaire du général buchwalter à propos des moines de Tibhirine, c'est eux; l'affaire de la lettre de Mekbel, c'est eux; etc. Et il y aura encore d'autres affaires dans l'avenir, car ce groupe est très puissant. Et tous les médias reprennent les mêmes thèses, sans prendre la peine de vérifier et de recouper les informations, ce qui est un mépris pour la déontologie du travail journalistique.

    L'association islamiste Rachad dont fait partie Dhina et Zitout fait partie de ce réseau, dont le but est d'innocenter le FIS et ses groupes armés des crimes commis contre les Algériens.

    Bien à toi,

    NVS

    Posté par Naravas, 06 octobre 2009 à 20:57
  • Demain, les historiens...

    @ Awtul Lexla

    Elle va malheureusement beaucoup tarder, cette mise à nu, tant que cette période ne devient pas le chantier d'historiens critiques. Pour le moment, ce sont des groupes de pression, des journalistes militants, ayant déjà désignés leurs coupables, qui écrivent des lignes incendiaires qui ne tiennent que peu compte de la vérité historique. Quand au régime algérien, il croit bien s'en tirer en imposant un pardon général pour tous les assassins.
    L'école continue quant à elle à préparer l'avenir fondamentaliste du pays, en toute concorde civile.

    Posté par Naravas, 06 octobre 2009 à 21:07
  • je suis ancien de la gendarmerie . alors que des gendarmes tombaient sous les balles des integristes et des policiers egalement mais j'ai bien entendu des algeriens qui disent. merci les integristes les gendarmes et policiers sont injustes. c'est pourquoi je ne peux pas faire confiance en ce peuple a deux visage

    Posté par mohamed, 11 mai 2010 à 16:16
  • Souvenez-vous de Guemmar

    1992 par convention ? Pas d'accord. Il faut rappeler l'attaque de la caserne de Guemmar qui a eu lieu avant 1992 ; bien avant l'arrêt du processus électoral auquel on impute le déclenchement de la violence . De jeunes appelés ont été massacrés, leurs organes génitaux dans la bouche. République islamique ? Yalatif ! Vive l'islam de ma grand-mère et merci pour le travail que vous faites.

    Posté par Dahbia, 02 octobre 2010 à 22:38
  • FAKOU

    Fakou ya bya3

    Posté par gharqad, 26 mai 2012 à 14:01
  • La colère me monte

    Mon père est mort assassiné en août 1993, je sais qu'il avait été actif avec l'OAS. Pour ma part, je n'ai rien contre l'indépendance d'un pays, mais j'aimerai que les gens sachent que celui qui a FONDE la banque d'Algérie est UN GROS NAZI qui pue (la seur de HITLER le comparait au DIABLE) j'ai nommé la limace François Genoud (qui a cherché par tous les moyens à se faire de l'argent sur le dos des anciens NAZIS allemands). C'est lui qui, avec ses tapettes nazies, à forniqué avec la CIA pour AFFAIBLIR L'EUROPE A TOUT PRIX. Les abrutis souriants de la violence islamiste sont partis pour une grande surprise lorsqu'ils verront que la haine qui est fomentée par nos dirigeants occultes pourris du cerveau, n'est que le plan du 'pape de la franc maçonnerie', j'ai nommé le gros, le pestilentiel, le satané... Albert Pike ! (33e degré, rite ancien et --- modifié écossais). François Genoud est PARTOUT dans votre histoire algérienne, et NULLE PART, les gens n'ont le courage, ou l'honnêteté, d'en parler ! C'est lui qui a FABRIQUE le terrorisme international moderne, mis en relation, le salafiste avec le japonais, le wahabite avec la CIA. Plusieurs livres ont été écrits à son sujet. Mais quand je vois la lâcheté de ceux qui ont tué mon père, je vous le dis, la récompense n'est pas loin. Ceux qui ont pensé servir 'Dieu' en tuant femmes et enfants sans aucun courage (comme en Syrie en ce moment) n'ont fait qu'asseoir la puissance des état unis, et croyez, moi, ils font PITIE A REGARDER. Ils ne se plaindront pas si un jour on leur sert à manger le même plat, avec un peu plus de poivre !

    Posté par Parler de Dieu, 08 juin 2012 à 02:41
  • Document?

    Bonjour, vous parlez d'un document en 20 points signé par Benhadj et Abassi Madani à l'hiver 1992, auriez vous une copie de ce texte à partager svp? je souhaiterais le lire.

    Je vous remercie.

    Posté par Dihiya, 17 août 2012 à 09:35
  • que tous ces criminels payent pour leurs abominables crimes

    Posté par alouache, 17 août 2012 à 14:45
  • Les ingenieurs du nucléaire Algériens

    Question: qu'en est-il des ingénieurs du nucléaire algériens; ont-ils échappés à ce massacre en règle? font-ils partis de la (trop) longue liste de l'élite algérienne mise sous silence! merci de publier et de partager sur facebook.

    Posté par Coriolano, 18 août 2012 à 02:06
  • aux tunisiens aux bon entendeurs

    Posté par mhd.mistaoui, 13 février 2013 à 11:41
  • Petite mise au poind!

    C'est une excellente analyse, mais qui parait partisane, il est étonnant qu'aucun militant assassiné par la horde intégriste du PAGS et de ETTAHADI n'est était cité.
    Voilà pourquoi et les islamistes et le système responsable de toutes ces calamités ont encore de beaux jours devant eux. Quant tous les démocrates comprendront qu'il faut abandonner (il n'est pas trop tard), tous les strapontins offerts dans les APC, dans les APW, dans l'APN, et le Sénat, et qu'ils acceptent de se retrouver autour d'une table pour construire une alternative démocratique, à ce moment là l' ALGERIE pourrait être sauvée.
    Le Parti pour la Laïcité et la Démocratie (PLD, renouvelle ses dix propositions de sortie de crise (voir le site du PLD: Site : ).
    Salutations militantes,
    Moulay Chentouf
    Coordinateur du Bureau National du PLD.

    Posté par Moulay Chentouf, 01 avril 2013 à 19:43
  • Très intéressant

    Posté par jamila, 31 juillet 2013 à 11:58
  • Les Atrocités des Généraux d'Alger

    « Au début, je me disais que c’étaient les intégristes qui tuaient. C’était facile. […] Mais maintenant, je suis persuadé qu’il y a des gens qui font tuer un peu par pédagogie ! “ (pp. 37-3 ; ‘Si on me tue, je sais très bien qui va me tuer. Ce ne sont pas des islamistes. C’est une partie de ceux qui sont dans le pouvoir et qui y sont toujours. http://latunisiededina.blogspot.com/2013/08/revelations-posthumes-de-l-intellectuel.html

    Posté par kastalli cherif, 11 août 2013 à 15:55
  • Remerciement

    Je viens de prendre connaissance de votre article, qui malheureusement reste toujours d'actualité, avec cet exemple récent de ses anciens du FFS qui remettent à leur tour Un Dhina et un Haddam sans honte bue sur la scène politique.Je vous remercie et vous souhaite, bon courage. Je profite de cette occasion pour vous souhaiter bonne fête. Je me suis permis de publier votre excellente contribution sur mon blog.

    Posté par kouidri, 01 mai 2014 à 14:00
  • les mensonges mediatiques.

    je suis contre les assassinats des intellectuels et les journalistes honnêtes ? mais il ne faut pas être hypocrites, car l'hypocrisie est détestable devant Allah sobhanah et devant les hommes. pour certains journalistes véreux, menteurs, hypocrites, froussards aucun respect aucune dignite, aucun honneur pour cette profession de journaliste? je suis journaliste je suis partout j'ai coûte tout... J'ecris tous ce j'entends et j'invente ce que le n'entend pas?. je suis journaliste j'ai étudié toutes les questions a la lumière de mes 20 ans d'expérience? et je suis arrivé a conclusion qu'il est impossible de travailler dans la légalité terme médiatique qui veut dire mentir.

    Posté par navajo, 01 septembre 2014 à 19:35
  • on a voulu assassiner l'algérie

    le terrorisme en algérie était financé par la drogue marocaine et les armes qui venaient de ses mêmes frontières. on a voulu mettre l'algérie à genoux et la détruire, non seulement par le terroorisme maussi par la rumeur et la désinformation. des revues roulant pour le makhzen tels que jeune afrique, afrique magazine et autres lançaient des rumeurs sur le 'qui tue qui" jetant l'opprobre sur l'armée algérienne et les drs pour mieux les détruire. résultat: l'algérie était frappée par un embargo surles ventes d'armes uniquement sur la base de rumeurs lancées par le makhzen. cet embargo à coûté à l'algérie 200.000 morts et un retard considérable sur l'armement par rapport au maroc. l'intérêt du maroc d'avoir une algérie est évident, c'est croire un instant qu'ils vont avoir le leadership en afrique du nord mais surtout d'avaler le polisario. durant les annes 90 le marco a procédé d'une manière vicieuse à détourner notre culture: ils nous sortent le raï marocain pour partager la paternité d'un style de musique devenu mondialement célèbre, les médinas on les rebaptisent "casbah", ils copient les caftans et les karakou tenues 100% algérienne , enfin ils disent qu'eux ce sont des créateurs et un peuple de lumière et nous des terroristes, vous vous rappelez?

    Posté par TARZAN, 10 octobre 2015 à 11:08

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